- LAOCRATIE VS PATHOCRATIE (I) - 

ENGLISH VERSION      

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

« On a remarqué que la démocratie est la forme de gouvernement la moins bonne, exception faite de toutes les autres de temps en temps éprouvées. » Winston Churchill.

 

Tout d'abord, qu’est-ce que cette pathocratie ? C’est la régie des sociopathes. Voir le chapitre dédié à eux et à leur gouvernance.

Des sociopathes sont des individus (quatre pour-cent de la population : 3% des hommes et 1% de femmes, ce pourcentage en flux selon la race et son alimentation) qui peuvent différencier le bien du mal mais qui ne ressentent aucun remords après avoir commis ce dernier. Ils nous infligent des dols, de la misère et des souffrances parce qu'ils s'ennuient et n'ont rien de mieux à s’offrir. Pense aux vampires sans soif de sang mais avides pour la souffrance des autres.

La conscience morale est un calcul fort complexe que doit mener le cerveau humain pour assurer les conséquences morales de son comportement ; ainsi que des calculs subconscients (moindres mais volumineux tout de même) permettent à quelqu’un de rester bien équilibré sur une bicyclette. Les sociopathes manquent cette première propension de la conscience morale.

Tous les gouvernements, religions et philosophies ont été compromis plus ou moins rapidement par ces sociopathes. Même le sacre de l'amour du Christ a été subverti par des inquisiteurs aux mains sanglantes.

Nous autres, guidés par notre conscience morale, ne consentirions jamais à la souffrance d’autant d’individus à moins d’en avoir été formés, ordonnés et guidés (et nos littératures, philosophies et textes sacrés, certifiés) par un enchaînement historique d’amputés de conscience morale. Dans l'absence de leurs néfastes prescriptions et guidage, le monde se transformerait en une quasi-utopie affranchie au moyen de notre conscience morale collective. La bonté, la justice et la vérité s’y rendraient apparentes et indiscutables, beaucoup moins compromises qu’à ce jour. Il y aurait toujours des problèmes du mal et de la malfaisance, comme dans nos vies particulières, seulement beaucoup moins et beaucoup moins importants.

C’est claire ?

 

La démocratie sans réforme ne servira jamais comme gérance de paix, quoique nos réactionnaires et progressistes la soutiennent avec ferveur égale. Les réactionnaires, parce qu'ils savent que la kleptocratie, l’oligarchie, le national-capitalisme et le fascisme corporatif : les politiques de désinformation qu’ils cachent sous l’expression « démocratie » sont ignobles, injustifiables et en fin de compte infructueuses ; les progressistes, par manque d’imagination après des millénaires de défaite cyclique.

Au mieux, la démocratie, telle que couramment conçue, demeure élitiste car « représentative » et du gagnant saisissant le tout, au lieu d’être directe et proportionnelle. Elle promeut des politiciens professionnels : une race trop spécialisée, qui semble avoir maîtrisé les complexités du pouvoir civique et de l'opinion populaire, bien qu’elle n’ait réalisé dans l’analyse finale très peu au-delà de ruses électorales et la maîtrise de leur financement.

La laocratie exigerait l’absolue équité particulière, l’émancipation personnelle, des sauvegardes complexes contre l’exploitation et beaucoup plus de temps libre pour philosopher. Elle exigerait que nous élevions nos enfants rares et bien-aimés jusque l’âge adulte salubre ; qu'un public bien éclairé prête attention aux avertissements éthiques afin d’amoindrir leurs conséquences inattendues ; enfin, que tout le monde valorise son Apprentissage par-dessus tout.

Dans une laocratie d’Apprentis, les politiciens auront des buts strictement restreints. Ils satisferont leur besoin d’être admirés, rendus confiance et choisis en concurrence : après tout, voilà leur passion. Une fois élus, ils se rendront en antennes sociales, puisant les électeurs pour leurs problèmes et manques. Ils soumettront ces découvertes à la communauté intellectuelle d’Apprentis dont la passion serait de résoudre ce problème particulier, puis retransmettront d’office ses solutions aux votants concernés afin qu’ils les approuvent ou les désavouent par suffrage. L’Agora du monde en paix facilitera cette conversation globale.

Plus jamais ne seront les politiciens tenus à légiférer des réponses aux problèmes sociaux dont ils ne sont ni entraînés ni assujettis à la passion ; plus jamais permis d’enterrer des problèmes et différer leur résolution en se servant de minuties procédurales, aussi d’être bien rémunérés pour leur négligence criminelle. Pour commencer, ceux tellement corrompus ne pourront plus se faire élire au-delà des moindres volets du pouvoir. Ceux en étant tentés, une fois au pouvoir, se rendront aussi évidents qu’un chirurgien boucher et mis à la porte au moyen de règlements aussi clairs qu’expéditifs.

De préférence, des politiciens honnêtes agiront envers leurs électeurs tel qu’un magistrat honnête le fera envers ses jurés : en tant que guide spécialisé et conseiller intime dépourvu de prise de décision. Toutes ces décisions seront confiées aux citoyens votants et aux jurys aléatoires dont l’honneur humain et l’orthodoxie de longue date interdiront les trifouilles.

Nous ne parlons pas ici d’un paradis terrestre sans tâche, mais de l’amoindrissement des sacrifices et l’accroissement des célébrations. Evite de sacrifier quiconque sauf toi. Choisis une célébration, choisis-en plusieurs et célèbre-les ; célèbre-toi et d’autres de ton mieux possible !

 

La démocratie permet à ceux très riches de cueillir à la main des candidats politiques qui conviennent le mieux à leurs besoins. Chaque politicien en défaut de cette simple contrainte se trouve hors du jeu. Par conséquent, le populiste charismatique de progressisme décisif que nous attendons à chaque élection n’apparaît presque jamais.

Les quelques responsables qui éludent cette contrainte, des psychopathes richissimes peuvent neutraliser avec l’adresse de longue pratique. Des Gracchii aux Kennedy et de Martin Luther King au prochain brave en ligne, tous ont été cooptés, marginalisés et assassinés avec facilité à en bâiller par des conspirateurs d'avarice. Ces assassinats publics n’ont même pas été sérieusement investigués la plupart du temps, de peur lâcher une guerre civile. Les communautés qui ritualisent la punition capitale (sinon font simplement disparaître leurs protestataires primaires) réservent une exécution certaine pour leurs meilleurs leaders. Chaque fois que des prolétariens d'info ont trébuché sur une proéminence de justice et d'abondance, cette erreur fut bientôt lessivée dans le sang de son promoteur.

Quel a été le métier le plus périlleux aux USA ? Pécheur de crabe au large des côtes d’Alaska sinon expert à désamorcer des bombes ? Rien de tel ; c’est plutôt d’être un récent politicien progressiste (surtout pendant l’ère de Bush le moindre.) Ceux qui suivent ont subi l’écrasement de leur avion avant, durant ou après leur service politique. La famille Kennedy obtient sa propre colonne.

 

Ernest Lundeen

Clement W. Miller

Birch E. Bayh, II

Nicholas Begich

Thomas Hale Boggs

George W. Collins

Jerry Litton

George T. Leland

Mel Carnahan

Paul Wellstone

1940

1962

1964*

1972

1972*

1972*

1976

1989

2000

2002

Joseph P. Kennedy

Katheline Agnes Kennedy Cavendish

Michael Joseph Kennedy

Ted Kennedy (blessé, son aide mourut)

John F. Kennedy, Jr.

Carolyn Bessette-Kennedy

Lauren Bessette

 

1944

1948

1949

1964*

1999

1999

1999

 

 

 

 

* Les mêmes accidents : l’un, en 1964 (que Bayh et Kennedy survécurent, quoiqu’un aide y ait péri) ; l’autre en 1972 (quatre défunts.)

 

Dans de nombreux cas, ces individus furent non seulement des progressistes mais des dirigeants : des individus d’un dynamisme exceptionnel, des chefs confirmés du parti Democratic, voire en formation comme tels. Leurs remplaçants récents ont été au mieux de pales imitateurs (Gore), au pire des renégats malins (les Clintons, Obama.)

Seulement quatre leaders confirmés de la droite américaine ont périe récemment en avion : Larry MacDonald dont le vol Korean Airlines 007 fut abattu en survolant la Russie en 1983 (une conspiration transparente, même selon les critères américains. En dépit d’une rafale de procès de la part des familles affligées, ainsi que des appels juridiques depuis des compagnies d’assurance également affligées, aucune cour d’assises n’en a rien souhaité vérifier) ; John Tower, le président de la commission Tower qui investigua le scandale Iran/Contra, décédé en 1991 ; et John H. Heinz, la même année. Aussi le décès par accident aérien de Ted Stevens en 2010, sénateur réactionnaire renvoyé d’Alaska. Tous les quatres ont menacé d’exposer des squelettes dans le placard politique Republican.

Il y eut d’autres politiciens sinistrés, mais leurs tendances politiques furent plutôt floues et ils ont en toute probabilité périe par accident. Etant donné que si peu de progressistes authentiques aient été admis dans les politiques américaines et d’autant plus de réactionnaires, ce taux disproportionné de mortalité se rend encore plus impressionnant. Un actuaire devrait entamer une étude scientifique de ces anomalies troublantes.

Même en tant qu’amateur, il m’est intéressant de jongler ces chiffres. Alors que quatorze Democrats ont souffert d’un écrasement aérien et dix Republicans ; si l’on remplace des Democrats par des démocrates/progressistes supposés, et des Republicans par des républicains/réactionnaires supposés, puis tronçonne ces chiffres avant 1950 et après, voici le résultat :

 

DEM/PROGRESSISTE

GOP/REACTIONNAIRE

Avant 1950

Après 1950

Avant 1950

Après 1950

4

10

4

7

 

Etant donné que les partis Democratic et Republican furent moins polarisés avant, disons, 1950, on peut probablement déplacer deux ou trois de ces soi-disant progressistes d’avant 1950 dans la colonne correspondante des réactionnaires. Ces appellations étaient jadis mieux dissimulées. Ceci nous rend les comptes suivants :

 

LIBERAL

CONSERVATEUR

Avant 1950

Après 1950

Avant 1950

Après 1950

 2

 10

 6

 7

                                             

Ce qui ne prend pas en compte les accidents d’automobile (ingéniés plus aisément que des chutes d’avion) et d’autres moyens de périr en service public : tous ceux dont les Democrats ont souffert de façon disproportionnée (des chiffres de fatalité de deux ou plus contre un.) Compare ces chiffres avec ceux de législateurs suicidaires en service public.

 

REPUBLICAN :         7

DEMOCRAT :           3

 

Apparemment, des réactionnaires avaient quelque chose de plus à cacher.

 

Des élections « démocratiques » sont falsifiées avec impunité, car des intérêts de vieille souche sont inséparables des agences de contrôle électoral. Quelle coïncidence ! Le plus longtemps qu’ait duré l’acceptation de leur autorité, le moins leur légitimité sera mise en question et le plus facilement leurs infractions seront permises sans investigation ni correction sérieuse, bien moins pénalité directe ni discrédit publique ni renversement du résultat.

Même au 21e siècle, des élections populaires sont falsifiées effrontément. Elles passent non corrigées, même après la découverte de malversations flagrantes, des nations les plus riches à celles les plus pauvres. Nous avons permis à ces escrocs toutes les escroqueries démocratiques à tour de rôle, sans jamais les confronter pour leurs abus de confiance. Nous avons gâté la démocratie en la célébrant, par refus de discipliner ces scélérats influents. Leur tyrannie s’enfle avec chaque nouvelle malversation réussie, le tout au nom de la démocratie sacrée.

Ainsi que des révolutions démocratiques ont renversé la tyrannie royaliste, celle des Apprentis renversera notre tyrannie dite « républicaine. » La différence, cette fois-ci, c’est que nous remplacerons la tyrannie d’armes par un gouvernement paisible et strictement retenu, plus jamais une tyrannie d’armes renouvelée de façon à être encore plus fatale.

La démocratie est la politique idéale pour un Etat mûr d'armes, mais l’ennemie insidieuse des valeurs paisibles. Un gouvernement d'armes obtient au moins quatre avantages de la démocratie :

 

·       Moyennant des paramètres soigneusement définis, le recrutement et les promotions reposent sur la fidélité aux élites et leur rendement de services. Cette configuration est légèrement préférable au remplacement héréditaire de nobles stupides, malades ou déments et de leurs sycophantes.

·       Comparée aux tyrannies d'armes antérieures, la démocratie offre une transition au pouvoir un peu mieux ordonnée. Alors que des prête-noms élus se remplacent avec régularité placide, des courtiers d'arrière pièce peuvent spécifier chez qui le gazon se rétrécira ou se développera selon l’intérêt des grandes fortunes. Moins d'émeutes et de rébellions inconvenantes s'en suivent et pas trop de bagarres internes ; du moins en théorie, du moins la plupart du temps.

·       La démocratie accorde aux riches beaucoup plus d'influence que ne justifie leur petit nombre. Le plus ils sont riches et restreints en nombre, les plus puissants resteront-ils dans une démocratie. Ceci leur accorde un excèdent de pouvoir politique en dépit des récompenses égoïstes de leurs petits intérêts privés. Le plus rétrécit le nombre de ces décisionnaires, les plus bornées et maladroites leurs décisions par pure arithmétique, ainsi que leur vulnérabilité à la mainmise des psychopathes et de leurs esclaves sociopathes.

·       Elle rend aux prolétariens d'info l'illusion d'une voix dans le gouvernement sans conséquences fonctionnelles. L’ignorance institutionnalisée empêchera à la majorité de participer dans des  décisions vitales. Confirmant un simulacre de pouvoir aux ras des pâquerettes, les campagnes électorales se dégénèrent en slogans de convenance, en anecdotes non pertinentes, en souillures de personnalité, et en supercheries ni déconfites ni corrigées mais systématiquement répétées. Par consentement universel, rien de grande importance ne sera discuté en publique.

 

Ralph Nader et Bernie Sanders ont bien démontré ce quatrième défaut. Au cours de leurs campagnes présidentielles, ils furent de vigoureux candidats de réforme soutenus par des partis politiques bien encadrés au ras des pâquerettes. Ils disposaient d’incontestables appuis populaires dans tous les Etats de l'union et entretenaient une batterie de propositions scrupuleusement étudiées pour résoudre des problèmes actuels. En contrepartie de leurs opposants louches, ils décrivirent clairement leur position devant de grands assemblés populaires. Leurs adversaires médiocres se sont avoués incapables de dupliquer l’assistance enthousiaste de leurs réunions.

Le premier fut interdit de débattre avec des candidats orthodoxes, refusé du temps proportionnel dans les médias et nié accès aux conventions des partis orthodoxes. Encore plus atrocement, il fut ignoré par la grande populace. Les médias de masse l’ont persuadé que leur vote serait « gaspillé » s'il osait voter sa conscience morale.

Dans une démocratie dite mûre, quiconque menace de discuter sérieusement des sujets politiques sera barré du discours public. Il sera ignoré avec obstination égale : du dessus par les médias et d’en dessous par les membres de partis majoritaires.

 

« Comme forme de gouvernement, la démocratie appartient à l’avenir. Elle a pris forme si récemment dans l'esprit et les affaires humaines qu’elle n'est que l’ombre de ce qu’elle deviendra. C’est d'ailleurs une forme gouvernementale qui n'existera pas en réalité avant que ne se réalisent des changements sociaux, économiques et même culturels qui ne sont pas encore apparus. … M. Henry Wallace a parlé du siècle de l’homme, du centenaire démocratique, comme de quelque chose à venir. On a bien dit que La raison que des hommes raisonnables estiment que le monde démocratique doit survivre, ce n’est pas parce qu’il s’est déjà réalisé à perfection mais qu’il ne vient  à peine de l’être...  » Mortimer J. Adler, Comment penser de la guerre et de la paix, Simon and Schuster, New York, 1944, p 186.

 

L’expression « démocratie » vient du mot grec « demos. » Traduit ordinairement, « demos » signifie une parcelle de terre rurale, ses propriétaires ou l'ensemble des habitants « libres » car propriétaires. Ce terme peut aussi décrire l'assemblé urbain et la commune. En conclusion, il signifie l'autorité du peuple ou l’exigence d’Etat.

« Laocratie » se dérive du mot grec « laos » : la multitude, les gens communs, les simples soldats, les sujets du prince et les masses dans le sens marxiste. Le mot grec « laos » peut mieux nous servir que celui d’ « idiotes » (des gens qui ne votent pas) : les fanatiques du sport et d’opéra de lessive télévisé, qui passent ces jours-ci pour des citoyens libres.

Voici comment la démocratie diffère de la laocratie. Les démocrates se prétendent « réalistes » en considérant anodines des contradictions sociales et l’injustice en résultant, alors que les laocrates considéreraient la liberté et la justice comme des impératifs autorenforceants à être promus sans exception et jamais compromis.

Ces démocrates redoutent la foule : l’ultime arbitre de l'injustice démocratique. Dans une commune d’Apprentis, la prétendue foule deviendrait une source de tranquillité, d’abondance, d’élégance et de raffinement : le cadre d’une stabilité massive qui ancrerait les gyroscopes de la laocratie tournant à folle allure en multitudes. Les Apprentis trouveront des dispositions plus délicates que la brutalité émeutière de la foule ; ils sauront mieux transformer l'anéantissement politique en législation révisée et en réformes notoires.

Le terme « laïc » se dérive du mot grec « laos » qui décrit la masse des non professionnels. Voici ce qui diffère un laïc d’un professionnel. Des amateurs gaspillent beaucoup de temps et d’énergie dans leurs premiers efforts dont la plupart échouent à cause de leur manque d’expertise. Prends comme exemple les premières ébauches indéchiffrables d’Apprenti (depuis les années 80s.). Par la suite, l'exécution laïque peut s’améliorer de façon dramatique. Des amateurs doués ne sont limités que par le temps et l’énergie qu’ils souhaitent dévouer à l’amélioration de leurs qualifications et aussi par leur tendance, au passage du temps, à adopter les défauts professionnels énumérés ci-dessous. Leur courbe d'accomplissement diffère radicalement de celle des professionnels dont les premiers efforts produisent des résultats combles et ceux subséquents aboutissent en de moins en moins.

L’accomplissement des professionnels est malaisé dès le début : ainsi que leurs professeurs leur ont appris. Toute divergence pour le mieux ou le pire soulève une clameur de polémique professionnelle. De l’efficacité supérieure menace le bol de riz collectif. Les professionnels sont enseignés à compromettre leur éthique en faveur de la discipline et la cohésion interne. Des collègues chancelants sont protégés au frais public, bien que leur compétence et honnêteté fassent défaut d’une norme prédéterminée de médiocrité.

 

Autrefois, des technologies raffinées étaient requises pour préserver des documents et des médias fragiles. Ce fut toujours le cas, encore plus l’est-il aujourd'hui. Le savoir lire fut une compétence rare et coûteuse. Une poigné de jeunes élèves subirent une formation brutale. Au moyen d’examens exhaustifs, des solutions machinales furent gravées à l'eau-forte sur leur esprit. Une seule solution apprise par cœur était privilégiée dans la tentative d'assurer contrôle uniforme aux longs écarts.

La plupart de ces diplômés furent expédiés au loin dans le bled culturel, pourvus d’un rouleau de feuillets ou d'un panier d’argiles, leur crâne bourrée de clichés d'armes. Leur déplacement au-delà de l’école centrale fut difficile, périlleux et onéreux. Une fois débarqués à leur nouveau poste, ils étaient supposés régir une communauté de prolétariens illettrés figés dans un vide d'info, ce silence poussiéreux seulement interrompu par l’intermittent messager à cheval dépêchant des proclamations de l’élite d’info, des requises d’impôt toujours en croissance et d’exceptionnelles nouvelles d’affaires commerciales. Ces disciples infortunés devaient s’apparier avec de brutaux hommes de guerre. Armés de pouvoirs militaires et de police, ceux-ci ont imposé leurs décisions après avoir en théorie écouté l’avis de leur associé érudit.

Mon ami, Paul Lackman, a évoqué Théodoric, encore un de ces bouchers désignés « le Grand. » Il saccagea Rome avec ses Ostrogoths, puis réintégra les administrateurs survivants latins (comme Cassiodore) dans leurs responsabilités civiques. En principe confina-t-il ses Goths aux fonctions militaires. Il ne dépluma que le petit malin aléatoire du genre Boettes, de sa tour en verre et en ivoire, et le mit en taule puis à mort. Le condamné avait osé proposer que l'intellect émancipé pouvait être supérieur à la gestion d'armes. L’histoire humaine est hérissée de telles exécutions exemplaires.

Un mandarinat monolithique évolua en Chine. Personne ne pouvait rejoindre l'élite d'info avant d’avoir passé l’examen impérial. La bureaucratie résultante s’est rendue hautaine, inflexible et enracinée d’exemples précédents : une orthodoxie rigide et l’ennemi farouche de la créativité, de la complexité et de la transformation. Ces mandarins ont eu tendance à jeter leurs mains en l’air – pourvu que leurs ongles trop longs le leur aient permis – quand l’incertitude rendait nulle leur provision de banalités apprises par cœur. Ils ont abandonné de vastes marchés outre-mer puis réprimé des technologies des siècles en avance de celles occidentales. Ils se sont livrés à l'agression, au provincialisme, a la misère et la corruption par la suite, le tout en soumission aux préceptes d'armes de leur certification mandarine.

Des Apprentis brillants ont déclenché un âge d'or de technologie occidentale, ils ont presque entamé celui comparable en Chine manchoue. Au lieu décrut-elle sous le contrôle des mandarins. Rien n'amortit la créativité comme l'exigence de certifications scolaires pour toutes les positions de responsabilité. Voici l’avant-dernière plus mauvaise alternative (bien que celle peut-être la mieux rangée) si des circonstances transitoires exigent le renouveau social. L’option évidemment la pire, c’est la promotion par voie de brutalité : l'alternative d’armes machinalement cultivée à toutes les crises martiales et leur révolution de suite.

Les attributs conjoints des mandarinats et des systèmes universitaires se dévoilent autant en Chine antique qu’en l’Occident contemporain. La forme et l'aspect prennent le devant sur le contenu et le résultat : des moyens permis justifient des fins lamentables. Dans les deux sociétés, l'empaquetage assume une importance supérieure au contenu. Les questions « qui » et « comment » éclipsent les « pour qui » et « pourquoi. » C’est devenu une obligation universelle : d’exhiber des bonnes intentions (en particulier, ne pas trop basculer le canot.) Cet engagement prend le devant de la menace des conséquences imprévues en aval et de leurs résultats catastrophiques.

Nous allons devoir basculer le canot en réaménageant sa charge et cela vigoureusement et vite, afin d’éviter de chavirer à l’arriver de la prochaine série de rapides en approche torrentielle.

 

« La fin justifie les moyens. » Formulée d’abord par le poète romain Ovide, Machiavel s’en servit dans son livre, Le Prince. Plus tard, Hitler et ses hommes de main le travestiraient de même. En d’autres mots, leurs résultats héroïques justifient des méthodes démentes. Pour Hitler et ses écuyers, leurs conséquences et moyens ont équivalu en démence. Grâce à eux, notre discussion des fins et des moyens est aboutie en cul de sac. A ce jour, le débat des conséquences valables se dissout en faveur de l’examen au microscope de moyens insignifiants, conduit de préférence par litige. Cette contradiction d’Hitler est passée en revue à pas d’oie dès que quiconque préconise des résultats justes à leur propre compte. Dis-moi, s’il te plait, qu’est-ce qui nous prend de nous citer Hitler l’un à l’autre, en discutant des valeurs morales ?

Je cite Mein Kampf, et avec circonspection d’ailleurs, dans quelques chapitres de ce texte : cela pour deux raisons distinctes. D'abord, quand il propose quelque chose de périphérique et d’appropriée (par accident, d’habitude) à propos d’un certain traitement de ce texte. Deuxièmement, quand il jette un ombre mesquin sur le sujet en question, trahissant de façon évidente le contraste entre ses intentions d’armes et celles paisibles de ce texte. En citant Hitler hors de propos, je risque sans doute d’encaisser la censure des deux côtés de l’allée centrale. Je pressens que certaines personnes, qui nieraient de toute façon l’entièreté de mon texte sans en avoir lu la moindre partie, s’en empareront comme leur excuse. Tant pis ! C’est flatteur d’être nié par de tels individus.

Voici tout ce que je puis dire à ce sujet. J'habite la terre en armes et dois donc me servir du matériel que j’y trouve. Si j'avais restreint mon analyse à rien que des textes serviables de paix, je n’aurai jamais rassemblé cet ouvrage. En grande partie, de tels n’ont jamais survécu la revue critique des mentors dominants d’armes.

L’ultime prix littéraire de paix sur cette planète, c’est de se faire proscrire son texte par l’industrie du livre, (comme un projet insuffisamment « commercial ») incendier par un fanatique, voire interdire par la religion ou l’idéologie du jour. D’être niés de cette manière, moi et mon œuvre, cela nous honore.

En fait, la formule au monde réel est beaucoup plus précise en ce qui concerne ce débat, puisqu’elle repose sur des aboutissements. Les fins se rangent en parallèle des moyens ; la qualité des fins justifie celle des moyens. Si uniformément obéis, les bons moyens produisent des bonnes fins et ceux mauvais engendrent celles mauvaises. Une bonne fin ne justifie jamais un mauvais moyen ni n'en est-elle apportée. Tour à tour, les mauvais moyens n’arrivent presque jamais à un bon but. La première apparition d’un mauvais moyen sans correction immédiate mène à la saisie du pouvoir par rien que des mauvais moyens. On n’a pas besoin d’attendre d’inévitables fins mauvaises avant d’intervenir pour rétablir les bons moyens et assurer ainsi une meilleure fin.

Tout cela devrait être incontestable, mais ça ne l'est pas, grâce à notre abus assidu de cette citation d’Hitler. Abusant de ce mythe d'armes, ses menteurs nous ont obligés de conclure que les moyens doivent toujours être d’une médiocrité acceptable alors que les fins peuvent toujours être renvoyées. Selon nos préjugés les plus à jour, les bonnes fins ne sont plus pertinentes et nos meilleurs moyens, sans doute impraticables. Voici comment parvenir à affamer des bébés par centaines de millions chaque année sans opposition organisée.

Une illustration intéressante de ce mythe d'armes peut être trouvée dans le paradoxe que décrit Dostoïevski concernant l'utopie. Je crois que j’ai trouvé ce texte dans le chapitre « Le Grand Inquisiteur » de son livre, Les Frères Karamazov. Un protagoniste y fait la demande :

« Si vous pouviez garantir l'utopie à perpétuité en torturant  une fillette innocente jusqu’à la mort, le feriez-vous ? »

La meilleure réponse ? « La torture d’une jeune innocente ne pourrait en aucun cas promouvoir l'utopie. Au contraire, un tel crime nuirait de façon certaine à cet objectif. Ton paradoxe n’est qu’un autre mythe d'armes diabolique. Taisez-vous tous enfin, mythomanes d’armes et réactionnaire sans scrupules, et cessez d’empoisonner cette conversation ! »

 

Les Apprentis convieront des consultations presque sans limite. Beaucoup de prolétariens d'info saisissent leur passion mieux que leurs semblables professionnels. Mille experts amateurs attendent d’être appelés sur l'ordinateur et le téléphone les plus proches. Nos décisions sociales se transformeront en chefs-d’œuvre réalisés sur commande, uniques et parfaitement œuvrés. La laocratie est pratiquement à l'horizon.

Comme d’autres institutions prisées, la démocratie est le produit final de la mentalité d'armes. Pendant des milliers d'années, ses directeurs l’ont polie en un luisant outil polyvalent entre leurs mains attendries de sang. Tout ce qu’on pourrait prévoir de leur part, c’est de l’hypocrisie hautaine. Ils prévoient des nouveaux systèmes miraculeux de gérance automatisée et des données mises en boîte découlant du haut en bas, tout en tournant le dos aux solutions de rechange aux mains des Apprentis, évidemment préférables.

Comme la plupart des technologies paisibles globales que nous nécessitons, nous pourrions tirer des meilleures solutions de rechange de l'étagère des technologies d’armes.

 

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