- EST-CE TROP TARD ? -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI     INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Toutes les stratégies de la vie ont leurs avantages et importunités. … Nous manipulons l'environnement directement, de façon à assurer notre multitude et ubiquité, notamment dans l'affermage. L'iléus de cette approche exploitrice-expérimentale est aussi évident. L’exploitation est … capable par définition d'inviter l’imprévisibilité. En revanche, rien d’entrepris, rien d’obtenu. … »

« Mais la fête s’est vraiment achevée. Voici certes un temps singulier dans l’histoire―celui décisif. Il y a dix mille ans, les premiers fermiers à plein temps ont été absolument prestes à la surexploitation (on le constate dans l'érosion antique du sol) mais ont toutefois pu percevoir le monde comme une ressource illimitée. Restaient à découvrir des continents entiers, … [A présent] chaque point fertile a été creusé. … Des agriculteurs peuvent en débattre les détails : pourrait-on alimenter dix milliards, … une vingtaine ou une trentaine, pourvu qu’on y applique bon entendement ? Mais aucun individu raisonnable ne peut sérieusement douter que le poteau de fin de course soit apparu. ... »

« En bref, l’attitude, si propice depuis lors, qui permit aux êtres exploiteurs-expérimentaux de se hisser aux cimes de manière inexorable quoique capricieuse, elle a simplement cessé d'être appropriée. Malgré cela, nos sciences économiques s’en sont adaptées, ainsi que nos systèmes politiques. »

 [Nota : voici où l’auteur et moi divergeons. Nos systèmes sociaux se sont dévoués de façon conservatrice aux habitudes et bornes du passé. Depuis des millénaires, on a interdit l'expérimentation sur n'importe quel sujet hormis des améliorations marginales dans l’exploitation illusionnée « épuiser à grand profit quelque chose tenue comme “gratuite.” » L’exploitation écervelée a prédominé sur l'acceptation à tous les échelons. Son modèle d’antagonisme entre l’exploiteur expérimental et le conservateur accepteur, se mute dans la mienne d’exploitation traditionaliste prédominant sur l'acceptation expérimentale.]

 « … Cela ne doit sûrement pas être le cas que l’unique recours "réaliste" soit de se précipiter pêle-mêle dans le désastre ? N’est-ce que de cela que des gens pondérés et sobrement affublés se disputent ? … » Colin Tudge, Le temps avant l’histoire : Cinq millions d'années d'impact humain, Scribner, New York, 1996, p. 342.

 

L'humanité a-t-elle temporisé trop longtemps pour se sauver ? Les transformations à entreprendre – soit combien prometteuses, bien étudiées et prévues – ne pourraient-elles être qu’un petit pansement à flot sur une fracture à branche verte crépitant de sang artériel ? Gaia se pouffera-t-elle de nos efforts et nous fera-t-elle fi, ainsi que noie ses puces un ours grizzly en poursuite fringante de son prochain saumon savoureux ? Ne figurerons-nous que comme des dinosaures bipèdes munis de cerveaux d'augmentation dérisoire : moins dignes qu’eux d’une survie de millions d’années ?

Les réponses brèves : 1) probablement, 2) peut-être pas, 3) et alors ?

 

Tout d'abord : probablement.

Soit que cette civilisation se dégage ou non de son prochain assortiment de défis, tous ses membres en seront transformés au-delà du reconnaissable. Cette transformation pourra se prouver contemplative, bien observée et propice au bien commun ; sinon chaotique, anarchique et attentive à la survie particulière aux dépens de tous les autres. Nous pourrions prospérer en tant qu’individus et nations, nos déshonnêtetés jetées de côté pour révéler les êtres authentiques que nous serions devenus en leur absence ; sinon y acquiescer au point de nous rendre en bêtes meurtries et prises au piège, hasardeux envers tous. Dans l’un ou l'autre cas, cette adaptation sera encore plus définitive que nos rêves et terreurs les plus outranciers.

Nous aurons à évoluer au-delà du reconnaissable avec toutes nos communautés. Nos successeurs nous observeront du revers comme des êtres de mythe : ou bien des figurants de prodigalité répugnante ou d’enviables modèles de rôle de stabilité continue et de prospérité sans pareil.

« Figure-toi ça ! Ils se tapèrent des douches d’eau chaude, des fois plusieurs fois par jour ! Leurs appareils électroniques furent ingéniées pour gaspiller de l’électricité une fois éteintes ! Ils ne marchèrent nulle part mais prirent chacun une bagnole d’une tonne au lieu, partout ils allaient. Leurs demeures furent bourrés de bric-à-brac inactif dont personne d’autre ne pouvait se servir ! »

Ils pourront nous considérer comme des enfants gâtés permis de démolir un magasin de jouets, comparés à l’austère intendance du monde à laquelle ils se seront résignés, fiers de leur sacrifice. En revanche, nos pires massacres et fléaux pourront leur sembler comme le dépit débutant d’une brute à la recrée, comparés aux hécatombes d’armes hyper-technologiques que peu d’entre eux ne pourront survivre ; nos primitives technologies paisibles, leur sembler bizarres comparées à leurs hyper technologies de nano et de biomime, soit aux anciennes et fangeuses solutions de rechange auxquelles ils devront recourir, soit aux deux.

Après avoir survécu des éons d’épreuves létales, l’être humain naît et vieillit conservateur (vous autres, les solitaires qui protestent de votre activisme radical, vous dupez-vous) : « Je n’entreprendrai que ce qu’ont entrepris mon père et son père avant lui—seulement un peu mieux pourvu que je puisse m’en sortir. » Pour des vieillards comme moi, presque tous nos changements sont pour le pire, alors…

 

Quant j’entamai ce chapitre, j’écoutai le débat télévisé de la campagne présidentielle de 2007, entre dix candidats remplaçants Republican de Bush le moindre (aussi, le récrivant en 2011 et en 2015, des clowns racistes qui cherchaient à remplacer Obama dont ils se supputaient supérieures puisque blancs : donc rien d’important n’a changé.) Leur pénurie d’esprit fut ahurissante. Aucun d’eux n’a prêté attention aux changements sur le point de nous ensevelir ; plutôt furent-ils enclins à reconstituer l'Amérique en un simulacre des années 1920 avant le Crash, voire de la baronnie du vol des années 1870―comme si de tels pouvaient à jamais se réanimer. Bien qu’un raz de marée de transformation se levait en crête par-dessus leur tête et obscurcissait leurs notes truffées de clichés, ils l’ont ignoré, comptant sur les voix infantiles et surtout les dollars d’intéressés en leur faveur pour la simple raison qu’ils y ont refusé d’y prêter attention et ont fourni ce luxe à leurs supporters. Ceux-là et ceux-ci qu'ils ont dupés devront tous être emportés par cette transformation, comme des enfants balayés en mer car fatalement attirés par le retrait au préalable de la lame de fond.

Si seulement nous avions entrepris cette transformation auparavant, quand tant plus de ressources nous furent disponibles !

Une poignée d'idéalistes sionistes a émergé de la première sic guerre mondiale, partageant le rêve de reconstruire la Palestine antique en une nation aux technologies de pointe et une corbeille à pain régionale. Si seulement cette poignée de juifs avaient été la masse des Apprentis de chaque ethnie, nation et conviction religieuse, transis de l’intention de transformer le monde entier en une dynamo technologique fédéré  et un jardin d'Éden! La plupart fut évacuée les pieds en avant lors des guerres intervenantes. Si seulement le Président Roosevelt avait tenu bon pour encore dix ans après la deuxième sic guerre mondiale ! Son rêve d'un gouvernement unimondial aurait pu prendre prise et nous aurions pu devenir une seule tribu florissante au monde paisible.

Rends-toi compte de la fortune d'énergie, de perspicacité, de ferveur et de discipline sacrificatoire requise pour assassiner des millions victimes de guerre, blesser trois fois plus, transformer une dizaine de fois plus en réfugiés, détruire l’habitation de cent fois plus, et tuer de faim et de fléau autant davantage ! Imagine cette frénésie d’effort consacrée à la paix et à ses avantages mutuels au lieu. Pense aux stades sportifs débordants de carburant gaspillé pour pousser au large des sept mers des porte-avions, des cuirassés, des sous-marins et des flottes de transports ; remplir les cieux d'avions meurtriers pour brûler au ras des villes sans compter ; camionner des villes entières de soldats et leurs caissons dans les deux sens à travers l'Europe, l'Asie et l’Afrique du Nord ; entraîner d’autres innocents aux fours, goulags et terrains de massacre. Pense à cette incroyable fortune gaspillée en carnage futile !

Selon l’opinion majoritaire, les progressistes doivent être ignorés. La transformation est périlleuse par définition; cela semble plus sûr dans l'ensemble de maintenir les choses telles qu’elles sont. Les seules transformations saisissantes que nous tolérons sont ceux au compte de la guerre. N'importe quelle transformation paisible proposée à ce degré doit sembler inacceptable.

Je te prie de repenser ça !

De temps en temps, des circonstances transitoires ont tordu le statut quo au-delà de l’inclinaison de ses fans d’y faire face. Une fois que les affaires se sont rendues désespérées à ce point, ils seront capables de recourir aux changements vigoureux—mais tant à contrecœur ! Ils endureront ensuite presque n’importe quoi pour reprendre les anciennes manières d’ores et les beaux jours d’or.

La tendance de chaque révolution dans l'histoire humaine a été de reprendre les vieilles routines à l’instant que celles neuves ont confirmé leur inconvénient en propageant de pires désastres. On a toujours semblé ré-intégrer la vieille ordonnance, (par exemple, en permettant à l’ancienne monarchie royale de dégénérer en monarchie corporative moderne : l'image en miroir de son iniquité) soit à quel point périmée cette ré-intégration se serait avérée. Une fois que la transformation se rend obligatoire, ce conservatisme inné peut nous condamner à mort.

 

En second lieu : peut-être pas.

Ces problèmes peuvent sembler surpasser notre entendement puisqu’elles sont si peu familiers. Soit à quel point renversants nos défis à venir, nos tentatives désespérées de les parer pourraient nous prêter une adresse inédite au lieu de paralysie hystérique. Pour changer un peu, nous pourrions tourner le dos aux hantises triviales de la culture actuelle et nous concentrer au lieu sur de vrais problèmes. Une fois honnêtement adressés, ils pourraient se rétrécir aux dimensions sensibles et s'avérer beaucoup plus résolubles que nous ne les supposerions ; des meilleures solutions, surgir inopinément aussitôt que s’affaisseront nos petitesses bureaucratiques. Du moment que nous résoudrons des problèmes initiaux et nous en délesterons, notre transformation pourrait accélérer à la rotation du décollage. En nombres croissants, nous pourrions nous rallier à la bannière de la transformation ; moins d’entre nous, nous pirouetter autour de chaque nouvel élan en approche comme des matadors en anticipation de son coup mortel.

Qui plus est, nous pourrions ne pas être seuls à entreprendre cet effort. Des forces peuvent couver au-delà de notre entendement : des alliés invisibles et des amis non reconnus. Ce pourrait être des agents humains  dissimulés jusqu'ici, ou des êtres au-delà de notre compréhension. Quelque chose dans l'univers semble favoriser la vie et nous-mêmes par extension. Appelle ça Dieu, OVNI, ce que tu voudras : une réinterprétation bénigne de La guerre des mondes par H. G. Wells : « des intellects vastes, "cool" et [sym] …pathiques. » Une cour de miracles pourrait patienter au seuil de notre porte, en attendant notre rejet du déterminisme scientifique – infidèle et uniquement selon nous-mêmes – et ses échecs cycliques.

Qu’est-ce qui nous amènerait de tels miracles ? Quelles transformations devra-t-on entreprendre ? J'ai essayé d’en dévoiler quelques-unes dans Apprenti.

Nos premières rénovations peuvent être de la sorte spirituelle plutôt que de haute technologie renouvelée. La menace à laquelle nous faisons face pourrait rapetisser nos sciences et technologies, les rendre chétives et peu pertinentes dans l’absence d’appuis psychiques que nous ne saurions encore admettre. Des convictions religieuses tenues en profondeur jusque là pourraient s'avérer désuètes ; les approches courantes à l'esprit et la transcendance, rigides et impitoyables. Nos dirigeants religieux pourraient s'impliquer comme des imbéciles sinistres accroupis en sépulcres blanchis, sinon de hideux monstres institutionnels (Abuseurs d’enfants en série ? Protecteurs de nazis en fuite ? Asservisseurs de la femme ?)  Des saints jadis ignorés, les remplacer d’un pas en avant. Il nous sera peut-être nécessaire de lancer une révolution morale aussi innovatrice que celle industrielle, une évolution spirituelle aussi éclatante que celle scientifique. Le renouveau de convictions à base d’empathie et de coopération au lieu de la cruauté officielle de l’individualisme compétitif ; et de l’humanisme global pour remplacer le stérile national-capitalisme couramment ubiquitaire et ses guerres inévitables.

 

Enfin : et alors ?

L'humanité a pu se condamner avant-même d’entamer cette transformation au sérieux, peu importe ce qui en adviendra. Au même temps que les réécritures  pénibles d’Apprenti, nous aurions peut-être tardé  trop longtemps.

Et si chaque transformation entamée ne retardait pas notre malheur collectif, mais parvint à le précipiter au lieu ?

Ceux qui ont bloqué cette transformation en vue de prioriser leurs gains à court-terme peuvent demeurer si puissants et malicieux qu'ils nous faucheront aux chevilles pour nos peines, comme ils l’ont si souvent réussi auparavant, puis poursuivront leur démantèlement de l’ensemble dans leur orgasme d'omnicide comme apprêté si résolument par toutes leurs victimes. La civilisation humaine pourrait se figer tel qu’un jouet de remontage tourné trop fort dans le mauvais sens.

Et alors ?

Ce dont nous avons à ce moment le plus grand besoin : idéalisme, espoir et héroïsme ; nouvelles pensées, élégances inédites et créativités innovantes. La médiocrité conformiste nous déshonore encore plus que la mémoire de ceux noyés dans son sillage. Si nous n'entreprenons pas cette transformation par pur pragmatisme, pour des simples raisons de survie, nous devons l’effectuer pour sa gloire.

Trépasser comme des imbéciles accroupis dans notre médiocrité d’intéressée et trébuchant sur les corps de ceux innombrables éliminés par notre incompétence et indifférence : cela serait simple de cerveau, facile de muscle et entièrement dépourvu d’honneur : l’ultime aspiration des politiciens Republican partout au monde. Cela n'impliquerait aucun sacrifice ni appel au génie ni épanouissement de l’imagination ; seulement leur plainte de soi à répétition, leur prétention obstinée aux droits jamais mérités et leur affirmation d’exceptionnalisme vide de sens.

Tendre le bras vers quelque chose évidemment supérieure quoique certifiée impossible, peut-être si magnifique qu’elle perche juste au-delà de notre prise, voici ce qui serait entièrement digne de nos talents et de notre honneur.

 

 Désormais, chaque temporisation rendra cette transformation plus difficile, plus risquée et moins probable ; chaque mois gaspillé en pesant nos options la rendra encore plus périlleuse. Le plus de temps que l’on laissera se passer sans agir, la plus désespérée notre tâche une fois que nous résoudrons d’en venir à bout. L’option la plus hasardeuse à ce moment, ce serait de ne rien faire et d’attendre, assis sur nos mains, les conséquences de n’avoir rien fait.

 

Et toi ? Est-ce déjà trop tard pour toi ?

 

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