- L’OPTION CAPITALE -

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SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

 

Tout capitaliste se respectant lui-même ne demanderait pas mieux que de gérer sa version la plus profitable d’une compagnie comme Rolls Royce. S'il fut tant soit peu raisonnable, (n’ayant pas atteint ses objectifs par stupidité) il élirait de rendre son produit ou service de la meilleure qualité, au plus grand montant que le marché put soutenir ; y compris les meilleurs bénéfices pour ses ouvriers d’élite et leur famille, de superbes instituts éducationnels, des communautés salubres et sans grand crime, et des nécessitées de survie à bas coût. Tous les bénéfices que souhaitent les Apprentis, cet astucieux capitaliste agencerait pour ses ouvriers et consommateurs, lui obtenant le meilleur produit et profit.

En dépit de son désir d'exceller de cette manière, il devra tenir compte de l’imposition d'armes (directe ou indirecte.) Ou la qualité de son produit devra souffrir ou il devra trouver d’autres moyens de faucher ses clients et employés afin de défrayer cette imposition qui ne lui apporte aucun gain. Le plus qu’agrandit la valeur de son produit et profit, le plus d’impôts de guerre que l’on s'attendra à ce qu'il paye et le plus ceux-ci tordront son analyse de ses coûts et avantages. Il sera forcé de réduire la qualité de son produit afin de défrayer ses coûts d’armes. Ses employés, consommateurs et compétiteurs le seront aussi, tout en proportion à leur succès.

Cet asservissement est inévitable pour toute entreprise qui se prétend appartenir au marché libre.

Ce n’est qu’au monde paisible qu’un tel capitaliste respectueux de lui-même pourrait réaliser sa passion et bâtir l’entreprise Rolls Royce dont il rêve ; là seulement qu’une réduction dans la qualité du produit sinon du service en offre se rendrait suicidaire aux affaires. La course irait au fabriquant de la meilleure qualité, plus jamais au fabriquant du moins cher au dépens d’elle. Sur la terre en armes, celui-là doit trahir sa passion comme nous le devons tous, nos propres.

 

Au fond, il n'y a pas grand-chose de mal dans le capitalisme, quoiqu’il puisse adopter l’une de deux formes de croissance. Une fois qu'il passe d'une forme à l'autre, il nuit à toute société qui tolère sa présence non moins son ordonnance.

Désignons la première forme de croissance capitaliste, le jardin. Selon cette formule, les ressources du Capital sont investies dans des terrains manquant de telles au préalable. Le jardinier passionné cultive le sol, supplée son alimentation et l’arrose au besoin. Il plante des arbres, des arbustes et des fleurs à son goût ; sarcle les mauvaises herbes et les plantes non désirées, et laisse le champ libre pour la semence favorisée. Voici l'œuvre du capital à son apogée : supérieur à tout autre genre de développement économique.

Dans la deuxième sorte, les jardiniers sont partis ou autrement indisposés. Ils ne cultivent plus ce jardin dont les mauvaises herbes se prolifèrent : la manifestation de la seconde vague du capitalisme. Tous les terreaux, engrais et eaux soigneusement recueillis auparavant pour promouvoir la croissance de plantes salutaires, ils sont engloutis par ces autres qui étouffent la vieille croissance et se propagent avec seul but de se propager. Toutes celles restantes doivent souffrir alors qu’elles prospèrent.

Ce processus est irréversible, faute d’un excédant de labeur et de soins. Au passage du temps, ce jardin exigera de plus en plus de labeur si seulement pour rester sarclé, alimenté et arrosé pour très peu de retour additionnel. Après tout, un jardin est un jardin : rien de plus ni de moins.

Une autre analogie comparerait les cellules saines d'un corps en croissance à des virus qui l'attaquent. La première forme de capitalisme entreprend le soigneux règlement corporel de l’eau et des alimentations requises pour nourrir ses cellules et pour leur permettre de se développer ; alors que dans la deuxième, un virus s’introduit avec la seule intention de se multiplier aux dépens de son hôte. Ce vibrion s’empare des cellules qu’il trouve disponibles, subvertit leur machinerie de croissance en faveur de la production d’une foule de virus neufs, qui les éclate pour décharger ce fardeau viral dans d’autres cellules avoisinantes et ainsi de suite : la rétroaction du capitalisme tourné au mal.

De nos jours, les capitalistes les plus forts se sont persuadés que la croissance virale ou de mauvaise herbe leur offre davantage de profit que celle du jardin ou de l’organisme. Ils ont abandonné les ramifications à long terme pour privilégier celles des mauvaises herbes : plus profitables pour commencer mais ruineuses à la longue.

 

Le livre de Naomi Klein, La doctrine de choc : La levée du capitalisme de désastre, (en anglais) Metropolitan Books, Henry Holt & Co., New York, 2007, décrit tout à fait clairement cette transition. Elle passe en revue une série de catastrophes, naturelles ou synthétiques, suivis des mainmises politiques qui ont permis aux tyrans internationaux de cannibaliser l'économie de nations entières.

L’école économique de Chicago représenté par Friedrich Von Hayek, Milton Friedman, Leo Strauss (l’infâme publicitaire du « noble mensonge ») et d’autres maniaques du capitalisme laissez-faire, a établie une analogie d’intéressée entre l’anéantissement d’un esprit aliéné, au moyen d’électrochocs et de doses écrasantes de drogues psycho-actives (bien que de telles malversations n’ont jamais réussi) et l’écrasement du progressisme populaire considéré excessif, par une succession de guerres, de catastrophes et de tyrannies toutes fraîches. En bref, des forcenés psychopathes nous dictant leurs termes. 

 En honneur de cette philosophie, des économistes à l’université de Chicago ont pris la première opportunité (et toutes celles à suivre) de faire taire la voix du peuple et saboter sa volonté. Ils nous ont dépouillés de services publics, caisses d’épargne et fonds de retraite en localité ; ils ont gravement multiplié le chômage par la ruine du commerce local et le démontage d’usines ; aussi accablé le peuple d’énormes dettes publiques, de sorte à ne plus pouvoir récupérer sa vigueur et son potentiel originels, récemment acquis si péniblement — le tout au profit du patronat laissez-faire.

En Iran et en Amérique du Sud pendant les années 1970, à travers la Pologne et la Russie pendant celles 1980, parmi les tigres d’Asie aux 1990s, à la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina, à l’annihilation de l’Irak et d’autres pays avoisinants, de massifs émoluments aux banques et aux services monétaires se sont succédés. Chaque nouveau désastre leur a remis davantage de bénéfices par moindres intervalles et pour moins d’effort.

Tout ce qu’il leur fallut, c’était faire taire ceux attentifs au bien-être et à la justice du peuple. Ils l’ont accompli en payant des criminels au col blanc, soutenus par des militaires bien rémunérés pour brutaliser tous les dissidents restants. Cette combinaison réclamait très peu de fonds en échange de revenus colossaux.

L’image proposée par Naomi Klein, d’une alternative saine à l’encontre de ce genre de capitalisme, se trouve à http://topdocumentaryfilms.com/the-take/.

 

En fait, cette même malversation peut être tracée depuis le début du capitalisme et même auparavant, à l’origine des sociétés de masse. Chacune d’elles s’est développée en asservissant autant d’individus périphériques qu’elle put s’arracher, en pillant d'autres sociétés à la ruine, et en exterminant des sociétés « primitives » assez infortunées pour croiser leur chemin. Rien de neuf là-dedans.

L’exemple le plus transparent que je peux trouver dans l’histoire, c’est Tamerlan (Timur le Boiteux ou le Conquérant, 1336-1405.) Il embellit sa ville capitale Samarkand en une des merveilles du monde : elle fut couverte d’énormes domaines, de parcs magnifiques et d’architecture monumentale. Il emplit sa cour de prodigieux musiciens, artistes, savants et preux ; il y parvint en transformant toutes les autres villes sur la route des soies en tas de cendres et pyramides de crânes. Cela va sans dire qu’après sa disparition, l’entièreté de ce réseau commercial dépérit avec sa ville capitale, puisqu’il ne restait plus d’hébergements pour les caravanes de marchandise. Même après des centenaires, cette route ne s’en est pas encore remise. Jusqu’à ce que les Chinois se sont mis à la reconstruire de fonte en comble.

 

Tant pis : ceux qui furent jadis des capitalistes de cultive se sont adonnés en permanence à la variété des mauvaises herbes. Chaque nouveau désastre qu'ils montent inflige des milliers de petites taillades sur l’esprit collectif (présentement du monde entier.) Ils en profitent en proportion des dommages qu’ils infligent.

Marx a déploré le fait que le capital épuisera inévitablement les objectifs dignes de son investissement. Dans la fonction qu’une société mûrisse, la marge de croissance de diverses entreprises commerciales se rétrécit parce qu'elles se concurrencent avec ceux de valeur et de rendement analogues. À la longue, la seule option du capitalisme moderne devient la destruction plus ou moins totale d’entités rivales et son investissement dans ce qui reste : la seule méthode trouvée par le capitalisme pour rehausser sa marge de bénéfices.

Etant donné une planète économique close (globalisée) dans laquelle le commerce et l'industrie se sont égalisés plus ou moins complètement partout, nul part ne reste où le capital peut investir et s'attendre au taux de rendement supérieur à ceux historiques. Ce n’est qu’en brisant diverses économies à tour de rôle puis investissant dans les ruines que le Capital peut surpasser sa rentabilité historique.

Ceci peut être perçu comme une sorte d’agriculture d’estafilade et de brûlure : là où des cultivateurs incinèrent une parcelle forestière et cultivent dans les cendres. Une fois que la terre perd la fertilité qu’elle acquit par cette brûlure, ils passent à une nouvelle pour brûler. Tant que ces fermiers restent peu nombreux et la grande forêt peut recroître et combler les vides, cette forme de cultive réussit assez bien. Mais une fois que les gens se multiplient en trop grands nombres et que la forêt se rétrécit en proportion, voici la formule pour une friche désertique, la ruine du climat local et la garantie de famine.

Ayant enduré les derniers siècles (bien avant les guerres mondiales) d’estafilade et de brûlure de la part d’investisseurs capitalistes, la terre est arrivée au point où tout ce qui reste après chacun de leurs incendies « optimisées » à perdue sa capacité de croissance compensatoire. Nous sommes arrivés au point où la scène économique mondiale ressemble à une friche là où figurait une forêt prospère. Comme illustration et avertissement, le monde naturel est parvenu au même cran de dégénération : il est atteint d’épuisements synchroniques de pétrole facile, d'eau potable, de récifs de corail et d'autres ressources géophysiques et nécessités pour la vie civilisée.

Alors que des matériaux premiers se rendent plus coûteux à extraire et traiter, la seule ressource économique qui reste à puiser sera les nécessités de base de la population mondiale. Un exemple typique est la conversion de denrées alimentaires désespérément obligatoires en biocarburant du luxe beaucoup trop onéreux.

Quand les vivres du peuple sont ravis et frelatés en volumes ascendants pour satisfaire les demandes du Capital, et les profits en résultant, décalés à un groupuscule rétrécissant de milliardaires et leurs clients, le peuple se soulèvera en contestation armée contre ce détournement. Puisque des armes se sont rendues tellement létales (le glaive, l'instrument optimal des tyrans ; l’AK-47, celui de la masse ; le virus, du forcené), cette bagarre ne parviendra qu’à aggraver le problème, faisant disparaître plus de ressources, d'infrastructure et de vies que celles qui auraient découlé d’une résolution paisible.

Quant à ceux parmi les riches et puissants qui justifient leurs abus avec l’expression « trop grand pour faire faillite » ; les anciens Romains ont trouvé la punition applicable pour une légion qui s’était disgraciée au champ de bataille, mais qui été requise au lendemain : la décimation. Un seul malfaiteur peut être mis à bas pour les péchés de neuf de ses pairs, sans diminuer leur capacité mais parvenir à promouvoir leurs bonnes actions dans l’avenir. Deux sur dix si cette correction ne prend pas racine la première fois…

Selon cette logique, le seul milieu d’investissement à grande échelle qui reste au Capital, c’est l’espace extra-atmosphérique. La terre doit être perçue comme un terrain domicilier plus jamais permis de soutenir l’exploitation destructrice qu’exige le capital. Ses régisseurs doivent traiter des capitalistes qui maximisent leurs bénéfices aux dépens du peuple, de n'importe quel peuple, comme des ennemis de l'humanité à être criminalisés sans pitié et forcés de conformer à un comportement plus civilisé.

L'économie mondiale n'est pas encore prête à exploiter l'espace extra-atmosphérique et ses ressources semblant illimitées pour le moment. Ce projet nécessitera encore quelques décennies pour satisfaire les besoins de base de l'humanité. Ce ne sera qu’alors que de suffisantes infrastructures et capitaux financiers et intellectuels seront disponibles pour la tâche suivante. En attendant, leur réduction pour but de bénéfices à court terme doit être criminalisée, et ses financiers capitalistes, réglés au seuil de la survie.

Tâche difficile, car le capital peut faire appel à des sommes titanesques pour engager des criminels et des escrocs à exécuter leurs plus sales besognes dans leurs capacités de politicien, de militaire, de membre de la presse, d’agent non-gouvernemental et de chef d’agence sociale.

Des leaders mondiaux seront appelés à adopter une dialectique de dévotion fanatique et de pureté révolutionnaire. Ils devront créer un réseau de renseignement de telle pureté certifiée qu’ils seront les seuls à pouvoir maintenir et protéger. Le seul plateau sur lequel de tels personnages et leurs activités peuvent fleurir, c’est le monde paisible ; tout autre n’offrirait qu’un rendement inadéquat en échange d’une telle demande de dévotion et de sacrifice.

Puisque cette politique leur sera très pénible, les traînant au seuil de la faillite et du suicide économique, ils seront les seuls qualifiés à déterminer la rigueur de son application sans tuer l’oie aux œufs d’or, à la limite de leur tolérance.

Je fais appel aux capitalistes eux-mêmes pour avouer le coin dans lequel ils nous ont peints. Ils doivent comprendre, avec une clairvoyance plus pénétrante que l'avarice, l’enjeu pour eux-mêmes, pour leurs dépendants et pour le restant du monde. Je compte sur le fait qu’eux aussi ont des enfants dont l’avenir doit être garanti si possible. Des simples remparts de dollars et des gardes de mercenaires se volatiliseront sous le choque de futures frappes socio-écologiques. C'est à eux seuls de créer la gérance mondiale requise pour cette entreprise, à eux seuls de régler et de bloquer les plus malins de leurs co-équipiers.

Faute de cette transformation, l’économie mondiale est condamnée à chuter hors contrôle aux mains de profiteurs sociopathes. A ce point, le montant des pertes et dégâts foudroiera l'imagination et ne permettra probablement pas la continuité de la civilisation.

Tels sont nos choix : à nous, le peuple, tant bien  qu’à eux, ces êtres curieux, les passionnés du capital.

 

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