- COUTS -

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SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

Nous devons adresser la question des coûts – si seulement momentanément et de manière circonspecte – étant donnée la misère que nous avons endurée en nous habituant outre mesure à une pénurie fictive. Depuis des millénaires, nous n'avons pu trouver richesse suffisante pour investir en une abondance certaine. Gémissant des coûts directs de la paix, nous nous sommes roulés en les renonçant, tout en sous-estimant les entorses d’armes en honneur desquels nous nous serons ruinés.

Nous la paierons chère, cette transformation. Par nécessité, les pays les plus prospères seront appelés à la première mise et aux plus hautes redevances. Comme d'habitude, des conspirateurs de convoitise se serviront d’une pénurie fictive pour contredire la transformation d'Apprentis ; bien qu'ils soient, comme d'habitude, inondés de liquidité à la recherche d’un captage attrayant sans pouvoir le trouver en dehors de la guerre totale et ses préparatifs.

Quels choix nous restent-t-ils ? Le tout est en jeu. Nous pourrions endurer les prochaines décennies de désastres écologiques, de pétrole en diminution et du résultant fascisme global d’Etats national-capitalistes se concurrençant pour les restes ; sinon céder à l’annihilation cet après-midi même, les victimes d’un quelconque paroxysme militaire inattendu de notre part quoique soigneusement ingénié par d’autres.

Si nous entreprenions la transformation concertée des armes à la paix, elle nous promettra un futur d’élégance et d’abondance inimaginables.

Depuis des décennies, des éconologiciens ont défendu des modèles économiques du côté de l'offre (des investisseurs) à l’encontre de ceux de la demande (des consommateurs) tout en ignorant l’incontestable désaccord entre la production d’armes et la demande paisible.

Les systèmes économiques d’armes encouragent des folies de débours. Elles ne peuvent pas équilibrer le potentiel industriel de la production de guerre avec les demandes de consommation en temps de paix. Ce déséquilibre a entraîné un système économique d’hyper consumérisme, d’obsolescence garantie, de colossaux débours énergétiques et de gaspillage en masse dont l’instabilité garantit des tangages de croissance « boum » et de faillite « krach. »

Ils sont les seuls apprêtés à produire d’énormes « surplus » de gens largables, de rations en réserve et de matériel militaire aussi coûteux qu’improductif, et de ce fait répondre à la pléthore de demandes du champ de bataille. Ils doivent produire à l’instant des quantités massives d’armes sans profit et de conscrits sans autre emploi. Sans meilleure raison que ça, ils doivent subventionner le surpeuplement et la croissance de complexes militaro-industriels d’obsolescence garantie, de nocivité sociale et de toxicité environnementale.

Un système économique paisible accentuerait plutôt la qualité de la vie. Il soutiendrait des affaires raisonnables en équilibrant les offres de la paix et ses demandes, fournirait une prospérité modeste comprenant des vallées et des sommets économiques rares et bien aplatis, mais non l’énorme et subite croissance industrielle que réclament des hordes armées quand la guerre éclate. Nonobstant que ce système serait beaucoup plus stable en temps de paix. Dans des circonstances d'augmentation au ralenti ou d’arrêt ou même de rétrécissement, elle éviterait la saturation du marché. Dans l’absence d’exigences d’armes et de leurs excès ou faillites économiques, l’enchaînement de boum, krach, boum se muterait en un bruit sourd rassurant.

Un système économique d’armes réagit en temps de paix comme une voiture Formule 1 dont le moteur est mis au ralenti à cinq kilomètres/heure pendant des journées entières. Elle se calerait, polluerait et exigerait trop d'entretien. Mieux vaudrait se balader à pied. Des voitures compactes de la paix seraient beaucoup plus économes, ronronnant à leur vitesse de croisière en temps de paix, souffrant d’usure minime et profitant de consommation amoindri de combustible. Mais on ne doit pas s’attendre à une soudaine pétarade de vitesse quand sonne le branle-bas de combat !

Le sort de systèmes économiques civiles en temps de paix n'est d’aucun intérêt aux directeurs d’armes, pourvu qu’ils puissent les démolir aussi aisément que des meubles de théâtre et les remplacer avec des chaînes d'usines d’armes. De leur point de vue, l'économie du monde entier pourrait s'écrouler en temps de paix (tel que cela s'effectua sous leur garde durant la grande dépression, tel qu’elle menace de le faire chaque année.) Cela n’est parvenu qu’à augmenter le comptant d'usines abandonnées et parées pour conversion immédiate aux productions de guerre, et approfondir le désespoir des recrues militaires rendues au chômage ainsi que celui de leurs parents. Elle les a rendus en collaborateurs bien disposés pour la prochaine guerre, en échange d'une bonne paire de godasses, d’une planche sèche où dormir et de trois repas chauds par jour. Génial.

 

Des sacrifices substantiels seront sans doute exigés pour créer le monde en paix. Mais ce que nous estimons le plus ne peut jamais nous être soustrait. La liberté de choisir, la nécessité d’apprendre, la bonne volonté et le sens d'humour : nous retiendrons ceux-ci sans exception. Le monde paisible ne parviendra qu’à les rehausser.

Dans Faisant face à l’extrême : La vie morale dans les camps de concentration, (Henry Holt and Company, New York, 1996), Tzvetan Todorov décrit des rares vertus comme l’héroïsme et la sainteté, et les compare aux aptitudes mondaines de survie : par exemple, préserver sa dignité, aimer ses proches (à l’inverse d’une charité générale) et cultiver la vie de l'esprit en dépit de conditions atroces.

Les plus saints des détenus de ces camps ont dû périr les premiers, profitant peut-être d’un brin plus de miséricorde. Peu importe le meurtre en hâte des meilleurs d’entre eux, les gardes de ces camps ne pouvaient supprimer l’instinct fondamental de survie des survivants ; aucune adversité éventuelle n’en sera capable, à moins de nous annihiler.

Si notre premier penchant était au mal, si la mentalité d’armes pût s'assouvir sans contestation, nos ancêtres n'auraient laissé aucune progéniture et nous ne serions pas là pour en parler. Notre survie à l’heure actuelle confirme le fait que nous sommes en grande partie des kalotrophes attirés au bien comme les plantes sont des phototrophes attirés à la luminance.

Lors de l'idéalisme de la jeunesse, beaucoup de jeunes esprits ardents ont voué leur avenir au bien-être commun. La mentalité d’armes s’est acharnée à subvertir cet idéalisme. Au contraire, nos institutions n’ont qu’à être réalignées vers la paix pour que ces idéaux se rendent en normes communes. Tôt ou tard, les plus purulentes de nos contradictions sociales guériront dans l’air alpin de la paix et la luisance enneigée de sa vérité.

Avec le consentement de son prolétariat, chaque élite d'info gère son assortiment de politiques d’armes et de paix. Nous cheminons la ligne fine entre la contrainte d’armes et la décadence paisible ; cela par réflexe, nos décisions fondées sur une constellation de métaphores politiques distordue par la menace. Ces décisions peuvent favoriser une paix de bonne éthique ou toutes les ordures que nos élites choissent de propager en faveur de leurs technologies toxiques et intoxicantes d’armes.

L'élite qui opte pour « la paix définitive » s’affranchira de la corvée de rationner les données. Elle abordera la cime d’excellence directoriale en ce faisant. La qualité de la régie terrestre ne pourrait atteindre un apogée bien supérieur. Mais un régime d'armes n’abordera jamais cette nivelle d’excellence car, en compétition armée avec ses paires d’armes, a) elle rationne les bonnes données et favorise la mésinformation et la désinformation, et b) elle estime « le réalisme » et le calcule à sang froid par-dessus l’humanisme et la compassion.

La transition traditionnelle de la paix marginale à la guerre totale incite une virevolte de la frugalité à l’extravagance. Sitôt que le meurtre de masse prend priorité, les soucis de rentabilité et de retenue fiscale s’envolent par la fenêtre. Des buts sont établis, des nouvelles priorités redéfinies et des plans neufs achevés. Que les parcimonieux aillent se pendre ! Des nouveaux règlements sont rigoureusement mis en vigueur ; peu importe quels orteils importants soient piétinés. Dans une seule nuit, des institutions flasques se figent aux buts d’armes — sinon sont jetées de côté sans regret. Pendant la première sic guerre mondiale en Angleterre, la société edwardiènne s'est démontée en pièces ainsi que celles comparables ailleurs. Des millions de conscrits se sont consacrés aux exigences d’armes et ont sacrifié leur vie pour peu de raison apparente, voire aucune.

Afin de parvenir à une paix durable, nous devons mobiliser l’entier potentiel de guerre de cette planète. Les problèmes de paix méritent le même mépris d’obstacles et obstination d'esprit que la gestion d’armes se revendique machinalement.

Des priorités d’armes ont été les seuls à bénéficier de tels moyens de résolution. Quand des élites d'info ont conclu que la défaite menaçait leurs enfants, elles ont largué leurs priorités moindres et ont répondu aux demandes d'armes à tout prix. A ce jour, les enfants de tous sont en risque. La paix mondiale, celle seule capable de les sauver, doit bénéficier de l’enthousiasme populaire et de la conscription de masse conforme.

La transformation d’Apprentis débutera avec des petits surcroîts de compréhension renouvelée et de comportement révisé ; elle aboutira dans un consensus irrésistible et un débordement de réformes sociales.

Tout le long de l’histoire, l'humanité a conçu sa richesse « en surplus » comme de la houille à être pelletée dans la flamme perpétuelle de la guerre. Les Apprentis en concevront comme une culture de rapport à être moissonnée juste avant le prochain paroxysme. Comme des fermiers frénétiques, nous rentrerons les dernières gerbes avant les premiers grondements de l’orage avenant. Bien à sec sous la toiture étanche du monde paisible, nous célébrerons un festival de récolte, (comme la Succoth des juifs commémorant leur délivrance des mains du pharaon.)

Presque tout le monde obéira à son intérêt lucide : l’inverse du dévouement sacrificatoire et de la haine sanctionnée par la propagande du haut en bas. Dès que nous souscrirons au guidage de notre intérêt éclairé, les polémiques contre la paix au monde pour des raisons de coût se rendront absurdes. Des célébrations au lieu de sacrifices, ainsi que des frais paisibles pour succéder la pénurie d’armes.

Alors que des technologies paisibles engendrent de la richesse incontestable, la technologie d’armes n’a réussi qu’à occasionner des dépenses en aval et des mutilations secondaires. Les réseaux d'Apprentis promettront une richesse vérifiable surpassant nos investissements antérieurs, ainsi que la solution de problèmes que la pensée actuelle a trouvés insolubles.

 

A leur étape d’origine, les réseaux d’Apprentis seront terriblement vulnérables. Une population bouillonnante de mentalité d’armes aura à défier les ultimes efforts de leurs anciennes élites tenant à les précipiter en Armagédon. Un certain nombre d’entre eux, rendus furieux par leur endoctrinement d’armes, trouveront ces ultimes appels au carnage irrésistibles.

Les réseaux d’Apprentis exigeront des attributs raffinés de défense et de diagnostic comprenant des redondances, des subdivisions triples et des sauvegardes encastrées contre de telles menaces que le virus numérique, la pulsation électromagnétique, le vandalisme, la violence de bande, l’altération criminelle et le sabotage.

Les Apprentis auront à trouver un accord tolérant mais immuable entre la libéralité et la sécurité. De la libéralité prématurée fera renaître le chaos dans une société détrempée de mentalité d’armes ; des mesures rigides de police ne parviendront pas à grand-chose de plus. Celles favorisées par les mauviettes pour dominer leur prolétariat et celles par des prismes pour subvertir leurs proto élites, toutes devront être révisées ou larguées. Voir Intro et Vocabulaire pour clarifier ces expressions si tu ne t’en es pas encore familiarisé.

La gestion d'Apprentis doit être à l’épreuve d’erreurs dès le départ. Une série prolongée d’échecs n’obtiendra pas de seconde opportunité. Ce qui libérera d'erreur la plupart de nos efforts, ce sera le strict respect des exigences de la conscience morale particulière en bon état, soit les contradictions institutionnelles démentant cette nécessité.

Tout le long de l’histoire, des individus obsédés ont inventé des nouvelles technologies paisibles avec peu d’appuis officiels sinon aucun. D’ordinaire, les élites d'info ont ignoré ces inventeurs et leur passion. S’ils soupçonnaient que ces inventions déstabiliseraient leur statu quo, ils les ont écrasées sans hésitation (Tesla).

On ne trouvera pas d’Apprentis doués ni en leur appliquant des examens standardisés, ni en harcelant des enfants à travers une course d’obstacles académique, ni en promouvant les rares survivants d'enfers d'examen (le modèle asiatique.) Le plus de contraintes imposées sur ces individus, le plus rapidement disparaissent-ils des écrans de radar. Ils trouvent leurs intérêts plus « sexy » que les récompenses vides de l'orthodoxie bureaucratique, de l’avidité corporative et de la mentalité grégaire de dissidence futile. Hypersensibles aux affectations favorisant la forme par-dessus le contenu, ils imposent des demandes stratosphériques autant sur eux-mêmes que sur leurs créations.

Des Apprentis parmi ceux les plus doués sont des amateurs obsédés poivrant la multitude de l'info prolétariat. Pourvu qu’ils disposent d'assez de revenu discrétionnaire et de temps de loisirs, ils étudient l’objet de leur obsession (leur passion) souvent au dépens d’une vie que d’autres considéreraient normale.

Par passion, j’entends un sujet au perfectionnement duquel ils consacreraient volontiers dix milles heures. Ensuite, ils nécessiteraient une élite d'info assez dingue pour accueillir leurs découvertes, les coordonner et les diffuser.

D’habitude, les chansons qu'ils composent se font taire en faveur de platitudes trépignée, les jeux de leur invention sont interdits au profit de carences homogènes, et les jouets exquis qu’ils produisent sont remplacés par des rebuts. Les sociétés de statu quo promeuvent des mandarins poinçonneurs qui se délirent à faire taire les Apprentis et des portiers qui raffolent de les exclure. Elles abandonnent beaucoup de percées technologiques, rien que pour les voir reparaître au renouveau de circonstances idéales. Cette usure sournoise de technologies paisibles sabotées doit être terminée. Le dialogue humain entre sa gestion d'énergie et la recroissance de l’environnement naturel doit être minutieusement coordonné avec la cognition des Apprentis. L’énorme vitalité dévastatrice accumulée jadis doit être canalisée dans de l’Apprentissage constructif.

 

 

Le milliard d'enfants qui s’endorment à jeûne le soir constituent l’ultime source mondiale de génie inexploité. Je ne préconise pas leur alimentation par altruisme désintéressé, quoique cet objet soit aussi bien atteint. J’insiste parce que leurs gènes ont survécu des siècles de privation létale. En tant que survivants d’une telle hécatombe, ils doivent inclure le plus grand nombre d’Apprentis prodiges, une fois correctement soignés. De façon typiquement humaine la plupart du temps, nous avons entretenu le moins bien ceux dont nous avons le plus grand besoin.

Entre temps, des millions de médiocres lisses font tourner les portes en rond de nombreuses bureaucraties inutiles, voire ouvertement démolisseuses. Manquant suffisance d’amour, d’empathie et de générosité, ces personnages de moralité amputée retiennent la même pertinence que leurs antécédents inscrits aux grandes universités pendant le moyen âge européen.

En effet, il existe des ressemblances remarquables entre le plus sombre du moyen âge, le siècle qui vient de finir et celui qui débute.

Pendant ces deux époques, l’aristocratie militariste et le clergé d'entreprise ont jonglé le personnel, l’argent et les paperasseries. Tous deux ont compté sur des élites monolithiques : leurs nobles et clergés fragmentés ; nos bureaucrates standardisées d'entreprises commerciales, gouvernementales et scientifiques. Tous deux ont paupérisé leur prolétariat d'info et ont construit, pour immortaliser le vide de leurs rêves, des gratte-ciel phalliques d’utilité dérisoire jaillissant de mauvais quartiers puants. Tous deux se sont rendus les responsables de grosses gaffes – autant en santé publique qu’en entretiens écologiques – remarquablement inférieures à ce qu'ils auraient pu accomplir s'ils avaient fait attention aux questions sérieuses. Tous deux se sont pourvus de langages exotiques afin d'aliéner leur prolétariat d’info : leur latin et nos mathématiques. Tous deux ont validé leur mentalité d’armes avec de piteux mythes d’armes.

Les deux époques culturelles furent fondées sur des fantasmes sociaux : le leur, la religion bureaucratique ; le nôtre, la technologie bureaucratique. Toutes deux ont fait confiance en dogmes aussi incohérents et paumés qu’incontestables. Le leur a esquivé des validités sociales et spirituelles par le biais d’institutions de fausse foi ; le nôtre, par des médias de divertissement d'entreprise : ces distractions pareillement séduisantes et divorcées du réel. Ceux-là ont joui de la sorcellerie : des milliers de vieilles dames excentriques furent embrasées en tant que lampistes pour des maux auxquels leurs élites étaient évidemment responsables. Nous autres soutenons nos guerres perpétuelles contre les drogués et les terrorisés, aussi les tourments les plus sophistiqués que peuvent manigancer nos régimes policiers et empires de prison.

Les deux élites ont traîné leur peuple à travers des guerres complexes, coûteuses et dégoûtantes. Ni l’une ni l’autre n’a souhaité éviter la guerre globale. La bagarre maximale fut coutumière aux deux époques, peu importe si intercontinentale ou bornée au village. Le conflit armé a dominé les deux visions du monde : le leur, entre musulmans et chrétiens ; le nôtre, entre communistes et capitalistes. A chaque époque, des chrétiens et des musulmans fanatiques (donc psychopathes) ont renouvelé leurs appels à la croisade et au jihad en poursuite de leurs primes de combat.

Cette bagarre finira par s’assortir entre les riches et leurs victimes, sinon les citadins progressistes à l’encontre d’occupants ruraux et réactionnaires (comme se range la politique actuelle aux USA.) Ce conflit global vient de se métamorphoser entre le monde du Nord riche et le monde du Sud appauvri mais capable d’énorme productivité subséquente.

A vrai dire, l’hémisphère nord ressemble au Boulevard des Ambassades à Mogadiscio pendant une mauvaise journée. L’Occident industriel, (avec le Japon, les petits tigres d'Asie et la nouvelle Chine d’élite) voici les quartiers les plus privilégiés, les plus puissants et les mieux armés d’une planète en ruines.

« Après tout, notre bande de rue (bureaucrates paramilitaires et paraciviles, avec leurs divers partisans) elle paraît être l’une des plus puissantes sur Terre. Persistons dans la fantaisie que nous aurions quelque chose d’important à perdre d’un meilleur arrangement. »

Il leur est tentant de perpétuer les clichés fades du Boulevard des Ambassades à Mogadiscio pendant une mauvaise journée, et ignorer le fait que nous occuperions le Boulevard correspondant sur la planète Genève et y serions autant magnifiques tout aussi commodément. Nous avons renvoyé la fortune que tous pourraient acquérir depuis des transformations radicales. Voir Mencius.

Des bandes de rue sont des bandes de rue et rien de plus ; elles souscriront toujours à l’hypocrisie, à la criminalité et à la tyrannie. Nous pourrions nous plaindre à notre gré de nos problèmes actuels et tenter de rendre un peu plus coquette la bande de rue de notre coin de rue, le répéter jusqu’à la rentrée des vaches (until the cows come home) — nos résultats seront toujours les mêmes : pires au-delà d’imaginer.

Le secret serait de transformer cette planète Mogadiscio en celle Genève, et non notre bande de rue en celle retouchée alors que les autres demeurent les mêmes. Il ne nous reste qu’une transformation à effectuer : remplacer le sacrifice de victimes qu’exige la mentalité d’armes, par la célébration des Apprentis qu’ambitionne la mentalité paisible.

 

Sous la régie d’armes, la complexité économique et la densité démographique aggravent l’inflation et la misère humaine. Sous une tutelle plutôt paisible, ces mêmes donnés multiplieraient l’abondance et la civilisation. Allons voir en Hollande et au Japon, là où grouille un comble de population que la paix ne parvient qu’à inspirer et embellir.

Prenons par exemple la ville de Pittsburgh. Il n’y avait pas si longtemps, cette ville était célèbre pour ses usines affairées, ses habitants apparemment riches et d’accablants problèmes écologiques et sociaux touchant à la surpopulation et la prolifération industrielle. Sa désignation de belle ville aurait été une mauvaise plaisanterie. Subitement, sa base industrielle a implosée et un grand nombre de ses ouvriers furent mis au chômage et ont dû abandonner leur demeure. Bientôt de suite, cette ville s’est transformée en l’une des plus « attrayantes » aux Etats-unis.

Aussi illustré : l'asthénie de toutes nos villes et leur qualité effrangée, en comparaison. Nous sommes misérables par refus d’être magnifiques.

 

Il se pourrait que l'espèce humaine attende son rejet comme l’ont fait tant de paysans de l’âge sombre. Beaucoup d’entre eux n'ont pas pu améliorer leur sort avant que la moitié d’entre eux n’aient péri de la peste noire. Les survivants ont tiré profit de ce triage massif en offrant leur main d’œuvre raréfiée pour un meilleur salaire. La noblesse de naissance a commencé à perdre signifiance quand tant de fentes se sont ouvertes dans sa régie.

La meilleure évasion de la peste, (barrant une série opportune de ciprofloxacine) semble être de s’enfouir dans un château fort bien reculé du grouillement des gens, et ne plus en sortir pour au moins six mois. Consulter Boccace, l'auteur du Décameronet. Bien qu’il y aura des pertes dans les vagues d'épidémie à suivre, fouinant pour des victimes supplémentaires. Si c’est ton sort, l’ami, nul part où te cacher.

La rotation du personnel par la peste noire – avec son bouleversement psychique – a démarré la Renaissance.

Y compris des apports intellectuels de provenance chinoise ? Selon Gavin Menzies, des marins, savants et diplomates de la flotte de l’amiral-eunuque Zheng He ont navigué jusqu’au Caire, puis dans la mer Adriatique et jusqu’à Venise (qui plus est, à une grande partie du restant des océans.) Une ambassade chinoise a rendu visite au pape en 1434 et laissé une masse de données, d’outils et d’instruments agronomiques, mathématiques, cartographiques et astronomiques. Les génies de la Renaissance italienne ont plagié cette vaste trésorerie culturelle et l’ont perfectionnée, s’emparant ainsi d’un millénaire de patrimoine intellectuel que l’Europe loupa lors de son âge sombre.

Cette flotte transocéanique fut détruite par la chute d’une comète au large de la Nouvelle Zélande en 1340, qui déchaîna des tsunamis de 150 mètres à travers l’Océan indien. Subséquemment, des fonctionnaires eunuques chinois ont renoncé l’exploration et le commerce à l’étranger, puis ont sabordé ce qui restait de cette flotte. Gavin Menzies, 1434: The Year a Magnificent Chinese Fleet Sailed to Italy and Ignited the Renaissance, (1434 : L’Année qu’une magnifique flotte chinoise vogua en Italie et déclencha la renaissance) HarperCollins, New York, 2008.

 

Nous attendons-nous au même sort pestilentiel ? Nos descendants bénéficieront-ils de notre disparition ? Dieu sait, si le SIDA se mute en aérosol infectieux – par à peu près la même voie que prit la peste pour passer de bubonique en pneumonique – même un optimiste délirant rairait notre civilisation dans quelques petits mois.

La nature semble faire répétition de notre grande finale, ainsi qu’un petit précoce répéterait un tour de magie. Elle tranche les cartes avant de donner celle de la Mort à l’espèce momentanément dominante, tout en recensant la létalité de ses moyens et moments. Badine-t-elle avec l’humanité avant de l’écraser  sous sa plus récente défausse ? Nous devrions nous assurer que ce qu’il y a de mieux dans notre civilisation obtienne sa meilleure chance de survivre ce triste sort.

 

Dans l’avenir proche, la technologie de gènes recombinants mettra dans la portée d’aucuns les moyens de diffuser une épidémie génocidaire. N’importe quel psychopathe disposant d’une formation quelconque en biologie et d’accès à un laboratoire de lycée sera capable de cuisiner des pandémies en état de désemplir des continents entiers — cela dans très peu de temps. Prier remonter ta montre aux années suivantes ! Une fois que démarrera ce cycle catastrophique, ni un professorat des grandes écoles ni un portefeuille des meilleures offres et actions de bourses commerciales n’offrira plus de protection qu'une vie passée dans l'examen minutieux de tas d’ordures.

Dans ce cas, le texte d’Apprenti offre un plan de reconstruction globale — supposant que nos survivants abasourdis normalisent à jamais leur vie.

Des pontifes médiatiques ne cessent de se répéter les mêmes alarmes de ruine imminente. Que ce soit par frappe de météore, par catastrophe environnementale ou par combat aux technologies de pointe : nous restons sous la menace de désastres synergiques et multimodaux. Ces appréhensions seraient-elles les sous-produits de notre malveillance collective, punition astrale pour nos péchés … ou simplement le triste déroulement de mauvaises coïncidences ?

Des histoires d'OVNI semblent décrire des tentatives maladroites de la part d’extraterrestres (sinon de post-humains futurs ?) de vendanger la matière génétique de cette biosphère planétaire avant qu’elle ne souffle en éclats. Jouent-ils un programme de divertissement télévisé ? Se divertissent-ils comme des amateurs pêcheurs si ennuyeux dans ces programmes. « Attrapons-les puis relançons-les, attrapons-les puis relançons-les … » pour aucune raison apparente sauf la diminution de leur ennui et la satisfaction de leur curiosité ? D’ailleurs, presque tous les poissons piqués puis relancés de cette manière meurent après une journée ou deux.

Toute cette hystérie pourrait-elle avoir une base factuelle ? Si notre destin est la simple extinction sur programme, je te prie de contempler Apprenti comme le passe-temps particulier que je l'ai projeté d'être. Sinon, si notre destin se dévoile comme légèrement moins ridicule, je te prie de considérer la Section III qui suit comme une liste de devoirs globaux trop longtemps négligés qui exigent l’application immédiate de tous les Apprentis sur Terre.

 

ENSUITE       TABLE DES MATIERES       ANTECEDENT

 

Apprenti, débute

 

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