- MILICE MONDIALE (I) -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

Tout ce qui retiendra les techniciens d’armes de démolir l’ensemble, c’est l’honneur militaire. Il appartiendra à la mythologie paisible de le souligner. Les Apprentis devront surtout faire appel à l’honneur de mon père, celui de chaque bon guerrier, le nettoyant de sa crasse. Reconnaissant spontanément l’honneur du monde paisible, celui-ci le défendra contre quiconque assez dément pour ne pas l’admettre, si fatal soit-il. Ceux passionnés par l’honneur militaire seconderont le monde en paix et le garderont farouchement ensuite. Le devoir, l’honneur et l’Apprentissage se souderont comme un.

 

Cela pourrait te surprendre de trébucher sur un plan de milice mondiale dans Apprenti, le manifeste du monde paisible. Au fait, aucune anomalie. Le second amendement de la constitution américaine interdit au gouvernement d’enfreindre le droit de porter des armes : une milice bien réglée étant « indispensable pour la sécurité d'un Etat libre. » Sa justification d’armes fut que des milices puissent s’armer à l’encontre de révoltes serviles méridionales ou d’attaques indiennes partout où ceux-ci n’avaient pas encore été exterminés ou claustrés dans des réserves militaires. Celle de la paix sera d’armer chacun face à toute menace, de la tyrannie globale à celle d’une brute voisine.

La solution ne réside pas dans l’usage actuel : des armes à feu particulières dans trop de ménages (gosses + armes = la garantie de pertes tragiques) ; ni en gardes du corps pour les riches, ni en fouilles d'armes pour les pauvres ; ni en une armée de mercenaires, ruineuse et anathème autant à l'esprit qu’à la lettre de cette constitution ; ni non plus en massacres par des bombardiers suicidaires ; non moins en combats urbains abattant des innocents dans la rue, dans les restaurants, même dans les couloirs sacrés de nos écoles.

Apprentis, quelle honte ! Les habitants de l’Amérique, de l’Occident et du monde entier ont pu accepter cette travestie mais nous aurions dû savoir mieux faire.

 

Certaines gens confondent un monde sans guerre avec celui sans violence. Peut-être auront-ils raison à la longue, quoiqu’ils aient pu confondre la non-violence : un outil aussi puissant que difficile à manier correctement, avec le but en vue : un monde sans guerre.

Vois-tu la différence entre le simple pacifisme et la Satyagraha beaucoup plus complexe, entre le monde en paix et la terre sans violence ? A ce sujet tout seul : qu’est-ce qui doit advenir d’abord, je pourrais remplir un chapitre entier.

La technique de non-violence intentionnelle (Satyagraha) vient d’être redécouverte par l'humanité après des millénaires de suppression brutale dans chaque milieu et à chaque conjoncture qu’elle fut expérimentée.

Une des épreuves les plus récentes se déroula en Palestine : un ratage douloureux pour le moment, car un tel exercice ne réussira pas avant que les leçons suivantes aient été apprises. A) La présence d’un redoutable alternatif militaire, les mauvais jumeaux des Satyagrahis mais sous leur contrôle pourvu que le parti paisible réussisse : « Négociez en bonne foi avec nous sinon affrontez ces autres autant bien vous le pourriez  » ; B) le reportage par les médias mondiaux de chaque répression policière des Satyagrahi.

Les Satyagrahi palestiniens ont pu être nantis en théorie de la première nécessité (quoique je m’en doute : leurs forces armées n’étaient jamais sous leur contrôle), mais furent fatalement refusés la seconde. La brutalité systématique des réactionnaires a donc prévalu de nouveau, cette fois grâce aux bottes des israéliens.

 

Des siècles peuvent s’écouler avant que la non-violence ne sera perfectionnée dans nos institutions, et encore plus longtemps avant que chaque esprit autonome n’en sera convaincu.

Par contre, l'humanité a débattu le pacifisme depuis des millénaires « Quoi qu’y arrive, je n’aime guère la guerre. » Les Apprentis peuvent criminaliser la guerre et réaliser la paix au monde ; nous n’aurons qu’à l’entreprendre résolument et tous ensemble. A peine quelques mois ou années pourront être nécessaires pour l’instituer à travers la planète.

La criminalisation de la guerre ne veut pas dire son élimination totale mais l’interdiction de son emploi la rendant davantage ardue donc moins avantageuse, acharnée, fréquente et persistante. Le vol a été criminalisé partout. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de vol, simplement moins, en proportion avec l'efficacité des institutions le criminalisant; et encore plus important, avec l’accroissement du bien-être public et de sa sagesse, le rendant superflu et autodestructeur.

Avec le perfectionnement d’institutions paisibles, la guerre se déclinera de façon correspondante, peut-être au point de son extinction — pareillement au cannibalisme, au sacrifice humain et à l'esclavage, même si leurs restants persistent à nous rendre disgrâce.

A quoi le monde ressemblerait-il si nous n’eussions rien fait pour retenir le vol, en attendant que chacun obéisse avec ferveur au commandement de ne pas voler ?

 

Ce texte est très circonspect quant à terminer la brutalité humaine : un trait qui semble enracinée dans sa nature. Ce comportement se prouvera-t-il valide à la longue ? Plus ou moins malléable ? Maîtrisable par des institutions ? Après tout, le projet de la supprimer pourrait provoquer ses ultimes enthousiastes aux pires excès.

Mais si la criminalisation globale de la guerre doit languir jusqu’à ce que la brutalité ait été purgée de l’esprit humain, on sera destiné à une assez longue attente. Et si la paix au monde le devra jusqu'au moment où chacun sera exclusivement motivé par la non-violence lors de chaque conflit, alors multipliez cette durée d’attente par centaines. Puisque la guerre est parvenue à un taux branlant de destruction à la gâchette facile, cette attente lui permettra de nous avaler d’une pièce en attendant.

Que faire à présent ? Attendre que chaque individu se soit perfectionné ? Sinon transformer illico nos institutions en celles paisibles, puis se pencher sur l’autre projet de perfectionnement universel ? A toi choisir. Soyons réalistes quant à nos priorités, n’est-ce pas ?

Apprenti conclue que la guerre doit être criminalisée maintenant, alors qu’on en retient les moyens, le motif et l'opportunité. Plus tard, l’absolue non-violence humaine pourra être entamée de façon systématique pour aussi longtemps que cela nécessitera.

Ces projets sont distincts : le premier pourrait bien se conclure dans la décennie à suivre ; celui subséquent, requérir le restant de l'existence humaine pour être perfectionné.

Il faut retenir cette idée en tête: le parfait est l'ennemi du bon, et le bon, du pire. Maintiendrais-tu le pire jusqu'à ce que la perfection ait saisi prise, sinon oserais-tu rendre le pire un peu moins moche en attendant la perfection à venir ?

Permets-moi d’être parfaitement clair : ces deux projets n’ont jamais été exclusifs. Au contraire, chacun renforce l’autre. Je te prie de bosser dur pour le mieux à présent et pour approcher à la perfection dans l’avenir.

Ceci dit, on pourrait limiter les pires dégâts de la mentalité d'armes dans l’immédiat, multiplier les bienfaits de la paix et remplacer des châtiments pénaux par une visée comportementale de sagesse supérieure ; aussi criminaliser la guerre qui fournit la plus grande portée à ceux qui penchent vers le mal.

Apprenti ne prévoit aucune fin de la violence humaine… n’entamerait même pas d’aborder le mal humain. Je pressens que soustraire le mal de la conscience humaine, ce serait lui porter atteinte. Une majorité d’Apprentis raisonnables pourrait cependant isoler la mythologie d'armes, défier l'intention de sa mentalité et rétrograder ses élites dans de l’insignifiance culturelle ; enfin, reléguer à l’état de vestige leur chef-d’œuvre, la technologie d'armes. Une fois que nous aurons endossé cette obligation en nombres suffisants, nous pourrions le réussir dans le semblant d’une nuit.

 

Les Apprentis congédieront les forces armées terrestres, désamorceront la plupart de leurs dispositifs de destruction massive et rassembleront les restants dans quatre organisations nichées :

 

·         la milice mondiale,

·         la légion étrangère de la cour du monde,

·         la gendarmerie continentale et

·         la police locale.

 

Ce chapitre comporte les moins efficaces des prescriptions d’Apprenti. Celles décrites en bas ne sont qu’un bricolage cosmétique à moins que la majorité d’Apprentis n’adopte d'entrée au moins un semblant des fonctions suivantes :

 

·         laocratie (la démocratie proportionnelle et directe à travers l’Agora mondiale),

·         les réseaux d’Apprentissage et

·         la constellation intégrale de métaphores politiques que ces dispositifs présupposent.

 

En effet, dans l'absence de tels appuis cruciaux, des milices paramilitaires se rendent en hallucinants clubs de meurtre. Des exemples abondent : les escadrons de la mort en Colombie ainsi que les Talibans afghans – « Taliban » : jeu de mot ironique sur l’expression en arabe du mot « Apprenti » – ainsi de même qu’un assortiment de gangsters de par le monde. Elimine-les au nid par là-bas sinon attends-toi à ce qu’eux et les leurs prennent en charge ta ville natale. Dans ce cas, un sou de développement local vaut le prix de milliers de balles perdues sur le même objectif.

Une milice bien réglée sera fondée sur l’appelle universel, incorporant les meilleurs dispositifs des armées de la Suisse et de l’Israël.

Une formation obligatoire au lycée soulignera le dur métier et le savoir-faire champêtre de l’infanterie légère d’élite. Les unités de milice ne seront plus dotées de véhicules, d’artillerie, de blindés et d’aviation organique ; elles le seront pourtant d'armes automatiques, antichars et anti-aériennes équipées en nid creuse. Des positions préparées pointilleront les approches de chaque communauté. En instances de ravages, ces communautés pourront vite se mobiliser. En effet, ce schéma de milice réclamera les mêmes installations de protection civile d’usage en Suisse. Des garnisons en localité offriront à un agresseur mécanisé très peu de cibles de grande valeur mais beaucoup de telles pour autant dangereuses que de petite signature, d’immunité logistique relative et d’énorme profondeur défensive contre l’assaut, le bombardement et l’occupation.

Pendant l'opération « Orage du désert » des forces aériennes ont prévalu contre des cibles conventionnelles en raison de la proéminence et la vulnérabilité relative des forces moto/mécanisées sur un terrain désertique ainsi que leurs réseaux fragiles de commande et de logistique. Aucune de ces faiblesses ne préoccupera une milice mondiale : omniprésente, statique, positionnée d’avance et pratiquement autosuffisante, dont les membres défendront leurs demeures et familles avec fanatisme dissuasive.

Mettons de côté pour un instant la politique yougoslave en dysfonction. Tito organisa ses forces nuisibles pour immobiliser une invasion bornée aux routes. Pendant des décennies, son agencement retint l’agresseur étranger, soit sa force et provenance. Cet arrangement finit par mal tourner en Yougoslavie : la minorité d’ethnie serbe monopolisa l’accès aux armes et désarma les autres.

Aucune minorité ne demeurera désarmée chez les Apprentis. La cour du monde verra à ce que chacune d’elles soit également capable de se défendre, qu’aucun groupe de civils innocents ne soit rendu sans armes aux chaosistes mieux armées — comme dans notre cas quotidien. On pourra interdire cette éventualité á travers le monde, prévenir son embrasement sinon le racheter à moindre frais comparés à ceux contemporains d’armes.

Dans le meilleur cas, ces dispositifs défensifs décourageront des forces d'agresseurs régionaux alors que leurs préparatifs préliminaires attireront des investigateurs de la cour du monde. Ceux-ci mettront les chefs de bande en localité sous arrestation avant qu’ils n’entament le combat organisé.

De temps en temps, cette cour ne parviendra pas à interdire l'agression criminelle lors de son étape de conspiration. Dans ce cas, la doctrine de milice permettra la passe des bandits combattants et leur maîtrise provisoire du terrain, si inévitable, afin de réduire les pertes locales. Ensuite, des raids de guérillero s’abattront sur leurs éléments de logistique, de commande et d’appui. L’occupation militaire se rendra trop coûteuse pour n'importe quel Hitler à venir avec son armée au cru.

Au Vietnam, des milliers de fantassins mécanisés ont garé leurs blindés autour du village de Chu Chi et y ont vidé toutes les fortifications souterraines en une frénésie de carnage et de destruction. Ils sont partis pour n’avoir qu’à se répéter bientôt de suite. Les batailles de Groznyï I, II, III, etc. ont enseigné la même pénible leçon à l'armée russe ; ainsi de même, à Faluja en Irak pour les troupes américaines.

Les quartiers généraux exigent des répétitions pluriannuelles de la même rude leçon avant qu’ils n’en soient imprégnés et ne se permettent de rénover leurs doctrines jusqu’à la racine. Entre-temps, celles-ci restent défectueuses et amorcent des pertes, des défaites et le déshonneur correspondant.

A moins de l’extermination totale, des fortifications de forte main-d’œuvre, des forteresses spacieuses en forêt, désert et montagne, tant bien que des paysages de dureté et de densité urbaines, si équipés de combattants résolus, peuvent frustrer presque n'importe quelle quantité de puissance de feu onéreuse. Une grande ville ressemble à une énorme unité de blindés garés, qui protège les combattants au-dedans quoique immobile.

En tant qu'agresseur mécanisé, il ne reste pas grand-chose à faire. On peut cerner cette ville avec ses troupes dénombrant au moins trois fois celles des rebelles, sinon l’occuper en bénéficiant d’au moins dix fois plus qu’une guérilla bien organisée (soit urbaine, soit encore pire, rurale.) Les éteindre par la faim, le froid et le manque de renforts ; sinon les écraser sous des ouragans de feu, bloc par bloc de rues. On peut abattre un nombre impardonnable de civils innocents, recruter leurs survivants outragés dans la prochaine vague de ses ennemis, obtenir qu’un bon nombre des siens soit abattu, puis perdre son cas dans la cour mondiale de l'opinion publique (comme en parvient le programme américain de drones.)

 

M.L.S. Cavanaugh a affiché Military Victory is Dead (La victoire militaire est défunte) à http://www.mwi.usma.edu/defeat-military-victory/, le 11 septembre 2016. Dans cet article, il conclut que la définition de norme de la victoire militaire : désarmer l’opposant jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister militairement, ne peut plus être considérée un objectif pratique. Les armes sont devenues si bon marché, répandues et létales que n’importe quel groupe peut offrir une signifiante résistance militaire aussi longtemps qu’un de ses membres demeure en vie. Il met en question l’intégralité de l’objet et du but de la puissance militaire nationale.

 

Ces leçons sont autant un hommage à l’héroïsme des Vietnamiens, des Chéchènes, des Iraquiens et d’autres innombrables qu’à leurs tactiques. Les Serbes ont employé de telles pendant la campagne de Kosovo en 1999 afin d'éreinter la puissance aérienne de l’Otan : éjectant l'habitant de sa demeure en faveur de leur matériel de guerre. A moins d’aplatir toutes les maisons vides, les alliés n’ont rien pu trouver pour cibler. Aussi en Irak, les partisans et opposants shadiques de Saddam Hussein ont adopté les mêmes tactiques et s’en sont servies pour bafouer l’occupation américaine.

Aucune différence, l’étendue de notre « décadence » à venir ; l’héroïsme militaire demeurera constant parmi les êtres humains, soit leur provenance, richesse, religion et idéologie. La vaillance guerrière est innée dans leurs grands rassemblements. Des défaites en Afghanistan et en Tchétchènnie ont enseigné cette même leçon aux chauvins russes ; aux pairs américains, les leurs au Vietnam et en Somalie. Les hoplites d'Alexandre et les Mongols de Gengis Khan, autrement imbattables, furent enseignés la même leçon — souvent sous la tutelle des mêmes opposants.

 

Une contradiction déterminante perdure entre la guerre conventionnelle et celle des partisans et des guérilleros prétendue de basse intensité.

Dans la première catégorie, les généraux des deux cotés amassent des monceaux de matériel et une foule de ressources personnelles. Cette dernière expression n’est applicable sans connotation sordide que par la mentalité d’armes  — c’est depuis quand que des êtres humains de beauté sacrée ont été rendus en une ressource comme du guano ? Seulement dans l’entendement de psychopathes que nous avons aveuglement recruté pour nous dicter la déontologie.

Ceux-là assemblent de telles choses dans une certaine localité et portion de temps afin de contester leur demande de réussite par meurtre organisé. Ces fonctions sont laborieuses et prennent beaucoup de temps : recueillir la logistique militaire nécessaire et former autant de gens que possible pour qu’ils fonctionnent avec efficacité sous un commandement unifié. Donc, durant de longs intervalles, les deux camps se recueillent en isolement relatif l'un de l'autre, interrompus par ceux plus brefs au cours desquels ils exercent leurs marionnettes en combat proche.

Selon Clausewitz, cette phase expansive du conflit doit être d’intensité maximale afin de vite parvenir à une conclusion décisive. Cette règle fut contredite par des années de pertes horrifiantes en guerre moderne, étant donné la létalité et la prolifération de ses technologies d’armes. En termes militaires, cela s'appelle « établir contact avec l'ennemi » : tel qu’étendre sa main dans les braises d’un feu afin de l'éteindre. Au combat, l’unité U de ton armée et ses suivants seront plus ou moins usées en usant celles de l’ennemie et de ses suivants.

Dans la deuxième catégorie, des partisans se rassemblent sous une gérance locale – d’habitude celle traditionnelle sinon choisie de façon démocratique – en opposition brutale à leurs voisins appuyés par une autorité lointaine (soit une tyrannie siégée dans la capitale régionale, soit un occupant étranger, très souvent les deux.) Le contact militaire et sa friction destructrice perdurent entre ces groupes.

Lors d’un intervalle de guérilla, le comptant de pertes et de dégâts peut être inférieur à celui accru lors de batailles rangées comme décrites en haut. Malgré tout, cette usure reste continue et cumulative ; son total définitif est souvent supérieur à celui d’une succession de batailles d'apogée. Des régions entières peuvent être stérilisées par des combats de guérillero, qui auraient pu récupérer plus rapidement d'un tsunami passager de troupes régulières. La proportion des pertes civiles pendant une guérilla est d’habitude plus forte que celle d’après une bataille rangée, car beaucoup de civils trouvent l’opportunité de fuir des batailles locales alors que la guérilla reste de lieu et de temps plutôt étendus. Aussi d’habitude, ni des deux côtés d’un combat régulier ne cherche à rabattre la discipline et la morale de ses troupes en les encombrant de civiles avec leur pagaille — il serait mieux de les chasser temporairement du terrain.

Les deux côtés d’une guérilla peuvent considérer (à tort d’ailleurs : voir en bas) les civils locaux comme des otages dépréciés et de bons prétendants á l’extorsion. L'intensité du combat de partisan ne peut être considérée basse qu’en tant que cliché instantané ; elle doit s’élever à la longue. La guerre « de basse intensité » est donc un autre mensonge fabriqué de toutes pièces par la propagande d’armes pour la rendre plus acceptable.

Le contact est maintenu entre des adversaires conventionnelles par la cavalerie et l’infanterie légère, l’aviation de reconnaissance et des sous-unités irrégulières, aussi par des espions civils partisans de l’un ou de l'autre côté. Ces escarmouches continuelles entre des unités d'élite sont rarement décrites dans les histoires militaires de norme, dont les auteurs s’intéressent plutôt dans la manœuvre à grande échelle et mieux documentée de hordes armées. Quoique le succès ou l'échec de telles escarmouches mène habituellement à celui correspondant des armées régulières, indépendamment d'autres préposés comme des nombres crus et supériorité relative en équipements et entraînement.

Après tout, des données essentielles ne sont recueillies que pendant un contact assidu : des meilleurs renseignements sur les forces et faiblesses de l'ennemi, ses dispositifs, plans et intentions. En toute probabilité, si vous perdez la guerre d'information au bas niveau, vous perdrez tôt ou tard celle conventionnelle.

La première sic guerre mondiale, quelques-unes auparavant et la plupart depuis ont différé de celles antérieures du fait que les forces régulières des deux côtés se sont rendues pareillement responsables de la bataille conventionnelle et de celle de basse intensité. Par exemple, lors des grandes offensives de la PGM sic, des dizaines de milliers de vies et des kilotonnes de munitions furent consumées dans quelques jours. En attendant, durant des intervalles « de basse intensité » chaque petite unité (chaque bataillon d’environ 500 hommes) dût en perdre une poignée presque chaque semaine de son séjour au front.

Au cours de la majorité des guerres civiles, l’armée régulière des deux côtés sera reconstruite presque dans son entièreté. Chaque côté développera son propre gouvernement central, sa base d'impôts, son foyer géographique et ses unités militaires (de combat au lieu de garnison : cette différence signifiante quant au commandement et aux matériaux) afin d’entamer les confrontations expansives de la guerre conventionnelle. La prétendue guerre de bas niveau n’est que l'étape initiale en voie à l’ultime épreuve de force.

La guerre de basse intensité n’est pas nécessairement d’importance existentielle pour la puissance occupante. En d’autres mots, qu’elle gagne ou perde, son existence ne sera pas posée sur la balance — du moins à court terme. D’habitude, elle se battra à une main liée, par définition. Cette vulnérabilité peut être cruciale. L’équipe en maison n’a nulle part où s’enfuir et doit donc lutter pour sa vie.

L’organisation rebelle retient un autre avantage de maison à l’encontre du pouvoir lointain, son armée régulière et ses adhérents locaux. La plupart des habitants s’identifient avec elle et lui fournissent des renforts et des appuis de logistique et de renseignement. La puissance étrangère ou le gouvernement régional retient un inconvénient évident, soit l’une ou l’autre retenant une longue histoire d'abus contre des gens du pays. Mais une fois que ces avantages et inconvénients sont énumérés, les combattants des deux côtés auront à faire face au même paradoxe décrit plus loin : ils réussiront ou échoueront selon qu’ils le manipulent.

Etant donné ce déséquilibre, la guerre de « basse intensité » retient une distinction principale contre celle conventionnelle. Ceux qui l’ont ignorée ont perdu ce combat et très souvent de suite la guerre conventionnelle soutenue par cette escarmouche.

En guerre conventionnelle, marquer un compte supérieur de cadavres ennemis et occuper son terrain (par exemple, sa capitale et ses centres industriels et d'extraction de ressources) dicte en grande partie le succès militaire, indépendamment du souhait des civils locaux. Leurs pertes peuvent être ignorées ou empirées selon la doctrine de Clausewitz ; ils se mettront rapidement en ligne de toute façon, une fois que leur armée sera écrasée dans sa tentative de bloquer la voie d’invasion.

Tandis que, durant une guerre dite de « basse intensité » le côté perdra qui contrarie la majeure partie de la population indigène ; ceci indépendamment du compte des cadavres et du terrain occupé avec succès. Quand croît le chiffre de cadavres parmi le peuple, grandira pareillement l'avantage du côté qui le réduit au minimum et diminuera-t-il pour l’autre qui abat de nombreux civils et terrorise leurs survivants.

Pendant une guérilla, un général conventionnel doit être en quelque sorte plus sévère envers ses troupes qu’envers l'ennemi, les discipliner avec tant de cruauté qu'elles permettront l’augmentation de leurs propres pertes afin de réduire au minimum celles civiles. Autant que possible, les transactions économiques entre ses combattants et la population civile doivent être intentionnelles et entièrement compensées ; ceux-là, punis pour chaque crime commis à son encontre; et encore plus de ressources versées en reconstruction et en affaires publiques aux mains d’agences civiles qu’en dévastation aux mains des militaires. Le plus vite au cours du combat qu’il imposera ces conditions, le moins probable sa faillite à cette besogne presque garantie autrement.

L'armée américaine a ignoré cette conjoncture au cours de ses guerres continues en Irak, exception faite des efforts du général Petraeus. Elle a misé beaucoup plus sur la défaite de l'armée irakienne et ses apanages irréguliers, que sur la reconstruction de sa société et ses infrastructures. En Afghanistan, notre ruine éventuelle pourra bien découler de la prolifération des pertes civiles à la suite de nos bombardements à longue portée ainsi qu’à notre enrôlement des seigneurs de guerre locaux pour « maintenir la paix » alors qu’ils dénonçaient leurs rivaux comme s’ils étaient nos ennemis communs. Nous payerons cher ces erreurs avec un tapis roulant de conflits supplétifs.

L'ordre et la loi doivent être reconstitués quoique presque tout le monde puisse les refouler ; le droit de propriété, protégé malgré l'impuissance des civils locaux. Il est toujours plus facile pour des combattants voraces de marauder des civils locaux, que de combattre une guérilla bien armée mais pauvre en ressources. Sinon faire les deux à la fois et toujours perdre.

Cette règle s’applique autant au soldat vorace qui s’empare du poulet d’une famille paysanne, qu’au général scrutant sa carte de bataille mais manquant de bonnes cibles pour son immense puissance de feu — en fait, encore plus à celui-ci.

Au diable la fausse panacée de drones létaux. On aurait du dénommer ce programme « dents de dragon » à cause de sa propension pour multiplier ses ennemis.

La discipline militaire exigée au maquis est beaucoup plus féroce et difficile à imposer que celle d’une guerre conventionnelle. Les campagnes massives idéologiques, éducationnelles et de propagande qu’ont dû s’inculquer des armées de brousse comme celle rouge de Mao, elles n'ont pas été nécessaires pour combattre l'ennemi. Ces troupes étaient entièrement disposées à combattre sans elles, mais elles devaient empêcher à l’armée rouge de détruire sa base populaire au canon de fusil.

Une armée d'occupation confronte un défi encore plus important en empêchant à ses troupes et partisans locaux de suppléer leur sécurité et sustentation aux dépens des civils indigènes : ce qui pourrait être un problème insurmontable à la longue. La puissance étrangère ne pourra garantir son succès militaire dans le moins distant qu’en certifiant qu'elle se retirera aussitôt que possible et permettra aux habitants honnêtes de rétablir leur autonomie politique. Cette promesse serait un aveu de défaite lors d’une guerre conventionnelle bien qu’elle soit la clef de la victoire pendant celle maquisarde.

Les généraux conventionnels n'ont que récemment saisi cette idée et ses ramifications. http://www.fas.org/irp/doddir/army/fm3-24.pdf. Ils préfèrent satisfaire les requis de la guerre conventionnelle : la simple demande que nos pertes se réduisent au minimum et celles de l’opposant soient coûte que coûte maximisées. L’adhérence à cette formule garantit en pratique l’échec et la défaite lors d’une guérilla ; celle quasi-inverse en prévoit le succès quoique sa réalisation soit paradoxale et fort ardue. Le côté – guérillero ou conventionnel – qui tue, viol, vole et terrorise le plus parmi la population civile, il devra perdre la guerre à longue échéance. L'autre la gagnera soit sa faiblesse et sa déconfiture militaire à court terme.

Il existe aussi un double paradoxe, étant donné l’avantage de maison. Bien que des rebelles natifs puissent abattre leurs concitoyens en plus grands nombres, s’ils peuvent remettre la responsabilité de ces meurtres à l’occupant étranger et à son manque de vouloir ou faute de contrôler leurs crimes, celui-ci perdra la lutte.

La police de ces meurtres doit coûte que coûte devenir la priorité de la force occupante ; elle doit honnêtement intégrer l’entièreté des forces natives de paix dans son administration et leur étendre souveraineté et plein appui sinon se livrer à la défaite et la retraite stratégique.

Une administration réussie devra être aussi respectueuse des habitants et de leur point de vue que loyale envers le pouvoir occupant – comme celle de Lawrence d’Arabie – puis absolument responsable pour la gérance locale. Le plus vite que cela se réalise et le moins d’interventions de la part d’intrus doctrinaires et ignorants du pays, de sa langue et de ses traditions, la moins de difficultés. Aucun compromis tactique, intervention idéologique ni délai stratégique ne sera admissible.

Finalement, la survie d’une guérilla locale et sa victoire sur l’agresseur sont beaucoup plus probables si elles bénéficient de l’appui militaire d’un pays contigu immunisé contre une invasion secondaire pour quelle raison que ce soit. Si votre pays compte entamer une contre-insurrection dans un autre pays, envisagez l’invasion et l’occupation de ses voisins amicaux, puis de leurs voisins amicaux, et puis…

Encore d’autres doctrines d’Apprenti que les généraux conventionnels et leurs chefs civils doivent s’enseigner à partir de zéro.

 

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