- PLUSIEURS GRANDS MENSONGES -

 

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

« En temps de guerre, omettre de mentir, c’est une négligence ; douter d'un mensonge, un méfait ; et l’annonce de la vérité, un crime. » Arthur Ponsonby, La contrevérité en temps de guerre.

 

« La première perte en guerre, c’est la vérité. »                   http://www.guardian.co.uk/notesandqueries/query/0,5753,-21510,00.html

 

Nous pouvons congédier les annonciateurs publicitaires et gouvernementaux comme des menteurs furtifs qui trompent le public à jamais sinon jusqu'à ce qu’on leur arrache la vérité. Repoussés par l’honnêteté spontanée, ils ne s’y rattachent que sous examen minutieux, à contrecœur même ces fois-là et de façon provisoire. Ils préfèrent submerger d’énormes mensonges sous un déluge de mi-vérités. Le monologue vide leur est préférable au débat équilibré ; un mensonge croyable, à la vérité. Les mensonges leurs sont devenus devoir, bol de riz et source « d’honneur. » À quel point peuvent-ils se leurrer, nous avec ?

Le « débat » télévisé oppose des contestants qui acceptent le statu quo scandaleux avec ferveur égale, mais dont les disputes marginales se travestissent en débat honnête. Voici l’ordinaire dans les actualités « équilibrées » aux Etats-unis.

Ici aux USA, « l’équilibre du reportage » veut dire qu’à la télévision des politiques injustifiables méritent davantage de commentaire favorable que celles raisonnables et davantage d'encre de disculpation dans les journaux. Trump a bénéficié de cent fois plus d’exposition médiatique que Bernie Sanders.  L'inadmissible est donc validé par répétition machinale. Des sociopathes évidents et des escrocs proscrits obtiennent davantage d’adulation médiatique que l’honnête homme. Des réactionnaires et des conservateurs y sont appariés, démoblicains et républicrates. Leurs débats pro forma simulent des controverses alors que la tyrannie sous-jacente reste soigneusement inexploré.

 

Un autre exemple de cette menterie institutionnalisée. Les industriels américains rendent le consommateur confus en lui offrant des produits dans des récipients aux poids et dimensions fractionnelles : 1,32 livres, 8,3 pintes liquides, 0,7 litres ; même produit, compagnies différentes, prix différents. Prenez une minute pour résoudre. La quantité d’une portion de « service unique » est dérisoire afin de minimiser la déclaration obligatoire de ses composants. De telles portions individuelles ne satisferaient pas l'appétit d'un petit enfant.

Aucune étiquette avertisseuse n’est requise pour afficher le traitement radioactif d’ingrédients ni pour établir que leur nature génétique a été modifiée ni que la viande fut élevée en gavant du poison dans des usines agronomes atténuant le bienfait des antibiotiques par leur application excessive. Il est claire que de telles affiches mettraient fin à la vente de tels produits expérimentaux. Ils sont moins chers à produire que leurs remplaçants « bio » (élevés à l’ancienne) mais marchandés aussi coûteux ou plus, quoique de potentiel beaucoup plus coûteux à assainir en aval du temps que n’indique leur label censuré et coût subsidié.

Ces mêmes fabricants geignent des dépenses qu’ils doivent recourir en faisant état du contenu nutritif de leurs aliments : ces sommes insignifiantes comparées aux fortunes versées en publicités menteuses.

Les corporations ne cessent de se plaindre de la réglementation gouvernementale. Inopportunément pour eux, c’est le seul mécanisme capable de contenir leurs plans les plus néfastes. Chaque nouveau règlement n’est qu’une réplique chétive aux méfaits d'entreprise. Au nom de la compétition dite « salubre » les comités d'entreprise plagieraient chaque nouvelle escroquerie si seulement elles pouvaient s’en sortir sans problème. Dans l'absence de réglementation supplémentaire, celui manquant d’imiter son concurrent le moins honnête serait chassé hors des affaires. Des infractions d'entreprise ont précédé chaque nouvelle réglementation et protestation corporative de suite.

Attrape une hypercorporation précédemment muette, se louant dans de nouvelles annonces à la télé ou à pleine page dans les journaux, et découvre assez souvent sa tentative de dissimuler un outrage récent auquel elle s’est récemment fait pincer les mains rouges.

Le ruineux sauvetage des caisses d’épargne (Savings and Loan) aux USA, la putréfaction des services de ligne aérienne, des tarifs d’énergie en escalade et l’impunité croissante des responsables de scandales de comptabilité d’entreprise : tous démontrent ce qui advient quand des corporations se réglementent elles-mêmes. Leurs fonctionnaires sont heureux de se « réglementer » jusqu’à la banque. Profitant du laissez-faire des derniers six présidents, le cartel pétrolier a remplacé la réglementation gouvernementale avec un Etat de providence illimitée pour les corporations. Tant pis pour le « marché libre » et ses pouvoirs burlesques d’auto réglementation. Comme prévu, la main invisible que décrit Adam Smith n’est qualifiée que pour des filouteries au jeu.

Le seul pays européen qui survécut la récession de 2008 et émergea avec des améliorations significatives fut l’Icelande où les banquiers responsables n’ont rien accru que des peines criminelles et sa seule réponse à leur appel pour un plan de sauvetage fut « nagez ou noyez-vous. » Comme pour des légions romaines une fois lâches mais irremplaçables, la décimation a résolu le problème de « trop important pour faire faillite. »

Espérons que ces hypocrites rampants n’obtiennent jamais mainmise sur les fonds de la sécurité sociale américaine. Ils en ont bavé depuis des décennies. Au cas ou, nous vieillirons en tant qu’indigents malgré l’imposition de toute une vie d'épargnes obligatoires. Comme il se trouve, le Congrès américain a trempé ses mains de filou dans cette caisse pendant plus d’une année d’embarras fiscale.

 

« Attention, attention à cet important canular politique ! Au lieu de témoigner de l’évaporation de votre montant de retraite dans la bourse, rendez-vous immédiatement au casino le plus proche et perdez-y votre montant à son chiffre d’affaires. Que triomphe une fois pour toutes le marché libre ! »

 

Sérieusement, je blague. Pourvu que le chiffre d’affaires de ces casinos puisse offrir un profit crédible pour le joueur, sinon seulement le prémunir ! Pourquoi ne pas adopter un mulligan de casino, comme lors d’une partie de golf ? Tu sortirais toujours avec tes sous d’origine, moins une petite prime de rentré. Des gains de survie dans la plupart des cas. Après tout, au monde paisible, ces casinos pourraient être subsidiés par le gouvernement.

La détresse subite de la moyenne classe américaine a résulté de dizaines d’années d’épargnes captives à la retraite (401K) et leur décalage obligatoire dans des investissements désastreux de bourse commerciale. Elles ont disparu du moment que celle-ci s’est effondrée : cette turbulence exponentiellement plus fréquente et désastreuse au fur du temps.

L’expression « dérégulation » c’est code secret pour « des services inadéquats remis au prix maximal. » Une élaboration du slogan favori des capitalistes : « Des profits pour les rares, aux risques et dépens des nombreux. » Voici peut être la meilleure définition du national-capitalisme : l’ultime perfectionnement de l’exploitation d’armes.

 

Les publicités commerciales surchargent la capacité déjà trop restreinte de nos canaux d'émission. Son bruit blanc de décharge statique jaillit des médias de masse : ce qui ne se laisse décrire que comme un complot planétaire de fortifier la banalité et d'affaiblir le significatif.

Je me suis rendu compte que presque toute la programmation diffusée (films, TV, radio, Internet) gaspille le maximum de temps disponible au public, tout en lui transmettant le minimum de données utiles. Assiste à quelques heures de ce charabia fabriqué en série et fais-en le constat.

Il y a des centaines chaînes de diffusion au câble, transmettant 24/365. Des milliers, peut-être des millions d’heure-personne ont fait part de leur réalisation. Penses-y : non moins des acteurs, des directeurs, des écrivains, des réalisateurs et leurs équipes de techniciens ; mais aussi des simples comptables, des responsables du personnel, des employés d’appui, des gardes et des commis généraux ; chacun d’eux et une journée entière de leurs vies sont dévoués à la production de peut-être vingt minutes seulement de données utiles sur une seule chaîne par heure. Et je me sers généreusement du terme « utile. » Tout ce qui reste fabriqué par cet effort monumental, ce n’est que du bruit sourd qui ne sert qu’à une perte de temps massive. Multiplie par toutes les nations sur terre et leurs industries télévisées. La seule bonne analogie que je puis trouver, celle de milliers d’Egyptiens massés pour bâtir, décorer et meubler des pyramides inertes. Quoique leurs efforts aient produit des monuments de taille, alors que les nôtres, rien que des chimères électromagnétiques.

Personne n’a fait l'analyse des besoins de chaque consommateur ni ne lui a visé des données selon son goût et tempérament. Des tentatives préliminaires et maladroites dans cette direction ont été attaquées comme des empiétements sur la vie privée. Un autre exemple de notre maladresse en masse.

Nous sommes devenus des obsédants compulsifs quant à nos écoulements de données. Si elles nous paressent utiles, soit en particulier soit pour nos institutions, nous les amassons, les rationnons et en limitons l’accès pour la moindre raison. Nos ancêtres se sont brûlés vifs les uns les autres au sujet de nouvelles simplement inédites. Ces jours-ci, nous en fabriquons des tas de rebut selon nos « besoins commerciaux, » et les distribuons sans nous soucier ni de leur à propos ni de leur utilité au récepteur. Nous sommes enterrés sous des monceaux de données superflues. Ce trouble de masse obsessionnel compulsif nous exige des libérations multiples d’autant individuelles que communautaires.

Pour nous en réception de ces babillages non sollicités, c’est comme si nous étions murés dans une petite salle avec un maniaque verbeux mais dépourvu d’honnêteté, de bon sens, de bon goût, de raffinement et de modestie. Nos pensées sont submergées sous une averse de papotages exauçant des rayons pervers d'éthique, d’esthétique, de matérialisme et de brutalité pathosexuelle. La criminalité et sa suppression vicieuse sont les normes. Nous sommes gavés de données du jour le jour au sujet de produits et de services superflus.

Ce serait comme d’évaluer une bibliothèque dont les étagères ne contenaient que des tas de serre-livres et une petite poignée de livres de camelote. Si tous ces instruments de monologue se faisaient taire à la fois, l'amas de désinformation serait déjà assez grave. Mais nous, les auditeurs enthousiastes, nous répétons ces mêmes absurdités sans cesse et puis rentrons chez nous pour absorber le contenu d'une nouvelle soirée. Ainsi approfondissons-nous au jour le jour notre hypnose de zombi et recomposons nos problèmes en pire.

Si un comité scolaire attrapait un de ses professeurs refilant de tels rebuts à ses élèves, il le congédierait à l'instant. Avec entière justification, tu fermerais ta porte dans la figure d’un commerçant qui oserait soumettre tes enfants à un tel lavage de cerveau.

Mais nos médias nous trompent ainsi de manière routinière, dégorgeant sans remise de la désinformation criminelle. Nous nous illuminerions mieux l’esprit au moyen d’un rendement correspondant de vérité sans faille.

 

Le grand mensonge induit la routine du mal, tel que trop de sucre provoque le diabète et la carie des dents. Selon les menteurs professionnels, la vérité est une pâte crue à être moulée et double-cuite selon la commodité de leurs patrons. Tous ceux assez « stupides » pour contester cette notion sont des candidats préférés pour les abus à suivre.

Contemple la fin de tels parasitismes. Un Niagara d’inconséquences et de mensonges hurlerait à la halte. Silence assourdissant ! Mais on aurait tout de même besoin de produits et de services ; le gouvernement persisterait à imposer son triste fardeau. En bref, la vie continuerait. On cesserait cependant d'absorber tant de grands mensonges. M. Honnêteté et Mlle Déesse pourraient s’avérer de bons amis dans l’absence des supercheries du frère aîné (Big Brother) et des séduisantes nymphes commerciales. À qui manqueraient des mensonges impudiques tels que des annonces publicitaires et le sur-embalage, une fois que l’on s’en serait débarrassé ?

 

« La vente de produits est moins importante que nous la présumerions. On a qu’à observer les pays communistes : des millions d'images de Lénine, affichés partout, ne stimulent pas d’amour pour lui. Les agences publicitaires du parti communiste (celles soi-disant agit-prop) ont oublié depuis longtemps le but fonctionnel de leur activité (rendre mieux aimé le système communiste) et sont devenues une fin en elles-mêmes. Elles ont créé leurs formules, leur langage et leur esthétique, (autrefois, les chefs de telles agences retenaient maîtrise absolue sur l’art du pays) leur idée de la bonne vie qu’ils ont cultivé, disséminé et imposé sur le peuple malheureux. » Milan Kundera, Immortalité, traduite en anglais par Peter Kussi, Grove Weidenfeld, New York, 1991, p. 113. Par autorisation de Grove/Atlantic.

 

As-tu récemment examiné une voiture neuve ? Nous avons été serinés jusqu’à en crever à quel point lisses, belles, élégantes et séduisantes elles sont. En réalité, ce sont des investissements minables : antisociales, écocides, élitistes, hiérarchiques, malpropres, puantes, peu fiables, non ergonomiques, inconfortables, dangereuses, inefficaces, inertes pour la plupart du temps, envahissantes, onéreuses, toxiques, induisant de la pauvreté, destructrices de belles villes, encourageant des infractions et de désuétude garantie.

Penche-toi sur la balustrade d’un pont de passage d’une autoroute par claire de lune. Il est difficile d’imaginer l’écoulement d’une telle cataracte d'acier au-delà de la zone de souffle d'un volcan. Toutes nos villes se sont transformées en volcans. Quel gaspillage journalier d’énergie précieuse !

Un mamba noir serait plus attrayant que l’une de ces automobiles. On les a transformées en porte-clés d'une tonne, en idoles de culte et en totems de classe, bossant dur  pour renier l'évident.

Bien sûr, une voiture offre l’illusion de la commodité qui s'évaporerait si une fraction de la richesse en étant consacrée le fut à l’ultime rationalisation de nos transports publics.

Regarde autour de toi la prochaine fois que tu te baladeras en ville. Note la scintille de pollution dans les gouttières, l'horizon voilé de sépia et l’intarissable puanteur d’échappements. De telles bavures de la vie réelle ne gâchent jamais les publicités d’automobile, bien qu’elles aient saturé notre conscience collective au point que nous ayons fini par les ignorer : autant les onctuosités que les bavures en résultant. Note l’inondation de voisinages à sec depuis des décennies, alors que de plus en plus de forêts sont pavées pour satisfaire ce Mammon d’automobile. Le pullulement de « développement » et l’exportation de grandes bûches d’arbre bon marché perdurent en échange d’importations d’autos et de carburant qui croulent nos balances de commerce. Note à quel point ça te brûle les yeux et que le pollen marié au smog rend un simple rhume de foins en asthme chronique pour, combien ? Quatre gosses urbains sur dix ? Encore plus avec le temps ?

Le réchauffement planétaire est devenu un phénomène « cosmique » : un autre cas transcendant la compréhension et le contrôle d’êtres humain, alors qu’il résulte simplement des pets de nos voitures, usines et centrales électriques.

 

 

Projettes-toi en arrière dans le temps jusqu’à ceux des bourgeois médiévaux. Pour bonne raison, tu pourrais ricaner de leur bêtise. Parmi d'autres sottises létales, ils jetèrent de l’excrément dans la rue pour que des bêtes et passants puissent s’y crotter. Les Apprentis futurs ricaneront de nous pour des raisons semblables. Adoptant la même sottise, nous souillons nos sols, eaux et cieux, abusons effrontément des pauvres et prêtons attention aux vétilles médiévales au lieu de nous pencher sur des sujets importants. Quels rustauds risibles !

Pour la majorité (à vrai dire, pour presque tout le monde, nous compris), la vérité n’est qu’une question de répétition. Ce que l’on a entendu le plus souvent doit être la vérité, peu importe ses ambiguïtés. Nous pourrions être persuadés que la nuit, disons, c’est le jour, qu’une minorité quelconque veut de notre peau en secret ou que des automobiles privées sont « belles » … pourvu qu’assez d’individus et de machines nous le répètent. Leurrés à subventionner l'industrie de guerre éclair, nous refusons d’admettre de tels scandales. Plutôt embauchons-nous une armée de rédacteurs publicitaires pour diffuser le sophisme évident que des automobiles sont séduisantes. Des segments grossiers de plastique et de métal verni, coupés, enveloppés et soudés à la tonne, pétant et bavant des poisons : sexy ? Selon quel déviant sexuel ?

Subvertissons ensuite le transport en commun et faisons disparaître les technologies les plus prometteuses. Obtenons enfin que tout le monde se répète (à grands soupirs !) : « Cette réparation coûterait trop cher. »

 

Puis il y a cette autre absurdité. « Le gouvernement est incapable de réduire la pauvreté, d’améliorer l’éducation, de redistribuer l’abondance et de fournir de la justice. Rendons-le donc aussi lent, débile et stupide que possible. » Ceci malgré son inévitable croissance en tout cas.

Evidemment, le gouvernement ne peut fournir de tels services quand des réactionnaires font leur affaire en les sabotant. Nonobstant, des Apprentis talentueux pourraient appliquer aux pauvres des politiques ne manquant pas d’imagination, si seulement on leur ôtait momentanément  les réactionnaires du dos : notre devoir et avantage évidents.

Dis-moi, qui a achevé les projets suivants ? L’émancipation de l'esclavage, la terminaison de la grande dépression, le plan Marshall de reprise économique en Europe, (et ses équivalents en Asie) les expéditions équipées à la Lune, etc. … un gouvernement central ou un troupeau désagrégé d'individus riches et puissants ? Dis-moi, maintenant, qui a déclenché l'esclavage, la grande dépression et son clone en 2008, la fente du paysage économique aux USA en quelques bons quartiers clôturés d’un tiers monde national, le ravage correspondant de la classe moyenne, l’écroulement de l’exploration planétaire, etc. ? Un gouvernement central ou une tourbe désagrégée d'intérêts privés mais puissants, leurs bras enfouis dans le sac ?

Bien sur, des menteurs et des propagandistes talentueux rempliront des niches inestimables : celles de troubadour, d’acteur, de magicien, de prophète, de prêtre, de chaman et d’Apprenti. Un âge d'or de contes et de récits nous attend une fois que toute cette menterie organisée sera dépourvue de profits.

À présent, on se régale de brutaux contes de remplacement, de propagande réactionnaire, de bavardages sportifs et de radotages d’opéra de lessive. Dans l’avenir, un nombre croissant d'Apprentis s’appliquera aux matières vitales. Prenant pause de leurs études préférées, ils se divertiront avec des inventions les plus audacieuses que des menteurs doués pourront leur filer : les meilleurs récits et pièces de théâtre et d’autres bonnes choses. Mais rien de tel ne soustraira de l’honnêteté du gouvernement des Apprentis.

 

 

Je peux concevoir au moins dix-neuf sous-ensembles du grand mensonge couramment confectionnés et troqués en masse (ce tango exige au moins deux partenaires.)

 

1. Le mensonge dogmatique : des fictions sont certifiées véridiques en dépit de leur fausseté évidente. Des mensonges incontestables sont émis au public trompé qui se les répète (par commission) sinon sont acceptés par négligence de la vérité (par omission.) Consulter le déni du réchauffement global. Bon Dieu, de telles menteries sont promus si fréquemment  — par qui et à quel but ? Ces questions à elles toutes seules ont enfanté Apprenti.

 

2. Le mensonge simplificateur : Ton jugement est trop borné pour percevoir la validité compliquée de ma demande. Je mens afin de simplifier mon bavardage. Tu vas céder à mes demandes sans me forcer de cultiver notre compréhension mutuelle (la démocratie représentative.)

En mode inverse, le mensonge compliquant : Mes amis et moi, nous pouvons transformer une transaction relativement élémentaire en une tellement incompréhensible qu’il ne restera que nous capables de décoder sa logique en lambeaux, remplir notre porte-monnaie et vider les vôtres (la loi d'imposition.)

 

3. Le mensonge paternel : La vérité lâcherait de la panique dans des masses ignorantes. Nous mentons afin de protéger leur innocence enfantine. Par pur altruisme, nous épaulons des vérités qu'ils ne pourraient pas soutenir (grand soupir.) La question fondamentale partagée ici : ces menteurs professionnels peuvent-ils mieux gérer la vérité que nous ? A toi d’évaluer la réponse à l’affirmative qui leur sert le mieux.

Ce mensonge s’étend à la soi-disant « démocratie. » Les majorités abandonnent des candidats péniblement honnêtes (tels que Ralph Nader et Bernie Sanders) en faveur d’arnaqueurs et de bonimenteurs de carnaval mais « politiquement corrects. » Prends ton choix des présidents américains, leurs concurrents proches chez eux et leurs équivalents outre-mer.

 

4. Le mensonge altruiste : La vérité te blesserait pis que mes mensonges rassurants. Des adultes bien intentionnés collent ce mensonge comme un baume sur la conscience de leurs enfants. Le mythe du Père Noël persiste avec d’autres visant les petits, en dépit de leur effet à double tranchant. « Ne fais confiance en personne ni en rien, même dans les meilleures circonstances. » Ainsi sommes-nous réduits à subsister en méfiance intégrale sous un barrage de mensonges.

 

5. Le mensonge d’après abus : Des victimes (et surtout leurs descendants) exagèrent ou dissimulent leurs tourments, rendent leurs oppresseurs en démons incarnés du mal et préjugent leurs descendants. Des anciens tourmenteurs justifient leurs abus, les minimisent et tentent d’en faire oublier le public. Les spectateurs d’abus antérieurs radoucissent leur lâcheté morale en estompant leur négligence criminelle.

 

6. Le mensonge d’intérêt : Mes intérêts sont compromis par ta vérité et prennent priorité sur ton droit d’apprendre qui m’est insignifiant.

 

7. Le mensonge d’armes (et d'entreprise commerciale) : Toute vérité publique est un cadeau à l'ennemi. Des données d’une qualité supérieure à la propagande manipulatrice doivent être étranglées. Celles non secrètes doivent être incomplètes, déformées ou fausses. Pour confondre les choses, beaucoup de vérités insignifiantes doivent y être ajoutées à l’aléatoire. Chaque admission d'erreur rend faveur à l'ennemi et doit être niée.

La discipline militaire est à base de punition. Les techniciens d'armes mentent aussi souvent que possible pour les éviter, bien garder leurs secrets et rapporter qu’ils ont accompli des tâches impossibles. Des tas de punitions sont pelletés pour supprimer ces habitudes ; ce qui entraîne des spirales supplémentaires de terreur militaire auxquelles les directeurs d’armes se spécialisent.

 

8. Le mensonge naturel : « Je fais partie de ton tissu ou te suis inoffensif. Ne m'attaque pas, nourris-moi au lieu » : parasites, vampires, agents infectieux, embryons et oiseaux imitateurs au nid. Autrement, (et souvent renforcé par des exceptions factuelles) « Je suis toxique, un autre prédateur ou tout juste une brindille. Ne m’attaque pas. » Autrement encore, « Je suis plein de sève nutritive ; débarque ici et féconde-moi. »

Un autre intéressant sophisme d'entreprise commerciale, c’est l’affirmation que les pollutions artificielles sont « naturelles » et par conséquent acceptables car produites par l’homme. Lui fait partie de la nature, après tout. Est-ce que la peste fut « valide » parce qu’elle fut naturelle et sa transmission assistée par l’homme ?

Un autre sous-titre du mensonge naturel comprend notre perception de la réalité. Des données sensorielles inondent notre conscience en volumes au-delà de sa capacité d’en traiter. En compensation, nous tirons un filet fin de ce torrent et traçons notre image de la réalité selon lui seul. Sélectionnant quelques stimuli estimés importants, nous emplissons les intervalles de façon créative, tissant une approximation symbolique et stylisée de la réalité.

La santé mentale se définit selon fidélité à la rude réalité matérielle que nos abstractions délimitent. Si chaque stimulus enclenchait une perception équivalente, on en serait entièrement informé mais aussi impuissant qu’un assommé à l’acide ou un nouveau-né: inondé de stimuli crus.

En tant qu’êtres charnels, nous nous mentons à chaque clin d’œil.

 

9. Le mensonge révolutionnaire : Si nous devons endurer au centre d’une populace piégée dans une futaie de mensonges et écrasée sous une tyrannie pernicieuse, pourquoi ne pas mentir comme un bandit afin de nous endurcir nous-mêmes et renforcer la contre-attaque révolutionnaire ? Encourager un mal rien que pour combattre un de plus important : voici un vortex aussi périlleux que difficile de s’en extraire. Encourager la vérité pour en récolter les bénéfices, si à moindre efficacité, ne serait-ce préférable ?

 

10. Le mensonge scientifique : Des données sont barrées parce qu’en conflit avec le dogme scientifique. On les renvoie sans enquête, à grandes haussées d’épaule, comme sans rapport, des superstitions mal réchauffées sinon, encore pire, de la mauvaise science. Comme si les sciences d’armes pouvaient être autre chose que le plus récent songe collectif de l'humanité, du moins jusqu'à notre changement de station à la prochaine pause d’annonces publicitaires ?

Assez souvent, des nouvelles découvertes sont dépréciées quand des individus doués poursuivent une percée unique dans des conditions optimales qui ne peuvent nécessairement être dupliquées car la plupart de ses paramètres sont à mi-compris sinon pas du tout. Si elles ne peuvent être répétées à tout moment par l’assistant gradué de chaque doctrinaire scientifique, elles sont solennellement déclarées inexistantes.

 Crois-le ou pas, la question « pourquoi » est interdite par la science courante : une autre raison que de nombreux d'Apprentis lui tournent le dos (encore un autre gaspillage de talent par la mentalité d’armes.) Aucune question ne devrait être interdite aux Apprentis adultes, pour quelle raison que ce soit.

Je suppose que l’on doit distinguer la mentalité scientifique de sa technologie. Aux mieux, celle-là inclut la flexibilité d’esprit, l’honnêteté soutenue, la précision clinique et la méthodologie rigoureuse dont aiment se vanter les scientifiques. Au pire, l’autre nous force d’endurer ses puanteurs, poisons, terreurs, peines et accablements chroniques d'abandon et d’appréhension. Tels sont les résultats directs de la concurrence rabique, de l’esprit clos, de l'indifférence aux conséquences et du manque de camaraderie que patronnent les scientifiques d'armes.

Eugen Rosenstock-Huessy, dans Out of Revolution, (Sortant de la révolution) William Morrow and Co., New York, 1938, p. 231, cite le philologue français, Gaston Paris, [dont le texte en français m’échappe à présent ; ne te fie pas à ma retraduction] qui pérora :

 

« Je professe absolument et sans réserve cette doctrine : la science n'a d’autre but que la vérité à son propre compte, sans componction quant aux conséquences pratiques, bonnes ou mauvaises, regrettables ou bienfaisantes. Qui se permet – soit par patriotisme, par religion, même par moralité – la moindre dissimulation, la permutation la plus minuscule dans les faits qu'il étudie ou les conclusions qu’il en tire, celui-ci n’est pas digne de sa place dans le grand laboratoire où le billet d'admission de l'honnêteté est plus fondamental que celui de la capacité. Ainsi comprise et poursuivie avec pareil élan dans tous les pays civilisés, l’étude communale forme un grand Etat qui enjambe des nations limitatives, diverses et souvent hostiles ; qu’aucune guerre ne peut souiller, qu’aucun conquérant, menacer, et chez qui nos âmes peuvent trouver l'abri et l’unité jadis fourni par la cité de Dieu. »

 

Consulter STP le texte originel.

 

Il serait difficile de trouver un serment d'allégeance plus passionné à la science absolue. Cette exaltation dans la vérité absolue (ou dans tout autre absolutisme, du reste) entraîne des résultats plus dévastateurs que tous les autres mensonges énumérés céans. L'absolu constitue le terrain idéal pour une simplification de la réalité dont les ultimes manifestations sont la terreur politique et le meurtre en masse.

Je suis convaincu qu’il n’existe presque aucune vérité incontestable, seulement des approximations plus ou moins précises — certainement pas la centième partie de celles que des hommes ont soutenues jusqu’à la mort d’autrui, encore moins celles tenues comme absolues pour sous-tendre la logique occidentale et sa culture. L’incertitude peut promouvoir soit le rejet rotulien d’une nouveauté soit son adoption. Si je profère des spéculations et des conjectures, c’est afin de renforcer une ouverture aux nouvelles idées qu’interdisent  les bureaucrates de l’orthodoxie.

 

11. Le mensonge hermétique : Dans le but de favoriser le moral militaire et la cohésion interne, nous, les partenaires clandestins, devons adopter des serments ronflants de silence et d'aide mutuelle, des gestes d’identité, des codes raffinés et des rituels secrets. Des organisations hermétiques (tels que les premiers chrétiens, les francs-maçons et les directeurs d'armes) se prêtent aux accusations de conspiration infâme, qu’elles soient valides ou non. Ces agences permettent aux élites de bataille leurs perversions préférées. Les élites d’info pénètrent ces sociétés secrètes par aptitude innée : elles persécutent les hermétiques d'en haut, les corrompent du dedans et les calomnient d’en dessous.

 

12. Le mensonge bureaucratique : De nombreux bureaucrates justifient leur budget en appropriant des données significatives. L’étendu de leur monopole de données et la difficulté qu’ils imposent aux gens pour les acquérir semblent dicter la validité de ses gardiens et permettre la croissance de leur bureaucratie. Subissant d’intensives contraintes de la part d’intérêts spéciaux (tant particuliers que corporatifs) ces bureaucrates adoptent un secret ordre du jour qui contredit leur mandat public. La mascarade de cette contradiction est une compétence cruciale parmi des bureaucraties civiles d’armes, sinon leurs frais et bénéfices se rétréciraient en faveur d’allocations directes aux armes.

Des exemples abondent. Des altérations de statistiques de réussite me viennent à l'esprit : des prohibitions américaines contre les buveurs et les drogués, aux décomptes de chômeurs, (rapetissés sans exception dans les reportages officiels) aux études sur la sûreté des centrales nucléaires, aux rapports officiels projetant la victoire en Indochine et aux guerres subséquentes.

Dans de nombreuses instances de politiques de mésinformation, des bureaucrates arrivent à la supposition que leur tabulation de données crée la réalité au lieu simplement de la quantifier. Soit les chiffres qu’ils conçoivent ; voici la réalité en ce qui les concerne.

Une autre technique de menterie ordinaire cheville au crêt courant le degré acceptable de polluant, de crime et d'autres retombées sociales, ajuste aussi l’inacceptable beaucoup plus haut. Des doses de fond peuvent être nocives mais sont déclarées tolérables ou même rehaussées afin de déférer l’allocation de frais corporatifs pour les réduire. La nivelle officiellement acceptable peut masquer des menaces incontestables jusqu'à ce qu’elles forcent leurs victimes, les seules au courant, de sonner l'alarme à leur propre compte. Cette sonnette est d’habitude miraculeusement ignorée par la presse ; l’opposé exact de projets réactionnaires accordés une ostentation de prodigalité inexcusable de la part les médias de masse (Trump.) Des responsables peuvent être avisés du problème d'avance, mais bloquent ces nouvelles alarmes à chaque étape. Ils sont rarement jugés pour avoir subverti la vérité et en sont souvent compensés et promus.

Par exemple, juste avant la fonte nucléaire de Fukushima en 2011, le compte de fond officiel d’irradiations tolérables fut doublé de façon arbitraire. Et personne ne nous a alertés que l’ultime enchaînement de ce désastre pourrait être l’éteinte de la civilisation sur l’hémisphère boréal. Cela exemplifie la dangerosité d’une technologie d’armes : ressemblant à la décharge d’un pistolet lors de son nettoiement mais à plus grande échelle.

D’autres méthodes en service courante servent à déformer ces statistiques. Beaucoup sont reportées exprès plus grandes ou petites qu’en réalité ou différés au-delà de leur date de reportage, puis révisées énormément le long d’années. Cette longue série de révisions provisoires rend plus difficile et moins précise l’interprétation scientifique de ces chiffres, donc moins profitable au public et davantage à ceux qui ont quelque chose à cacher.

Des bureaucrates rendent souvent triviales les pires conséquences de leur politique. Leur rabais des conséquences imprévues peut prendre la forme de mauvais comptes au palier de l’énumération, de trifouilles aux mains d’intermédiaires et de distorsions depuis ceux supérieurs, là où des sous-catégories défavorables peuvent être éliminées. Des statistiques favorables sont souvent accumulées par des méthodes semblables mais dans le sens inverse. Autant qu'augmente l’impulsion pour un certain résultat, autant seront distordus les contrôles officiels. De l'évidence anecdotique, rassemblée au ras des pâquerettes, peut souvent indiquer des conditions locales avec davantage de clarté qu’une compilation scientifique de statistiques officielles.

Des rangs multiples d’autorités doivent passer ces chiffres en revue : chaque volet encore plus isolé du phénomène tabulé et donc incliné à tordre des résultats officiels à la convenance d’ordres du jour. Somme toute, des statisticiens malins peuvent manipuler de tels chiffres pour en tirer n'importe quelle conclusion souhaitée par leurs patrons.

Une communauté d'armes peut facilement balayer ses conséquences imprévues sous le tapis, puisque nous avons été convaincus d’avance que de tels désastres sont inévitables.

 

13. Le mensonge par omission : Des ultra en candidature pour des positions de responsabilité publique ont refusé de préciser leurs prédilections quant aux controverses. Soit, leur évasion pourrait ne pas empester du mensonge direct, mais leur droit de ne pas s’incriminer ne peut pas équivaloir à celui d’un suspect criminel. Après tout, les hautes fonctions d’ordre public sont mises en cause ici, et non une simple punition criminelle. Pendant une interview d'emploi, le moindre soupçon d'inaptitude susciterait le renvoi immédiat de ce candidat, tant bien que sa tendance à dissimuler ses préjudices.

Sinon se trouvera-t-on renversé de tous les cotés par des imitateurs de la Cour suprême actuelle : ne plus ultra.

 Il est évident qu’un système complexe de contrôle et d’équilibre politique ne parviendra qu’à contrôler quelques déviants qui refusent d'agir en bonne conscience. Aucun système ne fonctionnera de manière satisfaisante si une majorité embrasse avec ardeur des conspirations d'avarice. Un principe de moralité supérieure doit hériter du jeu. Autrement doit-on s’attendre à ce que tout ce fumier soit souflé par des conséquences inattendues. Soyez prévenus : quand celles-ci partiront en éclat, ce ne sera pas marrant du tout là où l’on aura été abandonné.

Des gens persistent à nier le fait que des mauvais comportements ont des mauvaises conséquences et doivent être contrôlés d’avance. L'idéalisme retient son ultime récompense non dans son propre intérêt mais parce qu’il engendre des meilleurs résultats au moyen de miracles de générosité. J'ai honte d’avoir à rappeler cette évidence aux Apprentis. Une collectivité a évidemment enrayé ses roulettes si elle doit justifier son idéalisme malgré le désaveu de l’opinion majoritaire : la situation actuelle.

 

14. Le mensonge memetique : Certains fanatiques trouvent profondément satisfaisant leur dogme choisi, quoique cette croyance chérie puisse refléter des circonstances et des aspirations pour la plupart uniques qui ne conviennent pas nécessairement aux préférences d'autrui. Afin d’étayer leur ego fragile, leur insécurité particulière, leur impuissance et leur manque d’amour propre ; ils doivent contraindre les autres d’accepter leurs idées fanatiques, même si elles contredisent ce dont ceux-ci ont le plus grand besoin. Si une suffisance de tels partage cette croyance, ils peuvent se rendre assez puissants pour blesser des individus qui les menacent de désaccord. La mieux entretenue cette croyance et les plus passionnés ses croyants, (par exemple, la confrérie globale de nationalistes en conflit perpétuel entre eux) le plus il sera certain que cela finira mal.

Des pratiquants honnêtes de la satyâgraha sont les seuls capables de surmonter ce paradoxe, dont deux chapitres leur sont consacrés.

 

15. Le mensonge de la mentalité d’armes : Nous récitons les mêmes vérités quoiqu’elles soient reconnues comme des mensonges. Des menteurs doués d'armes gagnent grand fric en raffinant, mettant à jour et répétant ces mensonges sans finir. La dissidence efficace est amortie à tous coûts, jusqu'à ce que des mensonges évidents remplacent la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Même si cette déchéance prend mille ans et même si elle nourrit des contradictions sociales et des crises létales.

 

16. Le mensonge du sport : Pourvu que moi et mes compagnons puissent nous borner aux babillements sportifs, nous pourrons négliger des problèmes sociaux monumentaux.

L'injustice prend le devant quand des étrangers ne peuvent plus discuter des problèmes sérieux sans courir le risque de brutalité imprévue. C’est ainsi que la rumeur sportive devient une incantation magique : le moyen le plus acceptable de désarmer l'animosité et dérouter la discussion, donc le dénominateur inférieur commun de l'irresponsabilité mutuelle. Quant à chaque adulte qui récuse son apport à la pensée critique et à l'activisme social, il est un idiot dans le sens ancien grec : un enfant trop âgé.

Les médias soutiennent cette bêtise en alimentant le prolétariat d'info de cuillérées de formule tiède, en escamotant des matières complexes et controversées et en les remplaçant avec des jours-homme d’insignifiances sportives chaque jour.

Je me suis rendu l’autre jour dans deux abreuvoirs aléatoires et m’y suis trouvé coincé entre une paire de grands écrans et leurs beuglements sportifs. Cela m’a frappé qu’à travers le monde des millions de tels lieux prolifèrent : presque les seuls lieux de rendez-vous public qui nous restent, ne distribuant pas la moindre donnée valide les 24 heures de 365 jours le long d’années entières.

Il est temps que nous récupérions le raisonnement d’adultes, l’entamions en forçant nos médias de fouiner en profondeur nos vérités sociales dans toute leur complexité avec la fidélité de bons chiens d'oiseau.

 

17. Le mensonge à soi : De loin le plus insidieux, il peut prendre n’importe quelle des formes décrites en haut mais doit être énumérée à part.

Tu es seul à pouvoir corriger cette sorte de fausseté une fois qu'elle prend racine dans ton crâne. Comme Scrooge, le protagoniste du Conte de Noël de Dickens, les victimes du mensonge à soi doivent témoigner à répétition des répercussions de leur délusion. Ces aveux prennent du temps irremplaçable, exigent un courage surhumain, redoublent le dol d’innocents et incitent une culpabilité insoutenable chez ceux qui s’en repentent.

A quel point nos vies s’amélioreraient-elles si nous poursuivions davantage de véracité de façon préventive ?

 

18. Le mensonge du déni simplificateur: « Quoi que ce soit ou que cela puisse être : cela ne peut pas exister ni jamais réussir. Cela ne vient pas de se passer. C'est faux, peu importe sa ressemblance à la vérité. Celui-là ne peut pas être ce qu’il se proclame d’être. Soit que cela aurait l’allure d’aller de mal en pire, tout s’arrangera de façon passable en fin de compte sans trop avoir à nous en préoccuper. » Faute d’une meilleure réponse.

 

19. Les mensonges de l'art et de la créativité : Ah ! À quel point plus malheureux la vie se rendrait-elle en leur l’absence ! La dérobade de la misère, mes Apprentis, contrairement à la fantaisie du riche : « ma poursuite du bonheur. »

 

Le premier symptôme de la routine du mal, c’est la prolifération de grands mensonges. Selon les Apprentis, le mensonge brûle trop d’énergie dans un monde où chaque joule devrait être chiffré au compteur intelligent ; c’est dégradant, insultant et vulgaire ; cela mène aux erreurs de fait et de raisonnement. Comme d’autres formes de violence, le mensonge prend encore plus d'effort à la longue qu’adhérence franche à la vérité. Il est difficile d'embrasser le mal et d'adhérer tout de même à un semblant de la vérité sans s’égarer sans remède. Des suppléments de vérité peuvent donc nous aider à distinguer le bien du mal.

La connaissance, c’est la richesse ; le mensonge, s’en est le vol. Qu'est-ce que la mentalité d'armes nous recommande ? Soutenons l'opposé.

 

Les stipulations de Gandhi sont catégoriques. Selon lui, le bien, la vérité et la non-violence sont congénères : chacun d’eux reflète les deux autres. Le mal, la brutalité et les mensonges renforcent l’illusion cartésienne d’être déconnecté de l'univers. Le mensonge, la cruauté et la faim du pouvoir ne sont que des saveurs distinctes de la brutalité. Il n'y a pas de « petits » mensonges ni des « nivelles acceptables » de brutalité. À nous d’embrasser cette sagesse !

Il tenait à ce que chacun se tape des demandes impossibles de façon à apprendre de ses erreurs. Selon lui, la politique offre aux êtres moraux leur défi suprême, tout comme la traversée d’une corde raide offre plus de fascination qu’une flânerie au boulevard. Le risque intensifié rend l’affaire plus intéressante. En outre, qui est supposé mener nos politiques : des escrocs  ?

Il arpentait la voie du service suprême et de l’optimisme tragique : le chemin glorieux de Bouddha et de Jésus. Seulement des super héros oseraient suivre dans leurs traces. Nous autres, malins lâches, devons témoigner de leur trajectoire éblouissante, accroupis au fond de nos braises rougeoyantes d'enfer.

Notre rédemption momentanée pourrait advenir en établissant une commune de biens d'Apprentis au monde paisible. A ma connaissance, il n’y a que la réincarnation dans la ligne de sauvetage du Christ qui pourrait desceller la trappe de secours d’ultime rédemption et l’entrouvrir suffisamment pour laisser passer toutes les âmes : celles de Gandhi, de Bouddha et des restants incluses.

 

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