- BRUIT BLANC -

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SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

« L’homme doit constamment récapituler ses expériences et persister à découvrir, inventer, créer et avancer. Les notions de stagnation, de pessimisme, d’inertie et de laxisme sont toutes mauvaises. » Mao Tsê-tung.

 

Jusqu’à présent, bien régir la masse effervescente de l'humanité fut une impossibilité pratique. Même les Etats les mieux gérés ont permis la menterie de ternir leur vertu, et à la brutalité, leur justice. Etant donné le bruit blanc de la mentalité d'armes, l’abus et la terreur sont devenus les routines d’ordonnance sociale. Il eut tant de demandes, de distractions et de contradictions à traiter en concurrence ! L’espérance de sagesse et d’équité est devenue chimérique.

 

« Une des raisons que les présidences de Kennedy et de Johnson ont manqué d’adopter une approche ordonnée et raisonnable aux questions de base du Vietnam, ce fut les renversantes variétés et complexités d'autres enjeux auxquels nous devions faire face. En simple, nous affrontions une tempête de problèmes, il n’y avait que vingt-quatre heures par jour et nous manquions d’ordinaire suffisance de temps pour y songer soigneusement.

« Cette situation fâcheuse ne s’est limitée ni aux administrations dans lesquelles j'ai servi ni aux Etats-unis. Elle a existé à tous temps et dans la plupart des pays. Je n'ai jamais vu un examen pensif de ce problème. Elle existait alors, elle existe à ce jour et il faudra la reconnaître et la prévoir quand un gouvernement s’organise. » Robert S. McNamara, En rétrospective : La tragédie et les leçons du Vietnam, Time Books, 1995, page xvii. [Mes italiques. Cotisé avec permission.]

 

Le gouvernement chinois a souvent eu la douteuse distinction de régir dix fois plus d’individus que le prochain grand Etat sur terre. Nul choix là-dedans. Sa civilisation a enduré plus longtemps que tous les autres empires dans l’histoire humaine, soit à quel point dégradée et en guerre contre elle-même. Aussi fut-elle pilonné par des vagues de barbares d'armes : entre autres, les Hsiung-nu et les Hsien-pi au 4e siècle de l’époque chrétienne (EC,) les Toba du 5e, les Khitans du 10e, les Kin lors du 12e et les Manchous du 17e qui ont maîtrisé toute la Chine en moins de cinq ans.

La formule la plus sincère de la gestion d'armes fut appelée l'école de la loi et apparut pendant la période de chaos d'armes datant de 450 à 300 AEC, désignée « les Etats en guerre » quand des dizaines de millions de Chinois se sont entre-tués en guerre totale et en famines et fléaux subséquents. Shang Yang, Premier ministre de l'empire Chin, ne lista que deux fonctions gouvernementales : la guerre et l’agriculture. Il réduit la gouvernance à deux préoccupations clés : enrégimenter autant possible de tueurs et les alimenter. Sa philosophie, dite légaliste, fut comparable au « réalisme politique » qui prédomine dans l’Occident actuel.

Pas mal pour une nation dont des différentes factions combattantes ont enterré vivant une armée de 200,000 prisonniers rebelles, à deux reprises ! Et laissé la famine emporter trente millions de riverains en cinq ans, deux fois de même? Des motivations sans égale pour agencer ses affaires de manière un peu moins horrifiante la prochaine fois. Je te laisse imaginer les cauchemars des gérants à cette époque hantée de spectres !

Les maîtres d'armes chinois de la période des Etats en guerre auraient trouvé bonne compagnie en comparant leurs notes avec des réactionnaires modernes, à supposer que de tels paranoïdes racistes eussent pu s’entretenir franchement entre étrangers.

Des démocrates du dollar peuvent s’appeler Republican (bananier), Democrat (corporatif) néo-libéraux (donc élitistes corporatifs), conservateurs, travaillistes, populistes révolutionnaires, radicaux institutionnels, partisans du peuple, royalistes féodaux, militaristes fascistes ou absolutistes impériaux. Ce qui fulmine au fond de leurs calculs, c’est la crainte morbide de guerre à l’outrance entre ceux nantis et ceux pas. La seule dissemblance entre ceux-là de droite et de gauche, c’est leur prévision du sortant « victorieux » le plus probable de cette guerre ; quoique personne, ni riche ni pauvre, ne soit jamais émergé le gagnant d’un conflit tellement stupide et destructif.

Ceci dit, la pensée politique chinoise s’est pour la plupart consacrée à la paix, à l'harmonie sociale et aux valeurs particulières de retenue et de sagesse. D’une flexibilité de bambou, les doctrines des mohistes et des taoïstes rivalisent favorablement avec celles les meilleures offertes ailleurs.

La gérance d’armes internationale a publié des tas d’écrits sur la philosophes d’armes (et pas grand-chose d’autre.) Celui de Mengzi les domine de la tête et des épaules ; son œuvre est l’une des gloires pré-éminentes de la Chine. Une culture moins magnifique l’aurait fait disparaître comme ne contenant que de la mentalité paisible.

 

« L’empereur Hui de Liang dit : Je me suis entièrement dévoué aux soins de ma nation. Si la famine arrive au nord de la rivière, je déplace des gens à l’est de la rivière et du grain au nord de la rivière. Et si elle se plante à l’este de la rivière, je fais l’opposé. Je n’ai jamais constaté une telle dévotion de la part du gouvernement de pays avoisinants, nonobstant que leurs populations s’augmentent par grands bonds alors que la mienne, à peine. Comment cela se fait-il ? »

« Vous appréciez la guerre » entama Mencius, « ainsi pourrai-je emprunter une analogie de guerre. Les tambours de guerre battent, les armées se croisent, et aussitôt que sonnent les glaives, les soldats jettent leur armure et s’envolent, l’arme à la traîne. Certains fuient trente pas et s’arrêtent, d’autres, quinze et s’arrêtent. Est-ce que les coureurs d’une quinzaine sont justifiés de rire de ceux d’une trentaine ? »

« Bien sûr que non » répondit l’empereur. « En vérité, ils n’ont pas filé l’entièreté des trente pas mais ils ont filé tout de même. »

« Si vous l’avez compris, vous ne brigueriez pas davantage de population que les pays avoisinants. Voyez bien : quand les saisons de la récolte ne sont pas ignorées, les gens ont davantage de grain qu’ils n’en peuvent manger. Quand les étangs ne sont pas fouillés avec des filets aux petits maillots, les gens ont davantage de poissons et de tortues qu’ils n’en peuvent manger. Quand les forêts monticoles sont tronçonnées selon leur saison, les gens ont davantage de bois qu’ils n’en peuvent utiliser. Quand il y a davantage de grains et de poissons qu’ils n’en peuvent manger et davantage de bois qu’ils n’en peuvent utiliser, les gens nourrissent la vie et endeuillent la mort en tout contentement. Un peuple nourrissant la vie et endeuillant en contentement la mort, voici d’où débute la voie impériale. »

« Quand les fermes de trois hectares ont des mûriers autour du mas, les gens portent de la soie à cinquante ans. Et quand les saisons propres aux poulets, aux porcins et [aux bétails] ne sont pas négligées, les gens mangent de la viande à soixante-dix ans. Quand les fermes de cinquante hectares ne violent jamais la propre saison, même les grandes familles ne vont pas dans la faim. Prêtez bonne attention à l’instruction dans l’école villageoise et étendez-y les responsabilités familiales de l’enfant ; alors, quand luiront leurs cheveux argentés, les gens ne chemineront pas par route et sentier à tirer de lourds fardeaux. Nos gens aux cheveux noirs, libérés de la faim et du froid, portant de la soie et mangeant de la viande à soixante-dix ans : il n’y a jamais eu de temps pareil sans empereur incontestable. »

« Mais vous ne pensez pas du lendemain quand les gens livreront leur grain en surplus aux cochons et aux chiens. Alors, quand des gens meurent de faim dans la rue, vous ne concevez pas de vider les entrepôts afin de les nourrir. Des gens meurent et vous vous dites, Ce n’est pas ma faute, c’est la récolte. Comment cela diffère-t-il de poignarder quelqu’un à mort et puis de dire, Ce n’est pas moi, c’est le glaive ? Cessez de blâmer les récoltes, et les gens s’attrouperont à vous depuis partout sous les cieux. » Mencius (Mengzi), p. 6.

 

Quoique le confucianisme accentue trop l'emploi du pouvoir dans des transactions publiques et privées. Jusqu'à l'arrivée du communisme, la politique chinoise a entièrement sauté les exigences administratives. Elle dépendait sur l’idéal mandarin pour mouler une bureaucratie homogène et centralisée qui infuserait la société du haut en bas. Cette approche en formule stéréotypée favorisait le perfectionnement individuel, la puissance gouvernementale et une rigide cohésion sociale entérinée à chaque palier par des figures d’une inflexibilité paternelle et leurs subalternes dociles.

Pour la Chine et d'autres empires complexes, les seules solutions de rechange ont semblé être :

 

·      Centraliser la prise de décision. Enlever le contrôle des mains de ceux au ras des pâquerettes, retenant la meilleure prise sur la situation actuelle. Fonctionner par fiat tout en souffrant des retards inévitables du contrôle des ordonnances.

·      Décentraliser ce contrôle. Dans l'absence de dépêches efficaces, opposer les intérêts particuliers en concurrence, empiler la surabondance et la pénurie dans diverses régions, et permettre au conflit paroissial de franchir le seuil chaotique de la turbulence.

·      Se rendre. D’époque en époque, des nomades à cheval, en chariot et en jonque ont patienté dans les ailes, avides de renverser toute dynastie chinoise dont la dévotion au militarisme parut trop hésitante. Les premières nations industrielles de l’Occident y ont récemment joué le même rôle.

·      Quand la guerre civile n’est pas parvenue à induire la faiblesse requise, une certaine combinaison de famine, d’inondation et de peste réussit l’affaire. http://www.physorg.com/news198301240.html (en anglais.)

 

Bien que la Chine soit célèbre pour l'énergie, le génie et l'autodiscipline de ses citoyens (singulièrement pareils à ceux en France) ce dilemme passif-agressif a déclenché de nombreuses crises d’anarchie aux mains de seigneurs de guerre. Le manque de résolutions de rechange valides a provoqué un conflit de bascule entre l’aveuglement central et la rapacité périphérique : le cas dans toutes les sociétés d’une telle complexité.

Aucune doctrine absolue n’a su répondre aux dilemmes intégraux de la condition humaine. En tentant de microcontrôler les complexités sans bornes de l’existence humaine, ils ont entassé des commandes paternelles « faites toujours » et « ne faites jamais » ces commandes ne sont parvenues qu’à s’entre-dérailler.

La doctrine autoritaire n’est qu’une tentative méprisable de simplifier des issues d’extrême complexité aux normes d’un dogme inflexible. Autant vaudrait nager avec les pieds enfouis dans un seau de béton ; sinon, comme le disent les Chinois, « Bander ses pieds afin de restreindre son progrès. »

L'Apprentissage global et libre pourrait offrir le seul remède à notre mauvaise habitude de réduire la réalité fractale avec un dogme de simplicité fixe. Au lieu de pétrir chaque personnalité dans un moule pinçant de comportement acceptable, un chambranle sociétal fort, flexible et raisonnable doit encadrer les talents particuliers de tous, éclaircir leurs aspirations et identifier et compenser leurs contributions les plus passionnées.

 

Selon la prévision d’Apprenti, beaucoup de pays en voie de développement érigeront des mégastructures gigantesques et avaleuses de villes, comme décrites dans le livre de Robert Silverberg, Les monades urbaines (The World Inside, Le monde au-dedans.) Leur modèle fonctionnel en miniature pourrait être l’arcologie de Paolo Soleri du nom d’Arcosanti en Arizona.

On pourra témoigner d’un rassemblement équitable et bien ordonné de grandes populations dans des structures énormes, plantées sur un talon aiguille au lieu du pied plat des villes courantes. Leur territoire périphérique, comportant des populations très réduites, serait réaffecté à l'agriculture et la restauration écologique. La sûreté collective et particulière dans ces conurbations géantes dépendra du luxe d’autant physique que politique que ces cessionnaires trouveront dans leur nouvelle demeure. Leur coopération enthousiaste sera indispensable pour y soutenir la bonne vie. Des demi-mesures et des compromis pour seul but de réduire les coûts, barricadées derrière des doses coutumières de contrainte et d'embrigadement, provoqueront des désastres aux dimensions de fatalité dépassant celles des Khmers Rouge.

Aussi, les habitants des Etats-unis, de la Chine, de l'Europe et des tigres d'Asie dégageront de leur lot de misère ceux d'Afrique, d’Amérique latine et de ce qui fut l’Eurasie communiste. Ces nouveaux plans Marshall ressembleront quant aux coûts et résultats aux plans de développement économique qui ont tiré sur leurs pieds d'un coup sec l’Europe occidentale, le Japon et les petits tigres d’Asie à la suite des ravages de la deuxième sic guerre mondiale. Le bon vieil intérêt particulier du premier monde dictera le développement de robustes économies neuves dans ces dernières régions de pauvreté afin de promouvoir d'énormes marchés neufs pour leurs marchandises et services.

Nous devons découvrir de nouvelles industries énergétiques avant que celles contemporaines ne nous suffoquent. Les Apprentis dans ce genre, habitants du tiers monde, soutiendront un front tropical de renouvellement.

En Colombie, la commune de Gaviotas nous a offert un remarquable modèle de transformation soutenue par la population indigène. Voir le livre d’Alan Weisman, Gaviotas : Un village pour reconstruire le monde, Chelsea Green Publishing Co., Vermont, 1998. Voir aussi Gaviotas, douée du génie de Paolo Lugari ; et puis Nader Khalili avec son dôme de Roumi en Arizona.

Les Apprentis raffineront ces efforts de génie dans des millions de communautés en voie de développement. Leurs œuvres-maîtres nous rendront des fortunes hors mesure et autant plus de sagesse.

 

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