- QUELQUES REGLES DE BASE -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

Tout en remerciant Mark Juergensmeyer qui me permit de les copier depuis son livre, Fighting with Gandhi, Combattre avec Gandhi.

 

Moi, je me cramponne à la Satyâgraha quoique je la comprenne moins bien qu’une mère soudanaise le vaccin pour lequel elle ira jusqu’au bout du monde pour sauver son enfant. Moi et elle, nous retenons cela en commun : nous avons quelque chose de précieux à sauvegarder, présumons que cela réussit et ne nous soucions pas de le comprendre : soit Satyâgraha ou piqûre. Des toubibs experts peuvent sauver son enfant ; des vérifacteurs experts, le monde. Nous autres, les amateurs, ne pouvons qu’espérer. Faites venir à tout prix !

 

·      N'évite pas la confrontation. Une telle évasion ne parvient qu'à prolonger le conflit sous-jacent. Accueille au lieu les contradictions paisibles et leur illumination de ta vérité.

·      Reste ouvert aux communications et aux critiques. Les deux côtés n’ont qu’une vue partielle ; celle de l'autre est requise pour assortir la vérité de la contre-vérité.

·      Trouve une résolution et empoigne-la. Une fois qu’une meilleure option se rend évidente, saisis-la et base-en ta stratégie, mais sois autant bien disposé à défier cette option.

·      Considère ton adversaire comme un allié. Ne fais rien qui puisse l’aliéner ou lui faire mal. Si tu parviens à son malheur par accident ou par mauvaise habitude, demande honnêtement pardon aussi promptement que possible et offre restitution. Souviens-toi que votre but commun est de résister ensemble contre l’anti-vérité. (Nota : mes tendances à fuir, accuser et tenir rancune contre mes « ennemis » sont parmi mes pires faiblesses. Voir les entrés à suivre, que je rate entièrement trop souvent.)

·      Rends tes tactiques compatibles avec ton but. Quand possible, sers-toi du but lui-même comme ton arme ; et quand ça ne l’est pas, n'admets que des actions en étant compatibles.

·      Reste souple et bien disposé à changer de tactiques et de but immédiat, à réviser ton idée de l’adversaire et même à revoir ton entendement de la vérité.

·      Sois modéré. Monte tes démarches par degrés. L'idée est d’empêcher à tes adversaires de se sentir intimidés. Leur réponse doit être communicative plutôt que défensive. Tu souhaites les attirer dans l’amitié et l’allégeance, non les aliéner comme nous avons été si bien endoctrinés de l’accomplir quant à l’Autre redouté.

·      Reste en bon équilibre. Décide quelles questions te sont insignifiantes et lesquelles méritent de ton temps et énergie. Le socle de ton jugement doit être le degré dont la vie et sa qualité seront abusées. Dresse une campagne dont la force équivaut à celle de ton adversaire et demeure appropriée à la question.

·      Sois discipliné, même au point de l’agonie. Surtout quand beaucoup d’activistes sont inclus dans un effort collectif, assure-toi que ta position est cohérente et que ton côté s'engage dans la non-violence. Ta consistance est une de tes forces principales.

·      Sache quand aboutir. Une campagne à l’impasse, voire celle qui tourne au mal, peut exiger la révision de tes tactiques et même la modification de tes buts. Il n'y a pas de victoire dans une concession à tes préjugés sans accord en principe. Dans une bagarre gandhienne, tu ne peux pas prétendre à la victoire avant que tes anciens adversaires n’en prétendent de même.

·      Sois circonspect. Un mouvement de masse ne doit pratiquer la satyâgraha qu’en dernière échéance, après avoir éprouvé toutes les autres méthodes acceptables de résistance aux mensonges et aux brutalités. Ce ne sont que des individus qualifiés par la légitimité de leurs souffrances qui peuvent s’en servir à chaque opportunité.

 

Après avoir absorbé ces règles, (et je te conseil de les relire attentivement plusieurs fois), tu commenceras à saisir l’ahurissante rééducation morale que nous exigeons.

Plusieurs fois ? De quoi je pense ? Au moins cinq fois par jour pendant une année entière, sous la surveillance implacable d’un maître de paix. Ce ne serait que l’énième partie de notre endoctrinement d’armes subi depuis l’enfance, nous dictant d’entreprendre reflexivement l'inverse de tout que ce que tu viens de lire. Bonne chance avec ça !

Comment transformer notre adversaire en meilleur copain ? Comment désamorcer nos réflexes de méfiance et d'agression préventive ? Nos préalables d’Apprentissage sont renversants : ils surpassent l'intellect creux de ce pauvre scribe, ses prêches complaisants, son tempérament biscornu et son envie pâteuse de voir se soumettre ou disparaître ceux qui lui sont en désaccord. Nous avons une longue route ardue à nous taper.

 

« Hommes, ici n'a point de mocquerie. » François Villon

 

L’excellente bibliographie de Mark Juergensmeyer couvre les écrits de Gandhi, de ses principaux analystes et biographes. En même temps, il interroge l’application de tactiques gandhiènnes à l'encontre des idéologues et des doyens d’armes à sang froid qui sont parvenus à dominer l’histoire et les actualités. Il étudie le fatalisme apparent et la patience sainte qui semblent exigées pour pratiquer des principes gandhiènnes à l’encontre des adorateurs du diable tels que Hitler et Pol Pot. Ces ogres paraissent s’être immunisés des appels au bon sens et à la sagesse à même d’apaiser les Apprentis qui pourraient nous accepter comme des co-équipiers tout en nous querellant.

Ne prendrait-ce pas des années de souffrances atroces pour vérifacter avec assurance auprès de leurs descendants un peu moins forcenés ? Soit que l’annihilation à leurs mains ne survienne entre-temps ? Voici d’où pourrait ré-apparaître la foi en la réincarnation et sa pérennisation implicite de la Vérité, soit les malheurs encourus entre-temps.

Il pousse la logique gandhienne jusqu’à ses limites. Doit-on faire exception de contraintes bénignes ? Obliger des gens de mieux se comporter dans leur propre intérêt ? Ne fut-ce pas là l'erreur du grand inquisiteur ? Pourrions-nous réussir, tout en nous supposant plus faibles que nos adversaires ? Gandhi pensait que non, au risque des trappes spirituelles du grand inquisiteur.

On a perçu Gandhi comme un saint hindou, un moraliste politique, un pratiquant d’éthique religieuse, un révolutionnaire mystique, un rationaliste paisible, etc. Ces désignations ne lui conviennent pas. Son cœur dominait sa tête. Gandhi fut l’ultime amant tragique : un héros de dessin animé, se projetant par-dessus le bord de falaise en poursuite de son bien-aimé et écrasé sous une tombée de roches. Se servant de son corps comme saphir et comme ardoise son Inde, il écrit des psaumes à son bien-aimé, tel que Salomon, son cantique des cantiques.

Pendant sa dernière minute sur terre, ayant tenu Kali à longueur de bras pour toute une vie et en désespoir devant cette incarnation de sa bien-aimée aux dents rougies du sang d’un million de victimes hindoues et musulmanes, il salua le dernier venu de ses exaltés qui l’abattit au pistolet. Tu peux voir ça sur film : Gandhi salua son assassin, comme si ce destin lui avait été évident tout le long.

 

 

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