- DE L'ANCIENNE ABONDANCE ET

DES PETITS HOMMES VERTS -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

Le monde est paradoxalement dépourvu d’énergie ces jours-ci, comparé à sa jeunesse. Chaque minute, trois millions de molécules de Potassium peuvent crépiter dans le corps humain. Et nous, constituant le tiers le mieux nourri de l'humanité, pouvons convertir notre excès de nourriture en graisse quotidienne. Ce régime énergétique reste néanmoins misérable comparé aux ergs déchaînés qu'un corps de masse humaine eut pu rayonner pendant l'époque Hadène, il y a quatre milliards d’années. A cette époque, la conscience aurait pu occuper des orages de feu départementaux au lieu de nos petits paquets isolés de quelques vingtaines de kilos de chair en décomposition.

D’ailleurs, il est probable que l’humanité figure comme la plus récente d’une série d’écologies lucides (ésotériques, électriques, calorifiques, minérales, protistes, végétales et animales) qui ont momentanément prévalu sur la scène terrestre, puis se sont éteintes soit par sottise multiplicative et noyade dans leurs déchets (tel que nous l’entamons comme des cons à présent) soit à cause d’un hoquet cosmique. En effet, le royaume subséquent survient probablement pour festoyer sur les déchets de celui précédent.

Ici, au fond ensoleillé de notre puits de gravité, nous menons lutte incessante contre l’entropie. A propos, qu’est-ce vraiment que la gravité ? Sa distorsion infatigable de l'espace-temps se moque bien de nos lois de conservation d'énergie, et cette force est risible comparée à celles électromagnétiques et atomiques : les trois ou quatre que nous admettons. Un petit aimant peut inverser l'attirance entre une épingle et la planète entière.

Faisons-en face : notre civilisation « de pointe » s’alimente d’accroissements minéraux et de matières organiques en décomposition. Une petite bouffée de gas-oil trahit son origine comme de l’eau de sentine naturel. Il est probable que ce pétrole serve une fonction géomorphologique et mystérieuse. Comme des moustiques affamés, nous avons refusé d’y prêter attention tandis que nous le sucions à sec, et risquons donc d'être aplatis par les conséquences inattendues de notre gloutonnerie.

 

Des anciennes espèces de plantes ont pu fournir un contenu alimentaire beaucoup plus généreux que nos variétés domestiques trop étroitement apparentées. Bien avant, des plantes les plus nutritives ont probablement évolue en codépendance avec des espèces consommatrices et se sont éteintes avec leurs consommateurs sinon au fil d’un désastre quelconque.

Une certaine moisissure contemporaine est presque sur le point d’anéantir la récolte globale des bananes. D’autres plantes nutritives dont on s’inquiète de leur maladie ou leur extinction en milieu naturel : grenades, pistaches, pastèques, pommes, ananas, mangues, patates douces, ails, cacahouètes, sojas, tomates, cafés, blés durs, raisins et sans doute d’autres non énumérés ici : de quoi affamer toute l’humanité.

 

Des microbes n’ont pas nécessairement été les plus létaux envers des cultives et des bêtes disparaissantes, s’aurait plutôt été l’homme. Les Romains ont moissonné à l'extinction le silphium, un aromate culinaire, de Cyrène en Afrique du Nord. Ils ont réduit à l'extinction plusieurs espèces de grands fauves pour garnir leurs jeux meurtriers au Colisée. En Chine et ailleurs, des empires ont dû porter des atteintes semblables. Elle est actuellement responsable pour l’extermination du rhinocéros africain, du tigre asiatique et des requins océaniques pour d’insignifiants buts curatifs et gastronomiques ; le Japon, du thon rouge et d'autres espèces océaniques. Des livres entiers ont pu être écrits à cet unique sujet, incriminant chaque ethnie et nation. A moins d’avances colossales de sagesse et d’Apprentissage, la race humaine finira par être exhibée comme une des infections planétaires d’ultime fatalité dans le musée de l’histoire naturelle terrestre.

 

Les mastodontes antédiluviens ont crû jusqu’à deux fois le poids d'un éléphant moderne, et les dinosaures, six fois de plus. Jusqu'ici, aucune physiologie alimentaire plausible n’en a été proposée.

L’ancienne Bérengie, le pont terrestre à présent submergé entre la Sibérie et l’Alaska, est supposée avoir hébergé des mammouths et une mégafaune conforme ; des pionniers humains, l’avoir traversé depuis l'Asie. Personne ne peut modeler une écologie qui soutiendrait une telle faune vorace à travers un terrain arctique récuré de tempêtes et ceinturé de glaciers des kilomètres de profondeur. Des glaciers tellement massifs seraient nécessaires pour abaisser le niveau de la mer et découvrir ces ponts terrestres. Imagine des bêtes superbes s’attroupant en Antarctique moderne, et l’homme le traversant à pied pour passer de l’Afrique en Amérique du Sud.

Une possibilité ? Ces animaux se seraient nourris de plantes davantage nutritives que les nôtres, résistant aux hauts vents, au gel intensif et à la précipitation basse. Des pollens de génotype unique peuvent confirmer cette hypothèse, et une révolution alimentaire, reposer méconnue dans nos dossiers de fossiles. Se seraient-ils cachés parmi nos mauvaises herbes et plantes aquatiques ?

Quelques porteurs de l’étincelle vitale, peut-être même leurs écologies entières, ont survécu le glaçage de la planète entière, peut-être de nombreuses fois, à coups de bolide cosmique et de volcanisme continental. Ce froid omniprésent aurait été insoutenable : un glaçage de sommeil bienvenu et permanent, fouinant pour des survivants pendant des millénaires avec patience imperturbable et les congelant sans merci. Pareillement, des ouragans de feu ont résulté de débris cosmiques et de gaz volcaniques : des ondés de toxines mortelles qui enrobèrent la planète entière. Les terres, le souffle, la glace et le feu : chacun à son tour en disproportion suffisante pour mettre fin à la vie. Qu’est-ce qui les aurait survécus ? Des écologies aux bouches volcaniques sous-marines, sans doute, et de bactéries de strate profonde ; mais quoi d’autre et combien mieux évolués ? Gardés intactes par la science de qui ? La vie toute seule doit prendre un bon moment pour évoluer d’une bactérie en un singe et puis en un philosophe un peu moins hirsute.

Aurait-ce pu être une espèce extraordinaire de Ginkgo Bilobé ? Depuis l’ère des dinosaures, cette plante a subsisté en tant que fossile vivant qui survécut toutes les catastrophes planétaires. L’occupant de son propre ordre botanique : Ginkgophyta, ses cellules embryonnaires forment un rapport d’endosymbiose avec des cellules d’algue verte. Aussi est-elle colonisée par une espèce d’animal parmi les plus extrêmophiles : les tardigrades. C’est fascinant !

 

Au demeurant, le surpeuplement humain menace la civilisation entière.

Des économistes, pantelants d’impatience, s’attendent à de nouvelles projections d'accroissement industriel. Ils ressemblent aux docteurs ignares du moyen âge, qui s’attendirent à ce que leurs malades exsangues se raniment alors que leur pouls disparut. Paradoxalement, notre progrès à venir exige une profonde coupure dans la population humaine et diminution correspondante de l’empreinte de ses technologies.

Il y a presque huit milliards de gens sur terre aujourd’hui et encore 160 millions de nouveau-nés chaque année, moins environ 50 millions de morts. Pour renverser la croissance humaine sur terre avec le taux courrant de naissances, nous devrions subir des pertes additionnelles équivalentes à celles de presque deux Deuxièmes (sic) guerres mondiales par an à partir de là. Pour éviter ces pertes additionnelles, nous devrions réduire les accouchements a moins de 50 millions, le moins le mieux.

Les partisans de l’augmentation brute agissent comme des avares qui quittent leur gîte à contrecœur pour extorquer encore plus d'or. Munis d’une hypocrisie sans pareille, ces propagandistes d'empire nient le contrôle rationnel de la population comme s’il équivalait à l’impérialisme. D’autres défendent avec dévotion fanatique le droit de chaque fœtus de devenir un adulte humain, puis votent des milliards pour bombarder au napalm et aux sous munitions, torturer et couper court la vie d’innombrables grandes personnes défavorisées.

Nous pourrions bientôt découvrir des nouvelles technologies et des sources fantasques d’énergie renouvelable, mais aucune d’entre elles ne nous permettra de demeurer si nombreux sur cette planète et nous attendre à y prospérer. Le surpeuplement humain annule le progrès, il encourage de la tyrannie et diminue la valeur de la vie humaine, il rend chaque enfant moins précieux et chaque injustice plus tentante. Les psychopathes cherchent à agrandir leur troupeau de victimes.

 

La photosynthèse dans des vertébrés se suggère comme une nouvelle biotechnologie. Une bête terrestre peut grandir au point d’à peine permettre à ses ossements de soutenir son poids sous l’attirance d’une gravité, mais seulement en bénéficiant de nutrition supplémentaire. Des chloroplastes activés par rayon solaire ont pu envahire ses cellules de peau, suppléant les mitochondries habituelles. Des dinosaures ont pu bénéficier de cette adaptation puisque aucun régime alimentaire en bon équilibre ne leur a été envisagé. Pense aux plats verticaux brodant la crête dorsale de certains d’entre eux : des panneaux solaires ?

Une bête qui se nourrit de plantes sans arrêt peut croître jusqu’à la pesanteur d'un éléphant moderne, mais non celle sept fois supérieure d'un dinosaure. Autrement trouverions-nous des éléphants plus massifs. Permets-moi de te répéter que les mammouths furent deux fois plus lourds.

Les chimies sont remarquablement semblables entre la chlorophylle végétale et la pigmentation animale, tant dans la peau que dans l’œil. Etant donné une infusion de substances semblables à l’APT dans des organelles cellulaires, la peau humaine pourrait absorber de la lumière rouge à la longueur d'onde d’environ 666 millimicrons. Comme des plantes, le corps humain pourrait puiser de son système circulatoire de l'eau, du bioxyde de carbone, des gaz et des minéraux de trace puis y décharger de l'oxygène et des acides aminés.  Il métaboliserait peut-être des graisses, des vitamines et des hydrates de carbone supplémentaires, au moyen d’une physiologie ressemblant à celle des plantes.

Une autre alternative nutritive peut se trouver dans la croissance accélérée des bactéries du système digestif humain, non pas pour faciliter la digestion mais pour se procurer des protéines et des nutriments supplétifs pour absorption directe dans les viscères humains modifiées pour ressembler à ceux des termites et au rumen des taures. Ces deux projets seront certainement coriaces.

Toute cette quincaillerie biologique (et d’autant plus, sans doute) peut se tapir inappliquée dans notre ADN « en surplus. » Lorsque les Apprentis chercheront des nouvelles sources de subsistance, cette alternative pourrait offrir une certaine promesse. La nutrition photosynthétique et autonome (NPA) pourrait atténuer beaucoup de problèmes industriels : parmi d’autres, ceux du transport, de l’agronomie et du recyclage des déchets.

Ces problèmes déconcertent les systèmes économiques actuels. Quand frappe la famine ces jours-ci, des experts secouristes du désastre dépêchent des cargaisons de vivres par voie d’eau, d’air et de terre ; puis observent des masses affamées s’enfler à nouveau, estropier leur écologie, broyer l’économie locale et céder leur autonomie politique à la malveillance de leurs tyrans. Par contre, ces secouristes pourraient inoculer de la NPA dans des victimes du désastre, de sorte qu’au moins un peu de vivres leur proviendrait directement du soleil à travers la peau. Si oui, l'indépendance économique et les biohabitats locaux peuvent se renouveler et les sectaires d’armes, retenir moins d’opportunités de prospérer.

La peau d’Adam et d’Ève aurait pu être infusée de pigments ressemblant à la chlorophylle. Auraient-ils pu occuper Eden comme nous fréquenterions un parc : l’admirant sans avoir à chasser ses bêtes pour se nourrir ? Le serpent les aurait-il tentés avec la pomme d’Adam : l’antidote naturel de cette capacité photosynthétique ? Ainsi, la Chute ?

Pareillement, l'Exode mosaïque de quarante ans aurait pu être plus serein si ses fidèles avaient été inoculés par voie orale par de la manne bruinant comme une rosée sur les sables du désert. De l’eau pure, jaillissant partout où Moise joua de son bâton, aurait suffi pour le reste. Ensuite, l'épreuve purificatrice du désert aurait pu inspirer le génie juif.

Nous pourrions revivifier notre contentement dans la paix en réduisant notre empreinte sur la terre et en assistant à sa régénération. En développant la NPA, les Apprentis réduiront et décentraliseront les agrocorporations et leurs industries alimentaires : un projet qui promet d’amincir moultes tirelires ventrues. Des réflexions copieuses devraient précéder ce projet, en dépit du désaccord féroce de puissants intérêts privés. Après tout, l'économie mondiale tourne en grande partie autour de l’alimentation de bouches affamées    quand elle ne s’occupe pas trop de les fermer en permanence.

La soi-disant « révolution verte » a estropié la diversité des récoltes avec quelques moissons accouplées de façon trop contiguë : dépendantes de suppléments agrochimiques, voraces de la fertilité du sol et vulnérables aux maladies, aux bêtes nuisibles et au mauvais temps. Nous engloutissons l'héritage de nos enfants. Les corporations agro-industrielles ont institué une parodie aventureuse d’anciennes méthodes de cultive qu’esquisse plus loin Apprenti.

Avec grande efficacité, des communautés néolithiques ont moissonné toutes les ressources végétatives dans leur zone de cueille. Des communautés plus tassées de fermiers ont aggravé cette cueillette en compactant l’éparpillement des chasseurs-glaneurs. En réplique, des élites d'info en localité ont dû priser des espèces de plantes détenant des meilleures vertus médicinales et culinaires. Elles les auraient rassemblées systématiquement, compensant des laïques pour en avoir dépouillé la campagne, et les auraient élevées dans des jardins sacrés, un peu comme opèrent nos postes modernes de recherche agricole.

Note bien, s'il te plaît : il n’y a aucune nécessité de limiter ce scénario aux hominiens. Des reptiles sociaux, des insectes et d’autres espèces bien organisés ont pu manipuler leur environnement de cette manière, ne nous laissant aucune trace reconnaissable de leur activité. Des communautés multi-espèce d'insectes gardent certaines plantes qui les nourrissent et les logent à leur tour. Quelques-unes cultivent très astucieusement des moisissures et des algues, d’autres construisent des structures compliquées afin de se protéger, régler le climat interne et résister à l'inondation. D’autres encore annihilent ou domestiquent des espèces étrangères et traient leurs sécrétions pour en obtenir de la nourriture et des drogues psychotropes. Des anciennes bêtes, peut-être mieux nourries, ont pu opérer encore mieux.

 

Des scientifiques ont déjà confirmé que la terre a subi une longue série d’averses de météores, bien qu’ils n’en aient pas encore tabulé la centième partie (seulement 200 grandes frappes reconnues à ce jour.) Les premières armes en fer furent œuvrées de météorites recueillies. Ces scientifiques ont confirmé la controverse de Louis A. Frank (publié dans Le grand éclaboussement) : que des hydrobolides de glace hurlent périodiquement des cieux pour faire le plein de nos océans.

Jadis, le niveau de la mer se mesura au bord du talus continental à présent submergé : une simple différence de cent mètres de profondeur. Les légendes d'Atlantide et du déluge ont pu commémorer des catastrophes océaniques beaucoup plus fréquentes. Qui sait quelles anciennes civilisations, humaines ou distinctes, se seraient plantées le long de ces rives distantes ? Leurs villes pointillèrent – comme un collier de perles – des anciennes rivières en aval du bord de mer contemporain. Toutes celles coulant à notre altitude continentale auraient été bloquées par des rapides infranchissables, interdisant à leurs riverains l’opportunité d'exploiter un rapport direct avec la mer. Des cueilleurs-glaneurs et des nomades pastoraux auraient été les seuls à se donner la peine de vivre si loin en amont de la mer, de ses grèves et de son abondance.

 Les trésors archéologiques sous verre dans nos musées ont pu être des restes minables de montagnards en exile, éclipsés par des civilisations magnifiques reposant sur les plaines sous-jacentes et à présent submergées. Des civilisations opulentes ont-elles pu se développer en aval des restes misérables que nous sommes parvenus à fouiller ? Leurs villes, pointillant des anciens littoraux et des deltas de rivière, ont-elles été plongées dans la mer depuis ?

Les sites les plus probables de telles civilisations urbaines et préhistoriques se trouveraient à cent kilomètres au large du débouché contemporain des rivières majeures du monde ; tassées sous une centaine de mètres d’eau et au moins des dizaines supplémentaires de limon alluvial. Aucun de ces sites n'a été investigué. Pourtant ose-t-on nier l’existence de civilisations urbaines d’un passé distant — ce déni n’étant basé que sur les traces miséreuses d’anciens bergers slpins. Voir mon poème, Atlantide Globale. Au centre de cette discussion se trouve Graham Hancock et son livre, Underworld: The Mysterious Origins of Civilization, Crown Publishers, New York, 2002.

En effet, Max Estenhofer, Buckminster Fuller, Sir Alister Clavering Hardy (Le ruisseau vital), Elaine Morgan (Le singe aquatique), Michael Crawford et David Marsh (La force motrice) m’ont inspiré à contempler cette hypothèse. Ils ont postulé que des êtres protohumains ont appris la marche bipède le long de plages, de laisses et de deltas de rivière situés dans les tropiques bien avant le rassemblement des premiers villages humains.

Nos précurseurs ont pu se lever de leurs quatre pattes en fourrageant dans ces écologies intertidales à demi dans l'eau et à demi en dehors. Après tout, voici le garde-manger le mieux stocké de la nature. Certainement un milieu moins pénible dans lequel distordre au fur de centaines de générations la colonne vertébrale, horizontale dans la plupart des animaux à quatre pattes, dans celle verticale du bipède humain.

Des plantes de meilleures teneurs alimentaire et médicinale – probablement des anciennes algues dont l’isolement et l’identification soient problématiques à ce jour – auraient amélioré les chances de telles sociétés, humaines ou autres. Ainsi, la super nourriture disparue dont je postule l’existence.

 

Pour en revenir à cette culture dans sa vallée préhistorique : en s'étendant sur ses abords et se concentrant au centre, ses membres auraient tamisé toutes les plantes les plus désirables. Juste avant leur disparition, celles exceptionnelles auraient été entretenues par des shamans et des sorcières dans des jardins et des bassins sacrés. Celles-là ont pu exiger de la pollinisation artificielle, comptant sur l’ingéniosité civilisée pour se propager. Quand d’inévitables désastres militaires ou naturels ont rattrapé ces sociétés paisibles, de telles moissons fragiles ont disparu sous des mauvaises herbes : tous les dossiers les décrivant disparus.

En effet, l’entendement vital a pu évoluer bien avant la déposition des restes paléolithiques catalogués de nos jours ; les collines, frémir au rythme de communautés vivantes inacceptables à notre façon de penser — à l’exception peut-être de la science-fiction d'Olaf Stapleton et d’autres auteurs également imaginatifs.

La récente recherche de prions : des protéines qui se reproduisent singulièrement sans acide nucléique, peut confirmer l'existence de tels sables reproductifs et pré-organiques. L’ARN est un autre candidat possible.

Notre table périodique d'éléments est un grêle schéma en deux dimensions qui s’étend dans d’autres inexplorées par Mendeleïev. Ces éléments trans-dimensionnels ont pu détenir des capacités transcendant nos préjugés scientifiques quoique bientôt dans la prise des Apprentis.

Des dépôts de minerais spéciaux, des sites et des bassins sacrés dont les particularités soient extraordinaires : de tels mythes nous sont familiers. Les plus extraordinaires de ces éléments ont pu s’incorporer avec des composés davantage familiers pendant la synchronie de leurs demi-vies. Des pierres, des sols et des bois magiques ont pu retenir des capacités chimiques exceptionnelles mais de durée relativement brève, puis se rendre inertes avant notre temps.

Tant que ces matières retinrent leur énergie précieuse, elles auraient été œuvrées en objets d'adoration et en ustensiles bien appréciés. Toutefois, cette propension magique, en se fanant, aurait paupérisé leurs propriétaires autrefois prospères. Cette chute de valeurs aurait provoqué un bouleversement militaire — ainsi qu’en sera capable la disparition de nos réserves pétrolières, en l'absence de l'intervention des Apprentis.

Tôt ou tard, des vandales combatifs ont fouillé ces pierres vénérées, brûlé des bois sculptés et brisé des poteries sacrées. Ils ont pu tailler des idoles perverses, probablement adoptées comme décors d'armes et talismans intimes, et les briser ensuite au cours de combats rituels, les enterrer comme décorations de tombeau royal ou les éparpiller par négligence.

En s’affaiblissant, ces terres rares ont formé des potions corrompues de puissance en rabais. Des recettes magiques ont prescrit des portions particulières d’insectes, de plantes et d’organes d’animaux car ceux-ci ont pu concentrer les dernières traces de ces éléments — ainsi qu’un oiseau ou un poisson concentre des polluants dans leurs organes internes. Celles-là se sont réduites par la suite en contaminations boueuses et indiscernables : de la poussière à la poussière.

 On a pu laisser tomber les meilleures herbes médicinales et récoltes nutritives et oublier le but de bibelots, d’amulettes et de statues magiques, de centres sacrés et de repères géographiques aux attributs mystérieux. Des monuments furent construits d’énormes blocs en pierre, manœuvrés avec vigueur miraculeuse, puis  meulés (ou liquéfiés ?) avec telle précision à ne nécessiter de mortier pour tenir ensemble. Des murs cyclopéens sur les traces d’anciennes villes ; des projets de monticule dont la construction prit des générations ; des grandes pyramides plantées autant sur terre qu’au fond de la mer (et peut-être même sur des plaines extraterrestres ?) ; des bustes sculptés, des jars, des orbes, des stèles et des menhirs ; des vieux dessins de qualité exceptionnelle sinon aux dimensions colossales, enfouies profondément sous terre ou seulement visibles en vole par-dessus des plaines désertiques...

Si des êtres humains les ont conçus, avec ou sans l'inspiration d'étrangers à l’humanité, transcendent-ils toujours notre compréhension et nos capacités technologiques. Leur façonnement est improbable dans l’absence de technologies que nous ne saisissons plus et leur mobile transcende nos pouvoirs d’imaginer. Aucun esclave, aucune bête ni machine – la grossière quincaillerie à la disposition de notre imagination enlisée – n’offre une explication pragmatique de leur construction. Il nous semble aussi qu’ils aient apparu en grande partie spontanément, sans exercice antécédent ni modèle préliminaire. Comment nos ancêtres ont-ils pu piger tout ça et l’avoir réalisé à perfection dès leurs premières tentatives, sans que nous ne puissions les imiter sauf en prenant des peines extraordinaires et impraticables de leur part ?

L’histoire humaine pullule de projets gâchés : d’irrigations rendues au sel, d’épuisements de terre arable, de désertifications par surpâturage, de pêches stérilisées et de déboisements pour construire des flottes de guerre et des fortifications urbaines en poursuite de courses d’armes perpétuées sans fin.

Le bâtiment de villes primitives réclamait la mise au feu de millions de briques en boue, avec l'armature d’édifices sans compter, déboisant de ce fait toutes les approches urbaines bien arrosées de pluie, une par une. Chaque mètre carré de terrain urbain chez les Maya nécessitait vingt arbres seulement pour son plâtre de chaux. La fabrique du béton moderne est encore plus destructive de l’écologie. Ces énormes projets de construction ratée ont fini par stériliser les littoraux et les vallées les plus fertiles au monde : les berceaux, crèches et cimetières des premières métropoles de la civilisation.

Avant l'ère des empires, des forets d'apogée s’étendaient depuis le Maroc, le long des rives africaines de la Méditerranée jusqu’en Afghanistan et de retour au Portugal, et puis au Nord pour franchir les rives de la Mer Baltique. D'autres, disparues depuis, ont jonché le restant du monde. Le climat était alors plus doux et les mers grouillaient de poissons monstres.

L'écocide pour cause de gestion débridée d’armes n’a jamais été unique à notre époque. Nous avons simplement mécanisé nos pires habitudes et aggravé énormément leurs effets nuisibles. L’humanité a déjà détruit la moitié de la couverture sylvestre sur terre, annihilée pour la plupart très récemment.

Aux Apprentis du monde entier de tout replanter et tout refournir.

 

Au lieu des sept merveilles du monde, imagine sept millions de temples, de cours centrales, de bibliothèques et de jardins plus menus et éphémères ; puis cent fois plus de sites naturels de vue splendide, de sérénité accentuée par le chant sucré d’oiseaux — chacun encore plus attrayant que son précédent. L’ancienne civilisation s’est rendue éminente dans la mesure qu’elle établit des sites élégants d’adoration, de méditation et d'étude en millions d’exemplaires. Seulement accessoirement ont été bâties les sept « merveilles du monde. »

Comme exercice enjoué de reconstitution historique, des Apprentis pourront reconstruire ces merveilles sinon ré-ornementer leurs ruines : celles naturelles et artificielles, celles grandes comme petites. Imagine le Parthénon, le Sphinx, les pyramides d'Egypte, le palais de Minos, Angkor Watt et d’innombrables trésors culturels restaurés à leur splendeur originelle. Des monuments semblables seront bâtis à côté ; la totalité encadrée de cultures forestières indigènes d’apogée.

En même temps, envisage le meilleur site d’Apprentissage autant pour toi-même et tes bien-aimés que pour nous tous. Visualise cette prodigieuse exubérance cosmopolite ! Pour changer un peu, nous discutons ici de l’authentique emploi de la richesse, et non de la misère guerroyante que nous avons acceptée comme reçue.

Ne me dispute pas qu’« il n’y aura jamais sur terre les moyens d’entreprendre ce que tu proposes. » Tu as minablement tort. Notre misère collective ne résulte que de notre frayeur d’armes et sa stupidité faite exprès. Une fois que nous nous en serions affranchis, nous disposerons de toutes les richesses dans l’univers pour nous divertir un peu.

Ceci dit, rappelons-nous les propos de Mengzi : le devoir et l’humanité doivent toujours jouer de l’atout sur de simples profits.

 

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