- LES BIBLIOTHEQUES QUI BRULENT -

 ENGLISH VERSION     

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Ainsi ai-je fait la morne découverte, dans le temple manichéen K, d’une bibliothèque entièrement détruite par l'eau. Quand j'eus déterré de l’entrée son amoncellement de sable et de lœss poussiéreux, nous trouvâmes au seuil,age to set upclosed-minded)omeday when they are not drunk on the sound of their own voices).g to le cadavre desséché d'un moine bouddhiste assassiné, ses vêts rituels tout tachés de sang. La pièce entière où menait cette porte était couverte d'une masse d'à peu près soixante centimètres de profondeur, qui s’est prouvée des restes de manuscrits manichéens. L'eau de lœss avait pénétré ces papiers, les avait collés ensemble et, dans la chaleur accablant de l'été ordinaire par là-bas, avait rendu en lœss tous ces livres inestimables. J'en ai pris quelques échantillons et les ai soigneusement séchées dans l’espérance d’en sauver quelques-unes. Mais ces pages séparées se sont émiettés et sont tombés en petits fragments sur lesquels on pouvait encore distinguer des traces de traits admirablement calligraphiées, entremêlés de traces de miniatures exécutées en or, bleu, rouge, vert et jaune. Un énorme trésor fut perdu là... » Albert Von Le Coq, Trésors enterrés du Turkestan chinois, Oxford University Press, Oxford, New York, Toronto, 1985, p. 61; par autorisation d'Oxford University Press.

 

La ruine en question fut appelée Khocho, Ephesus, Dakianus, Idikuchahri, Kao-chang et Karakhoja : cette chaîne de noms révélant l'arc-en-ciel de peuples qu’elle eut logé dans le temps. Du reste, je ne traduirai pas ce chapitre dans son entièreté, n’ayant aucune envie de deviner ni l’appellation en français ni le genre de toutes ces vielles villes et anciens pays le nom desquels je n’ai pu trouver dans aucun dictionnaire bilingue.

Von Le Coq, un allemand d'extraction huguenote française, eut la bonne fortune de disparaître avant la seconde guerre sic mondiale. Avant et après la PMG sic, il avait soigneusement ramené des quantités énormes – de quoi remplir des musées entiers – d'art inestimable, de manuscrits et de trésors abandonnés sur la route des soies ; sinon les aurait-il pillés selon ton point de vue. Pendant la DGM sic, ces trésors furent incinérés sous une grêle de bombes pyrogènes alliées. D’innombrables écoles, bibliothèques, musées, maisons d'adoration, dépôts de manuscrits, et traditions orales furent annihilées concurremment. Cette annihilation se perpétue alors qu’on en discute sereinement.

Ce chapitre est un aperçu désinvolte de la destruction d’anciennes archives et bibliothèques. Dans de nombreux cas, la seule mention d'empires et de villes capitales demeure le dernier indice de collections disparues. Ces archives ont pu détenir des pièces vitales de notre puzzle de données. On est tellement futé, personne n’est parvenu à retrouver le destin de la plupart d’entre elles.

Selon Le principe de Lucifer, par Howard Bloom, les êtres humains se coagulent dans des « super organismes » sociaux, parfois fondés sur leur partage de gènes et de géographie mais plus souvent sur le leur de memes : « théories, cultures [et] visions du monde. » Richard Dawkins inventa l’expression « meme » dans son livre, Le gène égoïste, Oxford University, 1976. L’implacable compétition entre ces super organismes de meme provoque la plupart des mauvaises habitudes de prisme. La dissémination d'Apprenti et de textes semblables est un assaut en escalade contre le plus dominant de nos memes culturels : la mentalité d'armes.

Tracer l’affaissement des grandes bibliothèques, ce serait un peu comme répondre à l’énigme zen : Quel son rend la chute d'un arbre si personne n’est là pour l'entendre chuter ?

 

Dans son livre, Famine: A Short History, (Princeton University Press, Princeton, NJ, 2009, p 36,) Cormac Ó Gráda note combien peu de famines sont enregistrées dans l'antiquité. Il poursuit l'hypothèse que les famines totales ont du être relativement rares dans le passé et celles qui ont eu lieu, pour la plupart de courte durée et non pas des « correctifs démographiques » malthusiens. Sinon auraient-elles martelé une telle brèche dans la population locale à base d'agriculture de subsistance et donc au taux de remplacement minimal, (planant la plupart du temps juste par-dessus 2.1 enfants par femme : rare le vieillard de quarante ans, point du tout rare la fulgurante mortalité infantile) que l'extinction n'aurait pu être évitée, du moins à l'échelle régionale.

De même, Encyclopedia of Plagues and Pestilence, (George Kohn, Ed., Facts on File, Inc., New York, NY, 1995) énumère seulement deux douzaines d’épidémies avant 1000 de l’EC, quatre cents et demi depuis, dont les deux tiers aux 19ème et 20ème siècles.

Même s'il est impossible de prouver un négatif par la simple absence de preuves, je ne permettrai pas à cela de me restreindre, du moins jusqu'à ce qu’une contre-preuve factuelle ne me soit offerte. Entre temps, une conclusion inédite me semble évidente.

Non seulement furent persistants les anciennes famines, les épidémies de suite et le chaos social en résultant, mais pareillement hyper-létales (près de 100 % de pertes dans les cas de répétitions pluriannuelles) donc dévastatrices pour des milieux urbains partageant la même biorégion climatique. Il est rare de trouver des enregistrements de pestes et de famines dans le passé, non pas parce qu'elles étaient douces et rares, mais si fréquentes et meurtrières que presque aucun dossier n’en survécut. Quand une civilisation urbaine se serait effondrée, ses documents écrits auraient pourri sans surveillance, à moins d’être incisés sur de massifs monuments en pierre. La plupart de ces gravures auraient réfléchi les jours gras lors desquels elles furent inscrites, ce qui est effectivement le cas pour celles déterrées.

Des chercheurs ne cessent de parler d’un taux maximal de pertes d'un tiers pendant la Peste en Europe, citant les quelques registres de recensement qui restent de villes (relativement) géantes de l'époque. Personne n’indique le fait que la population urbaine ait pu être remplacée à plusieurs reprises par des survivants venus en ville depuis la campagne dépeuplée. Le tau de mortalité régionale, multiplié par la famine et le chaos militaire qui dussent suivre, aurait pu approcher 100%. Il aurait abattu la plupart des originaires de ces villes et leurs scribes les plus efficaces là où la peste fut constamment renouvelée par l’afflux de réfugiés ruraux. Les ultimes détenteurs de ces registres, une fois que le compte des morts aurait dépassé son apogée, sauraient eu d'autres choses en tête que l’énumération de chaque nouveau cadavre et le résumé de chaque survivant. Ainsi la projection optimiste d’une mortalité d’un sur trois aurait pu se doubler ou tripler en réalité, sans que l’on en sache rien.

Les anciens registres funéraires sont encore plus trompeurs, car on aurait assez commodément disposé de cadavres trop nombreux dans des bûchers funéraires improvisés, des enterrements sans dossier en arrière-cour et du dumping par voie d’eau au lieu d’enterrements orthodoxes et bien enregistrés.

Le prof. Ó Gráda décrit la gravité de la famine en fonction du nombre de mauvaises saisons agricoles en succession dont la sécheresse et l’inondation auraient gâché la récolte. En d'autres mots, une seule mauvaise année fut difficile : le prix des aliments a explosé ; beaucoup plus de pauvres ont expiré que d'habitude (soit qu’ils tombaient d’habitude comme des mouches) ; les meilleurs gouvernements eurent des difficultés à fournir des secours ; les pires, un simulacre sadique de l'ordre public ; et il y eut d’importantes recrudescences de rapacité vers le haut et de larcin d'en bas. Deux années consécutives furent désastreuses : des défunts en grands nombres parmi les jeunes et les vieux de toutes classes, des épidémies s’agrippèrent à cause de l’immunité affaiblie des masses à cause la famine, des élites en général ont lâché prise en désespoir et se sont enfuies pour infecter des citadelles périphériques. Etant donné des mauvaises récoltes tri-annuelles, la société se serait tout simplement effondrée : plus personne pour enterrer les morts, pour cultiver ou récolter, voire poursuivre une vie civilisée. S'aurait été chacun pour soi ; l’anarchie psychopathe rendue infernale par des actes de cannibalisme de plus en plus routiniers. Quatre années consécutives sinon davantage et il n'y aurait eu plus rien à consolider hormis une troupe de survivants traumatisés subsistant (littéralement) de la main à la bouche dans des ruines désertes.

Outrepassant ses bornes morales, esthétiques et culinaires, le cannibalisme n’offrait aucune solution durable. Elle magnifiait l'infection entre-humaine et abattait davantage de travailleurs précieux que ceux qui s’en seraient nourris, dans un monde qui marchait à base de laboure humaine et pas grand-chose de plus. Ce n'aurait jamais été viable dans l’absence de récoltes alimentaires suffisantes sur place pour le rendre redondant, comme indiqué par les civilisations pré-colombiennes dont de nombreuses villes antiques se dressent vides à présent, même si elles avaient logé des dizaines de milliers ou davantage auparavant. Les ruines de telles villes grêlent le monde, comme les plaies d’une victime de la variole. Presque toutes nos grandes villes sont sous-tendues par plusieurs couches d’anciennes ruines autrefois fleurissantes qui ont laissé une moquette de cadavres ; encore plus de ces sites sont inféconds d'une ville moderne.

Des essaims de routiers ont pillé à volonté : soit des cannibales locaux ou des vandales non-cannibales de provinces moins infectées. Un seigneur de guerre en herbe avec sa horde de tapageurs se serait emparé de la région presque sans résistance, pillant et brûlant partout, abattant tous sauf des femmes nubiles, s’installant en permanence, marchant au travers ou dépérissant du mélange des maladies locales.

Ces jours-ci, les épidémies historiques sont presque toutes décrites comme des manifestations d'une seule maladie, (peste, typhus, typhoïde, fièvre jaune, variole, grippe, paludisme, encéphalite, etc.) Assez souvent, les signes et symptômes soigneusement décrits dans le moment ne coïncident plus avec aucune maladie connue aujourd'hui. Il est plus probable que de nombreux agents létaux, qui avaient longtemps mijoté endémiques dans la population locale, se sont combiné pour occire les zombies immunodéprimés par la faim avec un nouvel ensemble d'afflictions redoutables.

 

Ce n'est que récemment que les phénomènes suivants ont émergé :

·       des populations cosmopolites, les survivants d'une longue série d'épidémies partout au monde, un peu mieux immunisés contre des pandémies nouvelles ;

·       le soutient mutuel de centres urbains si bien répandus qu'ils peuvent tirer force de ceux en dehors de la zone de destruction biorégionale ;

·       des élevages d’une telle diversité que l'échec d’une seule fragile récolte primaire serait compensé par les autres, davantage robustes ;

·       des populations régionales si denses que les pertes en masse locales seront remplacées par une immigration massive ; et

·       une direction bien instruite et si nombreuse que ses survivants peuvent reprendre les rênes de la gouvernance civilisée.

 

Par la suite :

·       des mesures de santé publique (vaccinations, antibiotiques, savon et eau propre et chaude, donc de l’hygiène) qui ont pratiquement éliminé la réapparition d'anciennes épidémies, du moins dans des populations assez riches pour avoir « maîtrisé » leurs conflits mortels ;

·       des populations importantes d’une naïveté épidémiologique donc énormément vulnérables aux nouvelles pandémies (èbola, SRMO, grippe) ;

·       des industries alimentaires mondialisées, spécialisées dans des monocultures industrielles, donc accouplées de façon trop proche et pour autant vulnérables aux intempéries et aux nouveaux fléaux de plantes alimentaires ; et

·       l’ingénier génétique capable de coudre sur mesure des fléaux neufs d’une létalité absolue, et des terroristes de fin du monde qui ne s’inquiètent pas de s’en servir contre tout le monde, leurs « proches » inclus.

 

Par ces moyens récents, la menace de peste et de famine a reculé d’un brin, mais a retenu sa potentialité de ré-émerger encore mille fois plus létale. Du moins depuis les siècles les plus récents, dans les régions peuplées du monde, le climat s’est rendu si doux que de telles catastrophes ne se sont manifestées que comme des hoquets momentanés et limitrophes dans une boucle de multiplication humaine toujours en accélération. Le réchauffement climatique sera susceptible d'inverser cette tendance climatique et le taux de croissance humaine, à notre dol catastrophique.

C’est ainsi que nous avons été enseignés à ignorer la prochaine série de catastrophes décennales touchant des continents entiers, non moins nous barder contre leur effet. A cette date, les gouvernements de la Terre auraient dû se mettre à entreposer des réserves alimentaires comme des écureuils frénétiques, comme le fit Joseph au bénéfice de Pharaon.

 

Si ça t’ennui de lire une longue liste de dates et de noms de lieu, parcours les quelques paragraphes qui suivent et saute le reste de ce chapitre. Tu commenceras à entrevoir des fentes énormes de mémoire qui ne peuvent être outrepassées ni comblées. De prodigieux trésors de données ont sombré en oubli total. Celles paisibles, peut-être obligatoires pour notre bien-être, ont disparu en taux alarmants, presque aussi vite que des Apprentis ont pu les acquérir.

Scrute tes alentours et souviens-toi que l’on se met à table devant une géante pizza super luxe qui s’étire jusqu’à l'horizon, puis à l'infini, entassée d’écimages et de délicatesses savoureuses. Pourtant demeurons-nous affamés, car nous focalisons notre attention sur une seule petite tranche de cette tarte, d’un petit degré d’étroitesse, carbonisée au noir et rongée à nu : la terre en armes et ses supports périphériques. Le restant illimité ? C’est le monde en paix que l’on insiste à pousser hors de notre vue, de notre portée et de notre esprit ― comme de la fausse science, de la magie, du rêve et de l’utopie.

 

Ce chapitre lustre des vastes étendues d'espace-temps. Trop souvent, des contes de destruction ont accru à tel point impudiques et redondants que j’ai dû en abréger, en condenser et en sauter la plupart. J'ai contesté la myope vision du monde héritée de mon instruction occidentale. D’après elle, l'univers figure comme une cible idéalisée de jeu de dard proposé comme de suite. La noblesse caucasienne et sa haute bourgeoisie, leurs flagorneurs et satiristes occupent un mille géant de glorification exhaustive ; les pires assassins et pirates de l'histoire sont honorés de saluts cérémonieux ; l’étude intensive est faite des tribus de guerre juives, grecques et romaines ― à l’exclusion de tous les autres.

Même ces tribus éminentes ont perdu 99% sinon plus de leur littérature.

Un inventaire inflexible de romans d’opéra de lessive et de calembours philosophiques, (les grands livres, à quelques exceptions près) a été sélectionné pour son ennui fracassant, son verbiage labyrinthique, (voir Kant, Marx et al.) son réductionnisme biographique, son insignifiance redondante et son obscurantisme autoritaire. L'ultime utilité de cet inventaire peut être résumée ainsi : il fournit un ardu parcours d'obstacle aux étudiants d’école supérieure, aussi un code culturel complexe, les éléments duquel des élites d’armes peuvent se troquer avec enthousiasme et sans jamais finir, sans jamais parvenir à expliquer leurs pires contradictions sociales. Cet écran de fumée grasse qui n’enseigne strictement rien de significatif, quel recueil de génie pur ! Alors que nos vrais textes d’Apprentissage ont disparu.

Une poignée de textes religieux âgés de milliers d’années, ont fourni de l’embauche sécurisée pour des anciens rédacteurs publicitaires qui ont  enveloppé leur ignorance en ambiguïté. Des fondamentalistes contemporains nous honorent avec leurs interprétations « littérales » de valeur et de clarté comparables.

Des technologies bornées par des armes sont analysées avec précision microscopique, ainsi que le dogme scientifique squelettique qui les soutient ; ensuite sont-elles déclarées les seules certitudes dans l'univers. Je n’ai jamais entendu formuler si obstinément de telles sottises depuis, peut-être, Lagash. Entre-temps, très peu de textes ne restent à propos de la destruction de l’ancienne pensée … ni de la paix en général, du reste : peut-être les sujets les plus importants et les moins bien documentés sur terre.

Les dates historiques paraissent fluctuer en proportion du nombre d'historiens consultés et à l’inverse de leurs expressions de certitude. Par égard à la commodité, je me suis servi de la dernière date référencée, à condition qu’elle ait tenue bon avec les événements adjacents. J'ai invoqué Procruste quand des dates ont dû être égalisées pour tenir ensemble. Déchiré entre la relation temporale de ces événements et leur stricte chronologie, je crains leur avoir rendu pareille violence.

Mes remerciements à Hammond Past Worlds: The Times Atlas of Archaeology; Encyclopedia of Library Science; The Timetables of History – The New Third Revised Edition par Bernard Grun; Timelines of War: A Chronology of Warfare from 10000 BC to the Present par David Brownstone et Irene Frank; The Encyclopedia of Military History par les frères Dupuy; Joseph A. Tainter, The Collapse of Complex Societies; Grousset, The Empire of the Steppes: A History of Central Asia, traduit par Naomi Walford ; et War and the World: Military Power and the Fate of Continents par Jeremy Black; et The New York Library Book of Chronologies par Bruce Wetterau. Ces textes m’ont fourni de multiples chronologies et références croisées, comme l’ont d’autres cités en sus. Aussi, celui de Beck, History of Ethics Chronological Index a rempli beaucoup de mes lacunes ; il est disponible à http://www.san.beck.org/AB-Chronology750-1300.html.

Ces textes et d'autres cités en dessous m’ont fourni beaucoup de références et de chronologies ; encore plus n'ont pas reçu la mention qu'ils méritent. Je crains les avoir lus avant de débuter la documentation sérieuse de mes recherches. Je suis né ne sachant aucune de ces rubriques ; j’aurais donc dû les annoter toutes.

 

Les anciennes villes ont formé des tas séquentiels de ruines fondés sur une combinaison d'eau douce, de récoltes dignes de confiance, d’opportunités économiques et de terrain défendable en localité ainsi que d’accessibilité régionale. D’habitude, une voie d’eau navigable dut fournir une autoroute naturelle pour l'ancien transport de charge, une source fiable pour une grande quantité de protéine de la meilleure qualité : la pêche, ainsi qu’une ultime voie de nettoiement pour les pires déchets urbains.  De telles furent exigés pour sustenter une vraie ville : chacune construite sur les ruines de celles préexistantes et peut-être d’élégance supérieure ?

Pour chaque collection disloquée de textes récupérés du passé, des centaines de bibliothèques royales et des milliers d’histoires à l’orale n’ont pas survécu. On a oublié un nombre incalculable de guérisseurs pré-écrits, de bardes, de scribes, de sibylles, de chamans et de mages, tant bien que d’auteurs, de rédacteurs et de bibliothécaires conventionnels. Eux tous commémorèrent la sagesse de leur peuple, eux tous furent oubliés.

Par exemple, des 142 rédigés par Livie, il ne reste que 35. Il fut parmi les mieux documentés des anciens historiens romains. Tu trouveras quelques autres exemples dans ce livre ; faudra imaginer beaucoup plus dont aucune documentation ne subsiste. Quant tu lis ce chapitre, tu devras imaginer d’innombrables archives réduites en cendre et poussière, penser aussi d’exquis poèmes et pièces de conviction, de médecine, de psychologie, de botanique, etc. – des civilisations préhistoriques plénières, commémorées autant à l’oral qu’à l’écrit – tues à jamais.

Souviens-toi que pour la majeure partie de l’histoire, des soldats n’ont été payés qu’avec des armes, des rations et du butin (et, assez souvent, leur carence.) Là où des anciennes armées ont marché, la misère suivit de près avec les non-combattants du camp.

Rappelle-toi aussi que la tyrannie de Saddam Hussein fut en grande partie intermédiaire comparée à la plupart de celles plus vieilles, et que ses nombreux crimes et persécutions n’ont à peine équivalu à ceux d’antiques seigneurs de guerre. La rancune et les fantaisies de rachat de dette ont dû empester tout autant parmi les habitants d’anciennes villes, que des rêves d’Ali Baba : s’emparer vite du trésor alors que personne ne tint la garde. De ce fait, quand le « changement de régime » créa un grippage par vapeur momentané dans la transmission du pouvoir, des criminels locaux ont dû se soulever en émeute, pillage et arçon, comme les pires des habitants de Bagdad l’ont pratiqué quand ils en ont trouvé l’opportunité. Tout le butin urbain que des armées n’auraient pas détruit ou emporté, des survivants locaux auraient pillé.

 

J'ai entrepris de noter la destruction d'autant de grands patelins que j’ai pu découvrir. Mais ne présume pas que la paix ait régné ailleurs pour la seule raison que je n’ai pas signalée de guerre dans ce continuum d’espace-temps. Au fond, aucune civilisation n'a su éviter la guerre pour beaucoup plus qu'une génération. Regarde-nous qui ne l’ayons pas réussi. Nous autres : tellement avancés et amateurs de paix !

La catastrophe naturelle s’est souvent abattu sur des civilisations entières. Quelque part au monde au moins tous les cinq ans le long des derniers quelques milliers d’années, une importante collection de données a souffert un dégât considérable en même temps que sa population maîtresse. Assez fréquemment, des civilisations indépendantes se sont écroulées simultanément à travers la planète, peu importe l’écart entre leurs villes.

Alors que quelques inscriptions vantardes et grands registres de butin ont permis des fois aux graisseux seigneurs de guerre d’enregistrer la dévastation résumée ci-dessous, aucun Apprenti lettré n’a nécessairement survécu pour regretter à l’écrit la terminaison de sa civilisation remarquable. De telles ont sans doute été entièrement gommées de la mémoire humaine : probablement la majorité et certainement celles les plus paisibles.

 

Selon Rick Potts, dans Humanity’s Descent (La descendance de l'humanité,) William Morrow and Co., New York, 1996, pp. 201-203, l’objet symbolique le plus ancien serait une figurine féminine sculptée d'un caillou exotique déterrée d'une creuse israélienne datée de 230.000 ans. L’on a trouvé en 2003 une lame de silex admirablement taillée, placée dans un creux funéraire datant de 300.000 ans, aussi celles moins bien œuvrées depuis 500.000. En 2008, on a trouvé des traces vieilles de 790.000 ans d’un feu fait exprès ; puis datant de deux millions et demi d’années en Afrique, des outils reconnaissables de pierre ébréchée et des bifaces mieux développés. Toutes sortes de trousses d’outils de poigne spécialisés ont évolué il y a environ 150.000 ans, comprenant le trafic régional de certaines pierres favorisées. Depuis 130.000 ans, des néandertaliens sculptèrent, encochèrent et gravèrent des os et des dents d’animaux. Des symboles reconnus humains se sont répandus depuis à peu près 40.000 ans, et leur diversité a explosé il y a environ 18.000, quand des flèches climatiques de glaciers menaçants au Nord et de déserts givrés au Sud ont refoulé dans le croissant fertile les survivants humains.

Nos ancêtres humains et préhumains ont été martelés sans merci. Nous sommes la progéniture mise à l’enclume de l'histoire : pliée et battue en mille feuilles comme le meilleur acier d'épée japonais ou la patte d’un napoléon. L’ADN humain fut brutalement projeté à travers des goulots génétiques qui ont annihilé toutes sauf une poignée de lignés de descendance. Ces épreuves nous ont été infligées si souvent que nous sommes effectivement devenus durs, tranchants et friables, ainsi que des frères et sœurs proches, les sept milliards d’entre nous.

Des codes personnels, des aides mémoire et des écrits dépéris ont pu guider des civilisations néolithiques, (depuis 10.000 à 50.000+ années) paléolithiques, (encore plus vielles) ou prèhumaines.

Après tout, les quelques baleines bleues qui subsistent de nos jours partagent à travers la planète des chansons qui durent toute la journée et varient selon la saison. Est-ce que leurs chants démontrent une culture avancée mais démunie de technologie dite « dure ? »

Mis à part quelques bibelots, murales de caverne, ficelles nouées et sites d'enterrement, nous ne reconnaissons aucun registre ni marque de culture d’une telle vieillesse. L'ampleur de notre arrogance est stupéfiante, équivalant à la profondeur de notre ignorance.

Denise Schmandt-Besserat a publié son idée géniale dans Avant l'écriture, volume un : Du comptage au cunéiforme, University of Texas Press, Austin, 1992. Elle découvrit que des jetons d'argile furent employés comme des aides de compte et de mémoire, bien avant le  développement de l'écriture telle qu’on la reconnaît (de 8.000 à 4.000 AEC – avant l’ère chrétienne.) Les premières transcriptions furent des inventaires en code inscrits sur des enveloppes en argile contenant ces jetons. De telles ont été découvertes dans maintes creuses préhistoriques ; elles ont figuré parmi les premiers objets façonnés en argile. Jusqu'à leur découverte, on n'avait jamais présumé l’existence de telles écritures préhistoriques : vanité humaine typique.

Dans Le calice & la lame, Riane Eisler présente un cas impérieux. Elle base son interprétation sur l’œuvre de Marija Gimbutas, The Language of the Goddess: Unearthing the Hidden Symbols of Western Civilization (Le langage de la déesse : Déterrant les symboles cachés de la civilisation occidentale,) 1989, Thames and Hudson, London.

Il y a une dizaine de milliers d’années, des sociétés matrilinéaires adoraient la Déesse. Ses adeptes occupèrent des sites non fortifiés à travers l’Europe, l’Anatolie et le Moyen-Orient. Apparemment, ces gens se divisaient selon les articles qu’elles déposèrent en sépulture : le peuple des cruches et celui des haches. Ceux-ci enterrèrent avec leurs défunts des cruches (à boire ?) en métal malléable, et ceux-là des hachettes à la lame de pierre mince et circulaire en demi- ou quart de lune, donc fragiles et inefficaces comme armes.

Leurs villages furent affectueusement situés pour de belles vues, des champs fertiles et de l’eau douce située tout près ; leurs demeures de bonne qualité constante et de dessein étonnamment courant. Elles se vantaient de pièces multiples aux murs blanchis, de portes à verrouille, d’étagères par-dessus la tête et de fenêtres à membrane claire. Leurs grains furent entreposés dans des creuses soigneusement revêtis d’argile, ce qui scellait l'humidité en dehors et au-dedans des gaz de fermentation nuisibles aux insectes.

Est-ce la raison que les gazeuses et les bières descendent si bien avec notre mal bouffe ? Leur contenu de Bioxyde de Carbone nuit-il aux méchants organismes qui provoqueraient de l’indigestion autrement ?

De l'Europe et de l’Asie occidentale aux nombreux sites en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des dépouilles furent trouvées couvertes d’ocre rouge, et des creuses d'enterrement remplies de fleurs. Beaucoup de figurines féminines stylisées ont fait surface, ainsi que des têtes sculptées de taureau, des crêtes de lune et des haches à tête double, celles-ci fabriquées de minces billets de cuivre, (c'est-à-dire ornementales et inopérables comme armes.) En grande partie absentes : des emphases élitistes telles qu’armes, armures et fortifications urbaines.

C'est à savoir, comment ces gens auraient disposé des sociopathes et des psychopathes que projette inévitablement la génétique humaine si laissée sans modifications. Est-ce que les plus sournois parmi eux ont pu être exilés dans la nature, et leurs  survivants, se propager sur les steppes eurasiennes et former les hordes meurtrières décrites en bas ? Sinon, je crains que ce culte de la déesse ait pu impliquer le sacrifice sélectif des êtres humains les plus ternis.

Ce culte reflétant peut-être à une civilisation précédente et supérieure, noyée depuis ?

 

 

Robert O'Connell a conjecturé, dans Ride of the Second Horseman: The Birth and Death of War (Chevauchée du second cavalier : L’enfantement et le décès de la guerre) l’origine des êtres humains en tant que chasseurs charognards paisibles et entièrement libres, du type Bushman.

Ils auraient d'abord élevé avec grand dévouement un petit nombre d’enfants en adultes sains et sagaces. Ensuite sont-ils tombés victimes du piège des plantations. En échange d’une source de nourriture un peu plus fiable, cela leur exigea labour interminable au dos voûté, soumission inhabituelle aux chasseurs à de tels travaux pénibles, et hyperactive fertilité féminine.

Piégées dans cette plantation, les femmes ont dû faire naître trop d'enfants. Ainsi se sont-elles trouvées trop abusées, dégradées et surmenées pour leur rendre des soins adéquats. Par exemple, l'allaitement prolongé était une méthode naturelle de contrôle des naissances avant le piège des plantations, abandonnée depuis ; aussi assurait-il que la plupart des enfants recevraient des attentions et des caresses prodigues au cours de leurs cinq premières années.

Des bébés portés à la hauteur d’adulte associeraient naturellement cette perspective au monde, beaucoup mieux qu’ils ne l’apprennent aujourd’hui rampant par terre et poussés en landau. Portés et caressés à partir de l’âge le plus tendre pendant toutes les heures en éveil, ils auraient grandi pourvus d’ossature, de musculature et de système immunitaire davantage robustes, ainsi que des filets neuraux beaucoup mieux développés.

Le piège des plantations retira ces bénéfices habituels aux chasseurs glaneurs à cause de l’épuisement et de la négligence des parents en raison de leur surmenage. Ces problèmes se sont aggravés sous la gérance de l’hydro-agriculture au niveau villageois, ce qui nécessitait une main-d’œuvre encore plus intensive, et se seraient finalement rendus intraitables par des gens libres quand des civilisations hydrauliques et leur gérance esclavagiste – les organisations d’armes dont nos historiens s’extasient le plus – ont exigé des corvées saisonnières.

Peu importe la dure besogne de ceux attrapés dans le piège des plantations, la disette a suivi quelques années passagères de largesse. Tandis que la fertilité hyperactive multipliait la main-d’œuvre rurale, elle accéléra aussi la haute mortalité infantile. De tels fléaux se sont rendus inévitables grâce à la haute densité de population exigée pour l'agriculture. Somme toute, des écosystèmes trop durement cultivés se sont écroulés et la famine suivit de près. La guerre est devenue la méthode favorite de minuter ce moteur de gens aux mouvements cycliques de hausses et de chutes subites.

S'ensuivit la fente entre Caïn et Abel : le fermier et le gardien de troupeau. Note que, contrairement à nos préjugés, ce fut le fermier trouvé coupable dans ce conte biblique dont des nomades ont dû être les auteurs. Le vilain est toujours l’Autre dans de telles histoires, bien que, du point de vue psychostatistique, la moitié de tes amis potentiels appartiendront parmi les Autres et une fraction de tes vrais ennemis psychopathes, parmi les tiens. Note bien.

A propos, les bêtes d’exploitation ont incubé la plupart des épidémies humaines. Celles pandémiques ont dû attendre l’arrivée du monde urbain. Peu de maladies n’ont pu passer des animaux sauvages aux chasseurs glaneurs, puis circuler au-delà du site initial d'infection. Ceux-ci ont été trop isolés, la plupart du temps, comparés aux citadins. 

Je commence à me changer d’avis à ce sujet. La transmission d’épidémies globales par voie d’oiseau sauvage : telles à présent que la grippe aviaire, le virus du Nil occidental, etc., aurait pu frapper ces chasseurs glaneurs tout aussi durement. Faute d’un tabou compulsif leur interdisant la consommation d’espèces maladives – donc plus faciles à abattre en vol et piéger une fois échouées – celle-ci aurait présenté un danger mortel autant aux chasseurs glaneurs qu’aux citadins. Etant donné des cieux remplis d’oiseaux infectés et un maquis grouillant de charognards également maladifs, l’isolement relatif de ces chasseurs glaneurs, comparé au coude à coude des citadins, il aurait été sans rapport à ce problème épidémiologique. Autrement cette forme de maladie aurait pu se propager au moyen antédiluvien de moustiques : ces crasseuses piqûres volantes.

De toute façon, des gardiens de troupeau ont éprouvé grande misère en fin d'hiver quand leurs bêtes furent trop maigres pour être dignes de commerce. C’est alors qu’ils auraient été tentés de faire la razzia des communautés d’exploitation agricole et en arracher leur surplus évident. Cependant, rentrant chez eux surchargés de butin, ces larcins furent vulnérables à la poursuite rapide, à l’embuscade et aux représailles. D'après O'Connell, ils ont recouru à de l’ultraviolence à l’encontre du fermier villageois pour que son choc et mélancolie retardassent la poursuite. La réaction horrifiée du fermier fut de se fortifier derrière son mur de village. Ces clôtures se sont rendues en cocotte-minute de stress social, de peste et de tyrannie. Qui plus est, des fermiers fortifiés ont commencé à attaquer leurs voisins non fortifiés. En fin de compte, toutes ces communautés ont été rattrapées dans ce jeu sanglant. Ainsi conclut M. O'Connell.

Cet aboutissement aurait ressemblé à celui des anciens Iroquois. La guerre intertribale, nourrie par la surpopulation et des ressources en rabais, s’est rendue si brutale que le chaos anarchique finit par régir. Personne ne pouvait se hasarder sans risque au-delà de ses fortifications tribales pour glaner, puiser de l'eau, soigner la récolte et aller à la chasse ou la pêche. La malnutrition régit les huttes longues et le cannibalisme s’y rendit banal. Aucune mythologie guerrière n’a pu survivre de tels abus.

Les Iroquois ont enduré cette misère pérenne jusqu'à ce qu'ils aient prêté attention aux propos de leur forgeur de paix, Déganawida. Lui appartint à la tribu Huronne et aurait dû être considéré comme un étranger et une menace potentielle. Toutefois, quand il prédiqua pour la paix, l’abondance et la confédération, ils l’ont écouté et se sont dévoués à la réalisation de ses conseils. Ainsi surgit la plus forte des confédérations indiennes : les Six Nations, autogouvernées en paix interne pendant des siècles.

Enfin, le désaccord entre des isolationnistes, des pro-français et des pro-anglais ont rendu cette confédération la proie de la prédation occidentale et de ses épidémies. Les rédacteurs de la constitution américaine ont puisé de précieuses inspirations et modèles exécutifs des traditions politiques iroquoises ; la première constitution américaine fut enregistrée sur du wampum.

 

Riane Eisler diffère un peu dans sa description des premières manifestations organisées de la brutalité humaine. Depuis 5.000 ans AEC, des bandes de guerriers Kurgan ont envahi toutes les communautés non fortifiées d’adorateurs de la déesse. Il semble que celles-là ont exterminé tout le monde à l’exception des jeunes filles. Quelques palais imposants furent bâtis entre de nombreux taudis, inhumations de sacrifices humains, cachettes compliquées d'armes et palissades fréquemment incendiées. Ces fortifications perchaient sur des monticules et des escarpes branlants : également hideux, rudes, inaccessibles et inconfortables. La régie de la conscience morale humaine fut noyée dans le sang d’innocents. Notre culture ne s’est jamais vraiment remise de ce désastre global.

Des belles figurines modernistes remontent de 3.500 AEC sur les Îles Cyclades. D’autres fouilles d’objets de culte ont pointillé les rives de la Méditerranée.

L'adoration de la déesse survit à peine aujourd'hui : décimée à maintes reprises par décret patriarcal. Des élites sophistiquées d’armes tels que les nôtres ont dû exercer tout plein de patience rusée pour l’extirper. De nos jours, la désinformation remplace la brutalité ; les adoratrices de la déesse sont calomniées et banalisées au lieu d'être simplement massacrées.

Des chroniqueurs subséquents ont évoqué un « âge d'or » depuis longtemps disparu. Ils ont consigné les générations consécutives aux âges dégénérés de bronze et de fer correspondant aux matières premières d'armes retenues en main.

Les Védas de provenance indienne décrivent une succession d’époques (Youga) de durée encore plus étendue, se rassemblant en cycles de 25.772 années, chacun correspondant à la récession de l’équinoxe vernale : la rotation complète dans le firmament de l’axe polaire terrestre, aussi l’oscillation du plan des orbites solaires d’en haut jusqu’en dessous de l’équateur galactique et puis de retour, dont la science moderne confirme l’étendu chronologique.

L’humanité vient d’émerger de (de passer dans ?) le Kali youga : l’ultime et la pire de quatre époques, dont la moralité, l’empathie et la bonté ont pratiquement saigné à blanc comparée aux Youga précédentes. (En anglais) http://cycle-of-time.net/cycles_of_precession.htm.

Dans ce scénario, nous figurons comme les peuples de la dioxine issus de l’âge du plutonium, « à demi en argile et à demi en fer » d'après le cauchemar de Daniel dans l’ancien testament. Nous nous sommes rendus en êtres dégénérés, se sauvant des sabots acérés des quatre cavaliers auxquels nous avons cédé cette planète : famine, pestilence, guerre et trépas. Par contre, puisque nous nous sommes évidemment écrasés dans les ultimes profondeurs en ce qui concerne nos mœurs, il ne semble rester nul part par où aller sauf à la remonte. Priez remonter !

 

La civilisation chinoise a émergé presque mille ans après celle Nilotique et quelque milliers davantage depuis celle Dravidienne. La Chine néolithique et paisible semble avoir subi une dégénérescence analogue. La cultive du millet date de 8.000 AEC dans le Nord, et du riz, de 5.000 AEC au Sud. A partir de 3.000 AEC, une reconnaissable transition archéologique de la paix pastorale au chaos militaire a broyé la Chine sous les sabots de cavaliers nomades surgis de l’Asie Centrale.

Des découvertes récentes (2008) en Syrie démontrent que des céréales sauvages aient été amassées depuis 15.000 à 18.000 ans, donc avant le dernier maximum glacial.  http://www2.warwick.ac.uk/newsandevents/research_pushes_back/. Il est plausible que des communautés d’agronomie d’autant primitive seront déterrées dans l’avenir. Des fragments de pots datant du 16e millénaire AEC ont fait surface sur les îles japonaises de Tsushima, Kyushu et Shikoku.

 

La construction d'une série de terrasses a impliqué la levée jusqu’à 885 mètres sur le mont Gunung Padang de plus d'un million de tonnes de blocs en pierre moyennant 300 kilogrammes pièce à partir d'une carrière inconnue. Ces rares masses sont lithopones : elles sonnent de leur propre musique, telles que celles à Stonehenge. Ce mystérieux « Haut lieu du soleil » indonésien date de 14,000 AEC. www.newdawnmagazine.com/articles/mankinds-cradle-of-civilisation-found-in-java

Sur la colline de Visocica en Bosnie-herzégovine (près de Sarajevo) un group de pyramides atteignant jusqu’à 220 mètres de hauteur ‒ donc plus hautes que celles à Gizeh en Egypte ‒ fut fabriqué de béton d’une haute qualité insolite. On a récemment dépouillé ses quelques centimètres de terreau superficiel. L’ensemble paraît dater de 12.000 ans. http://www.smithsonianmag.com/history/the-mystery-of-bosnias-ancient-pyramids-148990462/?all

A Nan Madol, 250 millions de tonnes de basalte prismatique et des milliers de mètres cube de corail furent empilés pour former des tours et des cours atteignant jusqu'à huit mètres par-dessus le niveau de la mer pour former 96 îles artificielles sur une superficie de plus de 18 kilomètres carrés. L’exact datage géologique est interdit par sa situation distante sur un archipel dans le Pacifique occidental et ses structures en pierre sur l'île de Pohnpei.

Des centaines de menhirs équarris ont été découverts en 1994 à Gobekli Tepe en Anatolie. Ces pierres, empilés l’une sur l’autre en forme de T, sur lesquels ont été sculptés des frises en haut relief d’animaux et de formes humaines (?) stylisées, datent d’au moins 9.000 ans et donc de 7.000 AEC sinon auparavant : avant même l’ère de l’agriculture reconnaissable. http://en.wikipedia.org/wiki/G%C3%B6bekli_Tepe.

Parmi les plus anciens villages néolithiques connus, Catal Huyuk se trouve, elle aussi, en Anatolie. Fondée environ 7.000 AEC, des dessins, sculptures, outils, armes et même une carte de ville y ont été trouvés.

Mehrgarh, ville primordiale dans ce qui est maintenant le Pakistan, fut fondée au 7e millénaire de l’AEC. Lepenski Vir, aux portes de fer du Danube, fut occupé environ 6.000 AEC. Ses habitants furent des villageois chasseurs glaneurs avant de se rendre en fermiers, établissant donc la possibilité de cette transition. Des tribus indiennes sur la côte Nord du Pacifique (parmi les plus prospères en Amérique) dont les communautés fixes se sont fondées sur la pêche au saumon en plus de la chasse et des cueillettes forestières. C’est à savoir, combien de communautés à base de la pisciculture et de jardinage ont été annihilés aux mains de rivaux militaristes agriculteurs ou pastoraux.

Le village le plus ancien découvert en Europe est Provadia en Bulgarie, qui date d’entre 4.700 et 4.200 de l’AEC. Ses 350 habitants entretenaient une bouilloire à sel qui leur procura une cache d’or. Ils ont dû se protéger derrière un mur de périmètre en pierre haut de trois mètres et de 1,8 mètres d’épaisseur. La richesse rarissime, l’insécurité croissante et l’hystérie en panique ont figuré comme compagnons tenaces dans l’histoire.

Dans une creuse à Buthiers-Boulancourt au sud de Paris on a découvert un squelette datant de 4.900 AEC. Son avant-bras fut amputé chirurgicalement et le patient survécut pour au moins quelques mois. L’absence de traces d’infection corporelle indique que l’opération eut lieu dans un champ stérile, figurant aussi l’emploi d’une sorte d’anesthésie.  http://www.theepochtimes.com/n2/content/view/38229/

Aux alentours de Varna en Bulgarie, une civilisation dite « d’ancienne Europe » évolua à partir de 5.000 AEC tout un commerce de cuivre purifié à grande chaleur et exporté jusqu’à la Volga, avec de la bijouterie de coquilles Spondylidés importées depuis la mer Egée, et d’autres arts et métiers remarquables. Si tu souscris à l’avis dégénéré que des sociétés hiérarchiques doivent être forcément supérieures à celles égalitaires (sauf du point de vue militaire) celle-là avait déjà franchi ce seuil.

Arslantepe (Porte du Lion, en turque) fut fondée environ 4.250 AEC. En 4.000 AEC, un grand temple y fut bâti et consacré à l’entretien et distribution de vivres. Des céréales avaient déjà été cultivées depuis trois mille ans en Anatolie et au moins mille ans auparavant en Palestine. Arslantepe a été abandonné environ 610 AEC, pendant l’effondrement de l’empire assyrien.

 

 

Les premières traces humaines au nouveau monde datent de 15.000 dans le passé, et peut-être de 200.000 ans auparavant. http://www.humanjourney.us/america.html

La première civilisation américaine dont nous retenons des indices date d’il y a environ 5.000 années, donc de 3.000 AEC. Le « premier » site de la civilisation urbaine est récemment supposé être Caral, à deux cents kilomètres au Nord de Lima. Ses ruines ont révélé de l’architecture monumentale et de l’agriculture irriguée datant de 2.627 AEC (donc les contemporains d’équivalents en Egypte.) Le site de Norte Chico a été déterré sur le plateau péruvien ; il dura 1.200 ans, avant que ses habitants n’aient déménagé vers l’intérieur au Nord et au Sud dans des vallées plus spacieuses et se soient convertis de la pêche et du jardinage à la cultive plus intensive du maïs. http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn6829.

 

Les premiers documents reconnus débutèrent avec un calendrier égyptien qui date (littéralement) de 4.241 AEC. Des textes védiques indo-aryens ont pu être beaucoup plus âgés, étant donné ses anciennes observations astronomiques. Ces Védas furent transmis par récitation miraculeusement libre d’erreur à travers des milliers d'années d'analphabétisme absolu. Des textes védiques intégraux ont disparu en transit, sans doute parmi ceux les plus paisibles.

L'Egypte s’unifia pour la première fois aux environs de 3.100 AEC. Protégé par le vaste vide du désert, les proto Egyptiens ont enduré de nombreuses guerres civiles y compris une lacune de sept cents ans recensée à frisson « l’Anarchie. » Son pouvoir national s’est finalement consolidé le long de l’étroite zone d'inondation du Nil. Dans cette bordure, la construction d’enclaves urbaines fut formellement interdite en faveur exclusive de l’agronomie. Nous verrons si les Egyptiens regrettent d’avoir désobéi une ordonnance si stricte.

L'Egypte a été la victime de multiples razzias ; envahie et occupée, puis libérée des Nubiens et de leurs alliés du Nord, les Hyksos, de 1.800 à 1.600 AEC ; des gens de la mer, de 1.200-1.170 AEC ; des Philistins et des Ethiopiens en 730 AEC ; puis des Assyriens et des Libyens en 671 AEC. Environ 661 AEC, ces Assyriens sont parvenus à saisir Thèbes, la capitale égyptienne datant de 2.100 AEC, avec son temple géant d'Ammon. En 605 AEC, Babylone refoula les armées égyptiennes de la Syrie et la Palestine.

A l'époque, dans ce qui reste des anciennes villes que nous sachons « lire » rien n'existait que des palais, des casernes, des taudis/ateliers et des bazars. Pendant des millénaires, le temple local servit comme banque, hôtel de monnaie, monastère, chiromancie, géomancie, bureau de poste, entrepôt, grossiste, hôtel, bordel, musée, bibliothèque, maison d'édition, agence publicitaire, bureau de journal, station radio, cathédrale, théâtre, casino, maison d’hébergement, observatoire, hôpital, université, et sans doute d’autres fonctions oubliées depuis. Si tu appréciais la curiosité, l’imagination et la camaraderie, la prêtrise était le seul jeu en ville, en dépit de sa tendance encastrée de réaction.

Quel aurait été le taux d'usure d’anciennes archives égyptiennes ? Imagine la facilité avec laquelle ont dû disparaître, le long de centenaires sinon de mois sans loi, des voûtes remplies de papyrus et d'argiles comprimées. De la poussière transformée en argile ; puis passée au feu, au sang et à l’inondation ; pour en revenir à la poussière.

 

L’ultime bibliothèque égyptienne gît, peut-être intacte et celée, sous le lit du Nil à la hauteur des pyramides de Gizeh. Son emplacement doit être indiqué de façon énigmatique par une correspondance géométrique entre ces pyramides et les étoiles de la constellation d’Orion. Dans ce cas, le Nil prendrait la place de la voie lactée. Sa disposition, scellée et inondée sous les fleuves du Nil, serait marquée par la plus brillante étoile dans l’intersection de la voie et  la constellation comme elles auraient été orientées au temps de la construction des ultimes de ces monuments, et représentée par aucun autre monument reconnaissable ; sinon là où il serait le moins inconvénient de détourner le Nil en amont d’un passage correspondant à une autre maison astrologique. Aucun responsable n’a semblé s’en intéresser. Ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose, étant donné la prédominance contemporaine de pilleurs de tombe aux longs bras et doigts collants ; sans parler des grands marteaux, des bulldozers et des explosifs d’iconoclastes modernes de fondamentalisme psychopathe et profiteur.

Iconoclastes fondamentalistes modernes ! Andrew Brevig a été déclaré sain d’esprit après avoir massacré soixante-dix enfants en une journée ! Le sans-abri ou la prison sont nos expédients institutionnels pour la maladie mentale ! Nous n’avons pas construit assez d’asiles de fous ni embauché assez de psychiatres ― pour pouvoir soigner la folie collective de la gérance de cette planète.

 

Des ardoises en argile crue se sont transformées en céramique quand des palais impériaux furent incendiés avec leurs bibliothèques annexes. Il ne reste que quelques petits problèmes : découvrir ces collections et les déchiffrer. Oublis vite des archives de feuilles, de parchemins, de vélin, de papier et de papyrus ; tout environnement moins stérile qu’un désert de sel les aurait mises à pourrir.

Pense à ces archives éphémères. Furent-ils tracés à l’ongle avec des marques cunéiformes sur des feuilles fraîches cueillies d'arbres aux feuilles géantes poussant sur la verge d’avenues majestueuses ? Voici comment j'imagine qu’ils ont pu s’en sortir, si rien d’autre n’existait auquel faire appel que la nature et la technologie de base. Un document copié de cette manière ne serait à présent que de la paille et de telles archives, remplies de terreau illisible.

 

Suit une liste interminable mais incomplète de villes détruites, d’archives disparues et de civilisations égorgées. Je n’ai pas eu la force de la traduire dans son entièreté ni toi sans doute l’intérêt de la parcourir dans son ensemble. Consulte plutôt une bonne histoire du monde afin de t’en instruire, pourvu que tu ne t’en ais pas encore fait une bonne idée. Sinon, apprends l’anglais pour lire la mienne. Je ne traduirai que les portions suivantes, m'étant les plus intéressantes.

 

 

La civilisation Minoenne émergea sur l'île de Crète aux environs des 2.000 AEC. Ses structures en combinaison palais, temple et centre de commissariat et de civisme furent reconstruites en 1.700 AEC, après leur destruction à la suite d’une série de tremblements de terre, de révoltes et de pillages. L’Age d'or minoen dura jusqu’en 1.450 AEC : la date de l'explosion du volcan avoisinant, Théra, qui parvint annihiler les sociétés établies sur Théra, sur Crète et qui sait ailleurs aux rives de la Mer Egéenne et plus loin ?

La culture de Théra a pu briller plus vive que celle de Minos, ainsi qu’en parvient St Petersbourg vis-à-vis Moscou de vétusté étouffante. Théra n’aurait pu être qu’une base militaire et port naval consacré à la protection de l'île démilitarisée et idyllique de Crète, tel que Pearl Harbor sert aux autres îles enchantées d’Hawaii.

De toute façon, cette éruption projeta une forte vague de marée sur les rives de la Mer Egéenne, perturba la saison des croissances avec des chutes de cendre d’un mètre d’épaisseur, et détruit en toute probabilité l’ensemble des flottes en port et sur la plage. Des envahisseurs opportunistes (les Mycéniens ?) ont talonné ce désastre, parvenant à éteindre ce flambeau de la civilisation.

Pendant leurs beaux jours, les Minoens se sont civilisés en redistribuant des produits forestiers, des faunes de montagne, des pêches abondantes, des cultives fertiles et des œuvres maître par la voie du culte de la déesse. Des plantages d’oliviers se sont épanouies en Crète depuis au moins 3.500 AEC. (Selon des nouvelles traces archéologiques, les anciens Arméniens ont pu inventer la viniculture.) Peu de fortifications insignifiantes y ont été trouvées : ni port fortifié, ni mur de ville, ni inscription militariste ni de royauté.

Des fresques et des tessons de pots Minoens affichent un naturalisme fascinant. Cela, puis leur prédilection pour l’ocre rouge et le noir du charbon, nous rapportent devant le meilleur art néolithique. Une boucle en bronze enserrait la taille de guêpe des jeunes gens, et leur mode de couture découvrit la poitrine de jeunes femmes. Nonobstant mon égard pour Ursula K. Le Guin, je salue une culture assez allègre et bien retenue pour permettre ce rapport de mode sans perturber la paix. C’est à imaginer, le tumulte qu’une telle indulgence provoquerait dans nos sociétés de « modernité » barbare !

De l'eau propre fut canalisée en maison (même de l'eau chaude) ; des eaux d’égout, écoulées au loin. Les maisons furent de taille et de qualité égale à travers la population : une autre habitude paisible plus permise depuis.

Des taureaux sont représentés jetant en l'air des danseurs/acrobates de culte entre leurs cornes et épaules énormes. On a spéculé que cette cérémonie ait dépeigné une confrontation rituelle, suicidaire et pratiquement impossible. Un taureau au combat ne soulève pas ses cornes du ras en haut tel que soulève sa lame un conducteur de bouteur. Au lieu fouette-t-il les organes vitaux de sa victime avec ses cornes, à la diagonale et d’en dessous, comme un bagarreur rusé au couteau. Cette tactique ne permet pas de voltiger.

Il est plus probable que des enfants destinés à ce sacerdoce furent encouragés à élever des veaux prisés en tant que bêtes de compagnie. Ils ont pu s’exercer avec eux pour recréer cette danse sacrée, ainsi que des enfants villageois en Orient méridional gambadent avec leur buffle d'eau dans l'étang de canard du village. Des étrangers (notamment des occidentaux puant la graisse de rognon) risquent une attaque subite de la part de ces mêmes bêtes dociles.

Certains postulent que la civilisation crétoise ne fut qu’un article truqué. Aurait-elle pu gérer une géante place de mausolée marchandée à travers la Méditerranée comme paradis funèbre pour des momies ? En vue de riches investisseurs défunts : Club Mortalité ? Tout ce bel art aurait autant pu viser à stupéfier ses spectateurs (dans ce cas, nous) qu’attirer d’outre-mer des cadavres embaumés de gros esclavagistes.

Rien de déchiffrable ne demeure d’écrits des Minoens, que des restes de registres de comptabilité. L’élégance vibrante de son art nous étonne ; sa prose et sa poésie ont dû garder le pas. Quel dommage que rien de telles ne se laisse déchiffrer !

Il se pourrait, comme l’affirme Graham Hancock dans Underworld: The Mysterious Origins of Civilization, L'abîme : Les origines mystérieuses de la civilisation, (Crow Publishers, New York, 2002) que leur expression artistique ou religieuse fut circonscrite par la loi et les mœurs aux présentations à l’orale et aux mnémotechniques fastidieuses, et que l’écriture ne fut employé que pour les trifouilles du profit : inventaires, calendriers et telles technicités ou bêtises sordides.

Certains présument que les Peuples de la mer, sinon les Philistins, ont pu être ceux évacués de Minos après ce désastre. L'historien de la Grèce antique, Hérodote, cet avide pourvoyeur de superstitions, (The History of Herodotus, de Tudor Publishing Company, 1943, Dial Press, Inc., 1928, George Rawlinson, traducteur, Manuel Komroff, éditeur) attribut une origine minoenne aux Spartiates : ces vulgaires techniciens d'armes. Bien que moi, aussi, j'apprécie des soi-disant superstitions ; qu’elles sont marrantes !

Ainsi que toute technologie scientifique présagée comme de la science fiction peut être niée comme de la magie irréalisable, les superstitions (que des anecdotes au sujet de récurrents phénomènes manquant autrement de bonne explication) peuvent être renvoyées comme inexistantes, avant que des scientifiques ne prennent la peine de noter des détails obscures qui les clarifient. Ce serait comme de passer d’une vue floue au microscope à celle focalisée. Voir la pharmacopée dite « primitive. »

D'autres postulent que la civilisation crétoise fut le dernier avant-poste des Atlantides légendaires, occupant Théra et d'autres rivages à présent submergés.

Platon, citant son mentor, Solon : un homme d’Etat et un philosophe naturel renommé pour sa sagesse, affirma que cette civilisation revenait de dix mille ans en arrière de ses écrits. Solon l’apprit d’historiens prêtres en Egypte. Des historiens modernes affirment que ces Egyptiens furent plutôt nébuleux en comptant mille ou dix mille ans. Je pressens qu’ils parlaient sérieusement de dix milles années précédentes.

Ce serait bien notre veine : une des civilisations les plus brillantes dans la mémoire humaine, planqué au point zéro d’une catastrophe planétaire. Ainsi que nous sommes devenus ses ultimes survivants scellés dans un bain-marie planétaire notre propre montage.

 

Simcha Jacobovici, le réalisateur d’un film documentaire de génie : The Exodus Decoded (l’Exode déchiffré) fusionne les Hyksos et les Juifs en un seul peuple historique ; les dix fléaux d’Egypte et la noyade de l’armée égyptienne lors de l’Exode, des suites de l’explosion de Santorin. Voir http://www.amazon.com/Exodus-Decoded-History-Channel/dp/B000HOJR8A.

Le mythe d'Atlantide gagne créance en raison des similitudes partagées par des civilisations transocéaniques : des représentations artistiques d’êtres comportant des traits distinctement exotiques ou même inhumains, des similarités saisissantes quant à leurs objets façonnés pour le commerce, leurs dispositions culturelles et leur architecture monumentale.

Le fameux historien, Fernand Braudel, a remarqué que tous les sites originels de l’agriculture organisée dans le bassin méditerranéen furent établis aux élévations de 600 à 900 mètres par-dessus le niveau de la mer (Fernand Braudel, Les Mémoires de la Méditerranée : Préhistoire et Antiquité, Editions de Fallois, Paris, 1998.) Est-ce que ces sites ont survécu une série de super tsunamis qui auraient effacé la civilisation préhistorique sur les basses-terres côtières ?

Les Mycéniens ravageurs n’ont pas duré pour beaucoup plus longtemps que leurs victimes à Minos. Après l’an 1.200 AEC, de plus en plus de leurs palais se sont fait incendier et des fortifications monstrueuses ont pris leur place. L’artisanat local, au mieux médiocre, s’est rendu rare et effiloché. L’archéologie indique des pertes traumatiques on éteint 90% de la population : un rapport incroyable, dénotant le méthodisme du génocide interne. Quel effroyable site d’accouchement pour la civilisation d’Homère et de Platon !

Nota : voici la limite de mon effort d’interpréter ce texte ahurissant. Je tenterai de m’y remettre si jamais j’en trouve les forces.

 

ADDENDA : Un mardi noir, le 15 avril 2003, la bibliothèque nationale d'Irak, son musée national et sa bibliothèque islamique furent pillés, vandalisés et brûlés par de malins émeutiers et pilleurs de tombe. Pour la millième fois, le monde a dû subir une terrible lobotomie.

Dis-moi, est-ce vraiment le 3eme millénaire de l’ère du Christ lors duquel je dois purger ma peine ? Sans quoi les héritiers d’Hulagu demeurent-ils toujours au pouvoir ? En effet, les Américains se sont confirmés comme un phénomène historique aussi néfaste que les Talibans. Ceux-ci n'ont rien su faire de mieux que faire sauter deux statuts géants de Bouddha dans la vallée de Bamian. On m’apprend que le responsable pour ce scandale s’est fait élire au nouveau parlement afghan. Qu’il étouffe de son pouvoir récolté au canon du fusil !

Cent ans dans l’avenir, quand presque tout le monde aura oublié Saddam Hussein, on se souviendra de Bush le moindre comme du rustre américain qui surveilla l'annihilation des collections inestimables de Bagdad. Dans mille ans, voici peut-être la seule chose dont sera reconnu l’empire transitoire américain. Qu’elle sera dure, la chute de ces nains mentaux !

Il n’y a que des Texans et leurs compères d’avidité commensurable qui sécuriseraient le ministère du pétrole irakien mais non sa bibliothèque ni celle islamique ni son musée national. Leurs maîtresses d’école ne leur ont pas enseigné l’archéologie mésopotamienne comme l’ont fait les miennes, en toute révérence. Le commandement central des USA fut prévenu d’avance à maintes reprises, sans prendre la moindre précaution. Barbares incultes…

Quant aux Marines américains, un aspirant de première souche aurait dû saisir ce que ses supérieurs, du président jusqu’au moindre adjudant, furent trop stupides, ignorants et fainéants pour appréhender. Cette sorte de prise d'initiative, c’est la raison que l’on paye des bons officiers : pour qu’ils plantent des postes de garde autour d'installations imprévues mais vitales. Il aurait dû mettre à l’arrêt quiconque aurait touché à ces collections sacrées, et ses supérieurs, le soutenir par réflexe.

Il l’aurait peut-être essayé ; qui sait ? L'histoire est le premier amour du soldat pensif. Aucune personne éprise de l’histoire n'aurait permis un tel outrage sans protester. Mais il a dû envoyer sa demande au sommet de la chaîne de commandement, et lors de sa montée, elle a dû figurer devant le maillon le plus stupide de cette chaîne (peut-être celui culminant dans la Maison Blanche ?) Un gradé surmené à l’état-major, comptant assidûment ses quelques escouades disponibles contre les blocs carrés de Bagdad qu’elles devaient garder, aurait-il simplifié sa carrière nulle en renvoyant une brusque réplique ? « Négatif. Ne faites rien de tel. » Ne fut-ce qu’un autre mercenaire des collecteurs avides arrachant ces objets et satisfaisant ainsi la convoitise de leurs patrons politiques ?

Dans l'un ou l'autre cas, s'il y existe une différence entre l’irrésistible puissance de feu et la sagesse victorieuse, les Américains ne l'ont pas encore pigée.

Voici un nouvel avilissement pour les Marines américains. Laisser disparaître les collections antiques de Bagdad pendant leur tour de ronde, ce fut une disgrâce comparable à Bull Run et Beyrouth !

L'Amérique doit apprendre, avec autant de langueur que de peine, ce qu’a dû apprendre chaque empire pareillement débile pendant son acheminement de rouleau caboteur du développement graduel, à la conquête fulgurante, à la crise subite de stagnation puis à l’annihilation à l’instant que ses victimes alliées ne lui démontassent pour de bon tout ce qu’il eut chéri.

Comme un homicide imprévu lors d’une infraction, la stupidité, la mauvaise gérance et l’ignorance culturelle n'excusent jamais les conséquences inattendues de nos pires impulsions. L'histoire ne se soucie guère à quel point texans, republican, corporatifs et autrement ineptes et insensibles se sont rendus nos chefs, ni notre sottise collective pour les avoir autorisés, sauf afin d’accélérer notre ultime défaite.

L'Amérique et l'Australie ont le luxe de dominer leur continent sans rival militaire digne de ce nom, contrairement aux autres pays de partage continental. Ils peuvent donc s’enfouir chez eux et y demeurer aussi provinciaux, fermés d’esprit et chauvins qu’ils le souhaitent. Ces Américains peuvent mal éduquer leurs enfants (à la TV) au point ou leurs étudiants d’université ne sachent pas ce qu’un enfant de douze ans connaisse par cœur outre-mer ; les plus méphitiques de nos gros riches, expédier des mercenaires à l’étranger pour ratisser le monde et en arracher sa trésorerie, verrouillée, enterrée ou autrement sécurisée, avec impunité relative.

Mais dès que nous nous hasarderions hardiment et une fois pour toutes au large de ce grand monde bien affreux, notre incompétence satisfaite nous rend un handicap fatal, nous procurant des conséquences encore plus graves que celles qui nous embarrassent en public en illustrant simplement notre fadaise collective. Telle que la cohue des récents prétendants Republican à la présidence de Etats-unis, disgracieuse de par le monde : chacun nouveau venu est encore moins méritoire que ses précédents.

Américains, soyez prévenus ! Comme un enfant gâté lors de sa crise de colère, nous avons renversé l’irremplaçable vase-maîtresse d’une boutique de porcelaine. On nous a déjà pas mal raclés une fois (l’onze/neuf.)  La prochaine fois, nous pourrions nous trouver hachés en lambeaux : le dénouement de tous nos prédécesseurs sur ce chemin lumineux de la primauté impériale sur la terre en armes.

Nous rendrions meilleur service en établissant le monde paisible pendant notre tournée de ronde : ce qui répondrait mieux aux intérêts, aux forces et aux limitations des USA tout d’abord, et à ceux du monde entier ensuite.

 

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