LA GUERRE CRIMINELLE -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI             INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Mieux que cela : les actions les plus radicales, les méthodes de combat les plus sanglantes, les procédés les plus effroyables sont en fin de compte les plus charitables pour l’excellente raison qu'ils précipitent la fin des hostilités, et, par conséquent, réduisent les pertes d’hommes et de matériel. C’était ce point de vue que défendait le célèbre maréchal Hindenburg lorsqu’il disait : "Plus la guerre est impitoyable, plus, en réalité, elle est humaine, car elle prendra fin d’autant plus vite." C’est l’analyse que font encore aujourd’hui nos grands stratèges. » Jean Bacon, Les Saigneurs de la Guerre, Seconde Edition, Editions L’Harmattan, Paris, 1995, p. 60.

 

« Le comportement d'un soldat doit avoir pour modèle celui du rat : doux et compréhensif avec les membres de son groupe, cruel et féroce envers tout étranger. Que cet équilibre se détraque, que s’esquisse un reversement des tendances, et l’on court à la catastrophe. La machine de guerre, jusqu’ici bien huilé, grince et menace de se gripper. Un mot, qui frappe de terreur les généraux, se répète à voix basse dans les états-majors : Fraternisation. » p. 190.

 

Soit les particularités d’un Etat moderne – idéologiques, religieuses ou technologiques – ses adhérents obtiendront le maximum de privilèges en contribuant à son effort de guerre. Richesse familiale, priorité d'âge, loyauté politique et appartenance à la race dominante sont des critères fondamentaux de recrutement aux positions de prestige et de privilège autoritaire. La compassion est au mieux une considération secondaire.

L’aversion à la guerre est un grave défaut pour un candidat ambitieux : elle lui garantit d’être banni des couloirs du pouvoir. La compassion est une faiblesse particulière à être déracinée.

Les gouvernements contemporains sont des chefs-d’œuvre de la mentalité d’armes. La sauvagerie et les particularités idéologiques d’une certaine élite nationale correspondent à la vigueur des menaces dont elle se sent entourée. Le plus appréhensif le prolétariat d'info quant à ces menaces, la plus tyrannique peut se rendre son élite. Sa base de pouvoir, l’étendu de sa malice et de son impunité dépendent de la projection de telles inquiétudes sur le prolétariat.

Etant donné la portée des menaces actuelles, le péril d’annihilation instantané aux armes biologiques, nucléaires et météorologiques anime de fort sournoises tyrannies d’armes. Par surcroîts gradués de terreur, nous nous sommes peu à peu accoutumés à être régis par une suite d’Hitlers hyperactifs.

Chaque Etat existe parce qu'il fut optimisé pour sa technologie d’armes. Autrement, ses voisins l’auraient saturé de guérilleros, auraient envahi et troqué son gouvernement pour un successeur mieux disposé à la mentalité d’armes.

La plupart des Etats-nations sont assez vigoureux pour bloquer une agression conventionnelle ; les liaisons routinières au monde peuvent en proscrire la majorité. Des assauts terroristes ne parviennent qu’à provoquer l’Etat ciblé au point d’empirer sa tyrannie d’armes. Constate les dégâts rendus à la déclaration des droits américaine par 9/11.

L'affaire d’élites identiques mais rivales, la mentalité d’armes se justifie en dressant des barrières entre eux. Périodiquement au cours de l’histoire, ces barrières (ou membranes) ont boursouflé. Au-dedans demeuraient  la famille prismatique, le village, la métropole, la culture, la race, le corps religieux, voire l’Etat-nation auxquels fidélité était due. En dehors résidaient des croquemitaines à être attaqués quand le plus commode et abusés sans componction entre-temps.

Les membranes les plus plantureuses et les groupements prismatiques les plus clos s’assemblent dans des friches isolées – montagnes, jungles, marécages et déserts de sable, de pierre et de glace – lieux de grande recule où la simple survie pose de graves problèmes. C’est dans ces lieux pauvres que l’on peut s’attendre à la plus bienveillante hospitalité et à l’auto-stop le plus rapide ; les obtenir moins aisément sinon en être carrément prohibé là où la police est vigilante, le climat doux, les voitures neuves et les conducteurs gras et narcissiques.

Les habitants de telles friches peuvent facilement percevoir l’étranger comme une menace mortelle ; c’est toutefois parmi eux que les lois de l'hospitalité et de la protection seront le plus strictement obéis. Une fois toi installé sous la protection de leur toit, ils préféreraient périr que te voir nui. Voici leur loi, qui devrait être la nôtre autant de même, soit notre opulence moelleuse.

En s’épanouissant depuis des regroupements familiaux préhistoriques, ces membranes ont bouffi. Rassemblant des peuples disparates en ensembles unifiés – par brutalité ou autrement – elles ont boursouflé, leur croissance nourrie par la provision artérielle de réseaux de communication  bourgeonnant depuis.

Maintenant que des populations sous-continentales partagent une membrane commune, que deux voix aux antipodes du monde sont séparées par 0,6 secondes au téléphone, nous nous trouvons à un seul saut quantique de l'unification globale. À vrai dire, cette procédure politique ressemble à l’essor d’une bulle d’air à partir d’une écume de celles plus petites — elle conforme probablement à des lois semblables de tension de surface.

 

L'autorité impériale exige la subordination de ses districts sous un vigoureux gouvernement central. Sous une confédération, l'autorité centrale n’existe que pour des buts restreints. La gérance des confédérés conserve le consentement de divers constituants en leur laissant aussi peu dérangés que possible.

Auparavant, je supposais que la civilisation des Apprentis honorerait Panch Shila : cinq principes de confédération articulés par Jawaharial Nehru et Chou En Lai, et ratifiés par leurs auxiliaires du tiers monde pendant la conférence de Bandung en 1955.

 

·     Non-intervention,

·     Respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale,

·     Non-agression mutuelle,

·     Aide mutuelle, et

·     Coexistence paisible.

 

Je présumais que la cour mondiale à elle toute seule serait permise d’annuler ces droits et obligations et seulement momentanément selon le verdict de jurys choisis à l’aléatoire, mis au courant au moyen de plaidoiries internationales en concurrence.

On a témoigné de trop d'atrocités autant chez soi qu’à l’étranger. Des gouvernements et leurs associés s’en sont adonnés sous des parapluies blindés de non-intervention et de souveraineté nationale. Depuis lors, j'ai lu Mortimer Adler, Comment penser de la guerre et de la paix. Son analyse des politiques du monde paisible beaucoup plus précise que la mienne (publiée en 1943 et ignorée depuis) inclut les directives suivantes. Je te les cite dans leur intégralité : 

 

« En ce qui concerne tout plan proposé pour maintenir “la paix dans notre temps” les conditions suivantes doivent être satisfaites. »

 

·     « Qu'ils ne commettent aucune injustice ni politique ni économique du fait de distributions inéquitables et de discriminations iniques. » 

·     « Qu'ils ne contemplent aucune alliance qui conserve, directement ou indirectement, le statu quo fondé sur des injustices existantes. »

·     « Qu'ils se servent du pouvoir, soit par des méthodes de coalition soit autrement, pour soutenir la bonne foi internationale et non la supplanter, pour sauvegarder la liberté et non la supprimer. »

·     « Qu'ils anticipent la direction des transformations sociales, économiques et politiques afin qu'aucune mesure positivement prise n’opère nulle part au monde comme obstacle au progrès, aussi afin que des mesures positives soient prises pour le faciliter. »

·     « Qu'ils autorisent, encouragent et peut-être même instituent des agences internationales, telles que la société des nations et la cour du monde, non parce qu’elles pourront déférer à elles seules la prochaine guerre, non moins perpétuer la paix mais parce qu’elles fournit aux hommes l’image d’une communauté internationale et l'expérience politique exigés pour les formations à venir. » 

·     « Qu'ils multiplient de telles agences, ainsi que le bureau de main-d’œuvre internationale s’affairant des problèmes communs à toutes les nations du point de vue du bien collectif qui transcende les intérêts nationaux ; et, ce concernant, qu'ils créent un bureau international d'enseignement ayant pour but d'égaliser les opportunités pédagogiques jusqu’à leur ultime degré à travers le monde [nota : l'intention primaire d'Apprentis] et de guider l’éducation partout dans la formation de citoyens. » p. 290-291.

 

Avec la capacité technique d'exterminer un certain peuple vient celle de l'administrer en paix. La Pax Romana ne s’est étendue qu’aussi loin que les légions romaines ont pu présenter leurs aigles. Ainsi que la population mondiale peut être exterminée dans quelques semaines de guerre totale, l’abondance et la bonne justice peuvent être pareillement étendues à cette même population.

Des élites de bataille sont les seules qui peuvent s’épanouir dans une société fracturée.

 

Imagine-toi en visite à un vibrant port de la renaissance. Ses habitants disposent de capitaux en surplus, de navettes, de marchandises et d’ordres de luxe qu’ils ne peuvent satisfaire qu’à l'étranger. Cependant, une certaine stabilité gouvernementale doit garantir la mise de ces investisseurs dans leur commerce à l’étranger, et leur marge de profit doit demeurer plus ou moins bien sécurisée en dépit de prorogations d'appréhension fainéante en attendant la rentrée de leurs cargos. A supposer que des bandes de vandales armés contrôlent les quais et saisissent le fret et les passagers devant y passer, aucun négociant ne miserait ses économies sur une telle entreprise si risquée.

          Tout le monde fait face au même dilemme. Les Nations unies reconnaissent la souveraineté d’environ deux cents bandes de rue. À chacune d’elles a été concédé le droit de tenir ses citoyens le couteau à la gorge et d’assaillir d’autres bandes pourvu qu’elle puisse s’en démêler. Elle n’a même pas besoin de cette excuse.

Entre temps, au moins cinq mille nations – les finalistes de dizaines de milliers en plus qui ont perdu leur place dans ce qui reste de l'histoire enregistrée – se concurrencent pour un des deux cents certificats de souveraineté restants. Ce n’est pas étonnant que le monde rampe de guérilleros et de terroristes !

Comme toute autre polis, (ville, « citadelle ») le monde a besoin d'un Hôtel de Ville, d’un juge de la paix et d’une agence de police bien attitrée ; non de deux cents bandes de rue glorifiées, déguisées en gouvernements de prisme ni d’une combinaison de 189 et quelques gouvernements certifiés avec quelques bandes de gangsters/corporations commerciales les mieux organisées leur concurrençant pour prédominance économique et militaire. Et certainement pas la pire bande de mauviettes battant les autres en bagarre continue jusqu'à ce qu’elle aussi ne croule sous ses contradictions internes.

 

« Lors d’une époque ténébreuse de cinq cents ans, Rome fut constamment affligée de querelles sanguinaires entre nobles et gens, Guelph et Gibeline, [nota : pro pape et impérialistes] Colonna et Ursini. Et, si bien des choses se sont échappées de la perception historique et si beaucoup d’autres en ont demeuré indignes, j'ai tout de même exposé la cause et les effets de ce désordre public dans deux chapitres précédents. À ce temps, quand chaque querelle se résolut à l'épée et personne ne pût fier ni sa vie ni sa propriété à l’impotence de la loi, des citoyens puissants se sont armés pour la sécurité ou l’agression contre des ennemis domestiques qu'ils craignaient ou détestaient. Hormis à Venise toute seule, ces mêmes dangers et plans furent partagés par toutes les républiques libres en Italie ; et les nobles ont usurpé la prérogative de fortifier leur maison et d’élever des tours solides, capables de résister une attaque soudaine… »

 « … Quoi qui est fortifié sera attaqué et quoi qui sera attaqué peut être détruit… “Des maisons,” dit un cardinal et poète du temps, “furent écrasées sous la masse et vélocité d’énormes pierres ; des murs, perforés à coups de bélier ; des tours, compromises par le feu et la fumée ; et des assaillants, incités à la vengeance et aux rapines.” Ce labeur fut consommé par la tyrannie des lois et les factions en Italie ont exercé vengeance s'alternant aveugle et irréfléchie sur leurs adversaires dont les maisons et châteaux furent rasés jusqu’au sol. En comparant les journées d'hostilité étrangère avec les époques de celle domestique, on doit prononcer que celles-ci furent encore plus ruineuses pour la ville ; cette opinion confirmée par le témoignage de Pétrarque. “Constatez,” dit le lauréat, “les vestiges de Rome, l'image de sa grandeur immaculée ! Ni le temps ni le Barbare n’ont pu se vanter du mérite de cette destruction prodigieuse : elle fut perpétuée par ses propres citoyens, par ses fils les plus illustres ; et vos ancêtres (comme il l'écrit à un certain noble, Anibaldi) ont achevé au bélier ce que le héros punique n’a pas pu par l'épée.” » Edward Gibbon, Déclin et chute de l'empire romain, Allen Lane Ltd., Penguin Press, London, 1994, p. 1073-5.

 

Imagine à quel point chaotique les Etats-unis se rendraient si la Nouvelle Angleterre et Dixie luttaient inlassablement à travers la ligne médiane des USA ; si la Californie et le Texas envoyaient des contingents de leur Garde nationale pour se confronter au feu à Santa Fe, à Cleveland et à Miami ; si les banquiers de New York City et ceux de Chicago sous-traitaient des bandes de rue rivales pour ordonnancer leur contrôle régional ? L’Amérique et des puissances régionales jouent aux même jeux fatals sur le plateau mondial avec des résultats également prévisibles : un train fou d’anarchie militaire, de calamité de masse et d’écocide embrasant la terre entière.

Je viens de relire La guerre du Péloponnèse de Thucydides. Ce qui m’a frappé, c’est comment réagirait les membres du parlement grecque si quelqu’un y lisait à haute voix un des discours dans ce livre en faveur d’un acte exécuté à ce moment-là comme s’il devait être répété aux même gens aujourd’hui. Ce dingue serait hué hors de la salle. Des anciens ennemis mortels sont des concitoyens à présent ; il n’est plus question de guerre entre eux. Tout le monde devrait envisager la même réaction s’il la guerre était proclamée entre divers Etats du monde.

 

Au monde en paix, chaque nation et groupe ethnique rétablira son indépendance et sa souveraineté politique par voie légale et sans guerre. Ainsi cesseront-ils de former des points ardents d’intraitable friction militaire. Qu’ils soient Tamouls, Indiens américains par tribu, Karens, Kashmiri, Kurdes, Palestiniens, Peuls... cette liste peut s'allonger à toute vitesse. Cette option nous reste close parce que des activités criminelles sont certifiées légitimes pourvu qu’elles soient assez démesurées et avantageuses pour les rares.

C’est ainsi que l’Etat moderne peut kidnapper, torturer, extorquer l’économie et voler les ressources locales, affamer et exterminer des minorités entières, mener contre elles de la répression policière sans jamais finir. Sans bonne raison, sa gérance peut jouer à l’appât et substitution avec le commerce de la drogue rendu encore plus avantageux par son interdiction répressive. Elle peut cultiver avec chaque génération encore plus de terroristes homicides, simplement en terrorisant leurs proches (vive la guerre des drones !) — sans le moindre bronchement. Dans ces cas, le monde en paix ne serait jamais plus si permissif.

Hé, toi ! Oui, toi ! Présumes-tu que tes droits resteront assurés tant que tu permettras aux tyrans de tripoter l'indignation d'autrui ? À toi la prochaine, mon pote.

 

 

Voici la question centrale des politiques : à qui fier confiance ?

Au peuple ? Pourrait-on l’armer, lui accorder souveraineté politique, accès aux données qu'il nécessite et latitude de poursuivre sa meilleure réussite en paix ? La constitution américaine est établie sur ces assurances : la source de sa grandeur. Nos chefs pourris dévouent de plus en plus de ressources à l'alternative d’armes décrite de suite.

On pourrait se méfier du peuple et se confier à une élite minoritaire (celle d’info.) La laisser se perpétuer en avantageant l’intention de dominer plutôt que celle d’administrer justice. Elle serait sélectivement éduquée de façon hyperactive, suprêmement consciente de ses distinctions de classe et bien adaptée à diriger une dictature militaire aussitôt qu’elle en ressentirait la nécessitée et la justifierait avec assez de propagande belliqueuse. Et personne sur cette planète infernal n’y trouverait le moindre mal.

En outre, bien armer une police ou minorité paramilitaire (l’élite de bataille) pour garder cette direction illégitime en vigueur. Nous pousser à la ruine en la payant plus que généreusement pour qu’elle rende le moins possible de dégâts (USA) sinon la laisser courir à l’émeute policière meilleur marché et démonter la communauté et l’environnement pour en tirer profit immédiat (Argentine, Chili, Irak, Syrie, etc.)

Dans un cas comme dans l’autre, la plus affligeante cette élite de bataille, la mieux sécurisée se sentira la sienne d’info — quoique la réalité dicte l’opposé exact : moins d’agression, davantage de sécurité.

Il nous reste, somme toute, qu’à prier que des mafieux ne remplacent pas ces mêmes élites. Voilà une inévitabilité darwinienne et un fait accompli, au cas où tu ne l’aurais pas encore pigé.

Peuple ou mafia ? À toi choisir.

 

Les organisations militaires et criminelles partagent une codépendance subtile et intime.

Il y a un ordre militaire et criminel illustratif : les Hashshâshîn de l’ancienne Syrie. Leurs lieux de repos, de récréation et de formation se situaient dans des forteresses en montagne. Là-bas, l’abus de drogues et de jeunes femmes a persuadé des assassins débutants qu'ils habiteraient un paradis terrestre tant qu'ils serviraient les Hashshâshîn et passeraient au ciel en mourant dans leur service. Au demeurant, leurs chefs se sont diplômés par étapes laborieuses d'initiation et de mystère pour parvenir à la révélation centrale du culte. « Toute cette affaire n'est qu’un raccommodage de mensonges et de faim du pouvoir : profites-en. »

Actuellement des escadrons génériques de la mort s'enveniment autour de la planète. Ils servent d’ordinaire comme bourreaux révolutionnaires ou comme voyous sécuritaires à la Gestapo. Des organisations semblables encombrent les textes d'histoire : ordres religieux militaires — des monastères guerriers bouddhiques, compactés comme des plantes bonzaï en clans criminels par la suppression gouvernementale ; des chevaliers templiers, hospitaliers et teutons ; Vehmgericht en Westphalie (cours vehmiques de l'Allemagne médiévale) ; ninja japonais ; thugees indiens ; bandes de lynchage du KKK ; hermandades en Espagne ; acordadas au Mexique ; et clans tribaux montagnards tels que ceux parmi d'autres au Maroc, en Ecosse, en Colombie et en Afghanistan.

Aussi, certains clans secrets de carnassiers : de loup-garou en Germanie et en Scandinavie, de lion et de léopard en Afrique, de panthère en Amérique pré-colombiène et d’équivalents de tigre en Asie. Comme l’exécution péremptoire de déviants sociaux se rendait de moins en moins supportable par la communauté locale, ils sont apparus pour le permettre. Leurs victimes furent trouvées hachées en lambeaux, des traces de grands carnivores tout autour : hachées par des griffes en fer, les traces marquées par des semelles de sandale soigneusement sculptées. Personne ne put conclure si c’était un carnassier qui avait saisi une autre victime ou le pire des prédateurs : l’homme.

De nos jours, la désignation « partisan d'escadron de la mort » n’est que celle d’une activité ordinaire dans beaucoup de pays : permis de gagner sa croûte là où il manque des emplois honnêtes, et non une expression de dédain. Si tu connais des gens qui connaissent les propres gens, tu peux faire descendre certains pour le prix de quelques pipes de drogue sinon d’une paire de basket à la mode. De telles nations se déshonorent.

Finalement, les différences entre les Assassins d’ancienne Syrie et la tuerie au drone de nos jours sont anodines quand comparées à leurs similitudes.

 

Les criminels reflètent les militaristes. Tous deux partagent la même affinité d’élite de bataille pour infliger le malheur. Tu trouveras les mêmes traits dans tous trois de ces camps : emprise aux risques, loyauté de clan, brutalité experte, rituels de dominance et de soumission, féroces chaînes d'ordre, exigence d’obéissance parfaite, saisie du pouvoir par force et ruse, mépris d’étrangers, penchant pour des supercheries, et compulsion à fomenter peines, tourments et terreurs — de préférence sur des innocents sans défense car ils sont plus faciles à abuser.

Une fois qu’éclate la guerre, des détenus et des syndicats criminels font éruption dans l'armée. En temps de paix, des magistrats forcent fréquemment des adolescents butés à choisir entre l'armée et la prison. Plusieurs assassins à louer ont sollicité des nouveaux clients dans les annonces du journal Soldier of Fortune.

Une autre fraternité d’armes persiste non reconnue : celle partagée par la police et le milieu criminel. Des cafardeurs et des larcins insignifiants, habitants des capitales de l’Europe pendant l’ère victorienne, ont été les premières recrues dans les forces modernes de police. Le raisonnement d’élites d'info fut tel :

 

·     le meilleur chasseur de criminels doit en être un autre ; et

·     pourquoi ne pas embaucher la moitié davantage sagace de ces agresseurs malintentionnés, les traquer sous surveillance vigoureuse et les appeler « la police » plutôt que tenter l’arrestation de ces deux bandes de fripouilles par une tierce moins bien qualifiée ?

 

Interpol, l'agence centrale de la police européenne, fut établi sur des dossiers et réseaux d'informateurs de la Gestapo ; la CIA, sur des agents recrutés par l’OSS, son prédécesseur. La première agence fonctionnelle de la communauté économique européenne fut la dernière de l’Europe dominée par les Nazis : sa police. Tout comme le dernier râle de l'empire romain fut son corps de lois.

Interpol s'est officiellement purgé plutôt récemment des pires aspects de sa contamination nazie. Contrairement au gouvernement américain qui n'a jamais admis ni rétracté son penchant d’après-guerre pour des agents fascistes et leurs sales ruses : jusqu'à et y compris l'assassinat impuni d’un président titulaire des Etats-unis, John F. Kennedy.

Dans une vraie démocratie, une telle infraction aurait provoqué une guerre civile jusqu'à ce que les conspirateurs d'élite auraient été traînés dans la lumière du jour et condamnés en public. L’entièreté du gouvernement américain a menti, assassiné qui sait combien de témoins honnêtes et abrité la canaille responsable afin de prévenir cette catastrophe.

 

D'après la mode courante de pensée d’armes, des nouvelles efficacités de production priveront d'emploi et de revenue légitime – comme ces nécessités sont mal comprises aujourd’hui – des regroupements énormes de main-d’œuvre civile. Plutôt que d'installer des réseaux d'Apprentis et ainsi générer des travaux neufs pour ces gens, les réactionnaires ont organisé des programmes massifs de criminalisation de vétilles et construction de prisons. Il y a beaucoup trop de détenus aux Etats-unis toute seule, (un pour-cent de sa population et toujours en croissance, le quart de la population pénale au monde) et autant trop d’employés gouvernementaux pour les traquer, manier et garder. Staline aurait été fier du triomphe de ses successeurs psychopathes. Ce remplacement abruti d’emplois profitables personnifie la gestion d’armes.

Aucune armée, ni agence de police ni syndicat criminel – peu importe l’étendu de sa brutalité et de son armement – n’a su mettre en vigueur l’obéissance publique dépassant celle dont des majorités locales seraient dispos de s’imposer. Faute d’une transformation correspondante aux mains des Apprentis, le revaloir de la monnaie courante des responsabilités publiques doit être une grosse perte de temps — soit sous la menace du revolver et du goulag soit en se servant d’armes non mortelles et de la propagande des médias de masse.

Obtenir, au moyen d’augmentations brutes de personnel et de puissance de feu, que la police supprime la dissidence légitime en multipliant des arrestations triviales, de la brutalité rotulienne et des surveillances illégales, cela ne parvient qu’à raffiner la corruption institutionnelle et exposer davantage de victimes parmi les innocents.

Les agences de police les plus efficaces sont des instruments de paix : elles sont distinctes de la police secrète, des agences de renseignement militaire et des armées qui sont des technologies d’armes. Une police bien réglée se sert du minimum de force nécessaire pour supprimer la violence. Afin d'opérer avec efficacité, elle doit être appuyée par des services sociaux bien financés. Dans l’idéal, elle se soumet à une magistrature honnête, prudente et contrôlée par des jurys à travers des gradins de révision ouverte aux revues publiques et aux appels privés. Au mieux doit-elle être équipée par un mélange ethnique correspondant à celui de la population qu’elle surveille et habitant le même quartier.

Les problèmes civiques doivent être adressés par des interventions sociales, législatives, volontaires et d'entreprise — non pétris par force brute. Si des griefs légitimes provoquent une démonstration de masse, ceux-ci doivent être négociés de façon constructive et des nouveaux canaux de communication ouverts selon leur légitimité.

En revanche, les armées sont formées, organisées et déployées pour induire de massifs dégâts et pertes aussi rapidement que possible, sans se soucier des droits et des maux. Elles exigent souveraineté absolue dans leur milieu de destruction et ne reconnaissent aucune loi que la leur.

Ordonner aux forces militaires d'appliquer des surcroîts gradués de force – soulager le désastre et fournir de l’assistance sociale dans des cadres civils, par exemple ou  bien imposer de la non-violence aux adversaires qui refusent d’obéir à un cessez-le-feu – cela trahit une mésentente totale de la gestion d’armes. Chaque fois que des élites d'info ont confondu les fonctions policières et militaires en une seule bureaucratie armée, elles ont abusé leurs hôtes prolétaires sinon par brutalité trop zélée, par négligence gâcheuse, entraînant nécessairement des pertes superflues.

Allons voir en Irak : notre modèle conjoint de l’avenir sur la terre en armes. Faluja équivaut à ta ville natale. Cela t’inspire ?

En fonction que se détériore la qualité de la vie, les punitions criminelles perdent leur efficacité. Quand celle-là s’améliore, surtout parmi les pauvres, la dissuasion de la criminalité s’en remet. Les moins stupides des criminels finissent par trouver qu'ils ont trop à perdre – et trop de bonnes alternatives desquelles choisir – pour se contenter de simple criminalité. Une fois qu’ils reprennent le bon chemin, ils se rendent en alliés des forces de l’ordre ou du moins en neutres.

Une fois les punitions réduites, les résultats suivants peuvent être envisagés : beaucoup moins de criminels d'autant moins compétents, affrontant une majorité respectueuse de la loi et ses alliés naturels : une force de police pour la plupart honnête et une magistrature intégralement contrôlée par des jurys.

Autrement, les soi-disant criminels sont des guérilleros à peine dissimulés : des poissons à la nage dans la mer de leurs victimes coopératives. La peuplade et sa minorité criminelle se rendent en alliées mal disposées, rangées coude à coude face à l’oppresseur « d’ordre public anti-infraction » telle que la population de Bosnie, honnête et autrement, aux premiers combats contres des Serbes ; tels que les « modérés » et les fondamentalistes brutaux contre le fascisme culminant d’Assad. Voici évidement le meilleur champ de recrutement pour des élites de bataille, donc l’aboutissement préféré des gérants d’armes.

Dans un Etat d’armes, une active conscience morale ne doit appartenir qu’aux idéalistes, aux esclaves, aux vétérans nourrissant de vieux cauchemars et aux petits enthousiastes divertis par de sanglants contes de fées. La mentalité d’armes impose aux restants la trahison sur commande de leur conscience morale. Elle leur enseigne de tolérer l'intolérable, ainsi que les Nazis ont persuadé l’Europe et le monde entier d’ignorer l'holocauste sous la menace du Luger.

Ce qu’on appelle en ricanant « la culture moderne » c’est notre tentative de justifier cette aberration massive de valeurs. Par quel droit et devoir étayons-nous cette travestie ?

Passons au plus salubre !

 

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