- LA FORMULE DE MENACE -

 ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

Le compte des corps x la distance / le temps2

 

La civilisation raffine inlassablement une formule de menace truffée de constants et de variables. L’histoire enregistrée n’est qu’un compte rendu fourbe de cet affinage compulsif.

L'humanité a oublié autant de technologie paisible qu’elle a retenue d’entendement d'armes. La mortalité d’enfantement, les calories absorbées et les chansons interprétées : de tels ont fluctué et sitôt été oubliés. Entre-temps, la mémoire collective a scrupuleusement retenu des exigences d'armes. La gestion d'armes, c’est tout à laquelle nous avons vraiment excellée.

La gérance d’armes n'a jamais assuré la sécurité de ses adhérents à longue échéance. Le plus passionné notre enlacement dans les bras de la technologie d'armes, le plus il sera probable que son prochain paroxysme nous écrasera avec tout ce que nous chérissons.

Chaque nation identifie une multitude de menaces stratégiques – autant chez elle qu’à l'étranger – et dispose d’un grand étalage de comportements et de technologies à l’appui de sa contre-menace préventive. Du Trinidad à la Place Tienanmen, ils sont de friables œuvres maître de la gestion d’armes optimisés pour la guerre. Tous peuvent se mettre sur pied de guerre illico et mener lutte continue tout en demeurant assez vulnérable pour être dévasté dans quelques heurs.

Nous avons oublié la plupart des technologies et des mentalités scrupuleusement paisibles, soit à base religieuse ou idéologique, même celles liminaires adoptées autrefois par des civilisations d’armes moins défendables que les nôtres. Tout ce qu’on admet de paisible aujourd’hui, l’on l’a constamment oublié et dût le réapprendre.

Par définition, la gestion entièrement paisible est préhistorique : en deçà de la représentation de nos écrits historiques car anéanti par l’histoire écrite. Elle aurait pu être très raffinée jadis, mais elle est considérée « primitive » sinon inexistante selon notre barbarisme d’armes contemporain.

 

La technologie d’armes force une économie autrement paisible de se soustraire de ses volets soutenables de développement et de créativité. Même en temps de paix, beaucoup d’ouvriers doivent être mis au ralenti pour satisfaire la demande du recrutement militaire. De nombreuses technologies paisibles sont rejetées comme inefficaces du point de vue coût, telles que l’énergie solaire et éolienne. En revanche, des technologies d’armes ruineuses bénéficient de primes doubles et triples.

Chaque centrale nucléaire, par exemple, réclame des fortunes en quintuple : les deux premières défrayant ses coûts de construction et d’opération ; les trois en aval : de sécurité, de disposition de déchets radioactifs et de décontamination. Aucun réacteur nucléaire commercial n’a encore été démantelé. Nous en reparlerons de ce montant astronomique, non moins celui requis pour le demi-millier bientôt suranné. Ce qui caractérise un système typiques d’armes : ruineux du point de vue paisible et de létalité correspondante.

 

L'éducation inadéquate et le sous-emploi n’ont jamais diminué l’inflation, quoique cette diminution soit la justification habituelle pour un manque d’emplois au point d’être abusif. Le chômage n’a jamais résolu des problèmes économiques, il les aigrit.

Pendant la deuxième sic guerre mondiale – en dépit d’une mobilisation totale et de son plein emploi – l'Amérique neutralisa l'inflation en taxant ses profits militaro-industriels et les redistribuant par voie d’un GI Bill immobilier/éducationnel, (ce projet de loi visant les GIs vétérans de cette guerre) et des programmes d'aide économique à l’étranger (le Plan Marshall pour l’Europe en particulier, ainsi que ceux moins bien publiés en faveur du Japon et des « petits tigres » d’Asie.)

Le peuple et le gouvernement suédois l’ont réussi d’autant bien après la deuxième sic guerre mondiale, jusqu'à leur relance de fin de centenaire dans le prochain terrain de stationnement MacDonalds conforme aux autres. Ils en sont parvenus en taxant sévèrement le tout et prodiguant de cette fortune pour des travaux publics, du plein emploi et de généreux services publics.

En revanche, les infractions et les émeutes se multiplient avec l’aggravation du chômage. Le taux de recrutement militaire se rehausse dans la même mesure, ainsi que la qualité des recrues dans les forces de hargne (armées.) Les réactionnaires politiques s’y réjouissent comme des larves dans le pourri.

Ces gaspillages – soit d’origine criminelle, industrielle et environnementale soit d'imposition – ont ceci en commun. Comme la carcasse d’une baleine dépecée sur la plage, elles laissent traîner des festons de graisse financière en temps de paix, qui peuvent être mieux recyclées pour défrayer des urgences martiales dans l’avenir.

Voici pourquoi les directeurs d’armes ne parviennent jamais à contrôler l’injustice usuelle, le gaspillage économique et le crime rampant. Ils se prolifèrent en temps de paix, en dépit de moultes tentatives bien intentionnées de les empêcher. Réinvestis avec meilleure efficacité pendant la guerre, ces gaspillages de paix financent des projets imprévus mais cruciaux d'armes.

Obtenir qu'un Etat en armes opère avec justice et efficacité, ce serait pareil à ce qu'une décharge d'ordures sente comme des roses. Remarque que l’on peut bien l’accomplir et assez facilement d’ailleurs, en couvrant ces ordures de terre arable et en y plantant des rosiers. Mais ce ne sera plus alors une décharge d'ordures. La technologie d’armes est incapable de se transformer en celle équivalente de paix sans la réduire et sans exposer ses réducteurs à des techniciens d’armes encore plus réactionnaires, mieux armés et fanatiques autant chez eux qu’à l'étranger.

 

La réputation nationale est un autre figurant clé dans la formule de menace. Combien de guerres précédentes ont abouti en victoire ? Combien d’autres en défaite ? Assez souvent de suite, de façon paradoxale, des armées battues se rendent en adversaires encore plus dangereux que celles jouissant d’une série de victoires. Les tâches gouvernementales de survivre la défaite militaire et rétablir la cohésion politique sont beaucoup plus exigeantes qu’une simple régence d'après victoire. Celle émérite est exigée pour transformer la défaite militaire en succès à long terme. N’importe quel incompétent peut régir une nation victorieuse. De flagrantes conspirations de sots ne l’ont-ils pas effectué récemment ? Les meilleurs chefs d’après la défaite pourraient bien battre ceux médiocres d’après la victoire.

Le général américain, George Patton, affirma que personne n'a gagné de guerre en demeurant sur la défensive. L’expérience américaine de la guerre au Vietnam et celles des Russes puis des Américains en Afghanistan l’auraient rendu aussi confus que ses confrères militaires plagiaires de John Wayne, capitalistes comme communistes. Sans doute aurait-il décrété la destruction de ce genre d'adversaire sur-le-champ à coups de bombes nucléaires. Ainsi que des généraux français en Indochine ont prévu de contraindre l’armée américaine à Dien Bien Phu : la forcer de larguer une bombe atomique (plusieurs ?) sur l’énorme cible dont ils avaient rendu l’armée Vietminh en déployant leurs troupes d’élite comme appât dans le mille. Les généraux MacArthur et Lemay et leurs pairs militaro-politiques génocidaires souhaitaient en effectuer autant contre le monde communiste. Dingues éperdus.

En réalité, personne n'est jamais parvenu à une victoire militaire décisive. De telles ont toujours été soumises aux imperfections du monde matériel, (ce qu’appelait Clausewitz « la friction ») comme pour toutes les autres aventures terrestres. Alexandre le Grossier de Macédoine a bien pu s’approcher de la victoire totale, mais ses triomphes lui ont coûté sa vie et son empire. Les Mongoles et d’autres s’en sont peut-être approchés à coups prodigues de génocide mais se sont désagrégés presque aussi rapidement.

L'Amérique peut se vanter d’avoir gagné les deux guerres dites mondiales. Malgré cela, ses centaines de milliers de pertes en guerre depuis, son complexe en boursouflure militaro-industriel-renseignement-pénitencier, le croulement de ses infrastructures civiles, son électorat ignare et de sa direction de connivence et de stupidité atteignant des cimes de génie: tous s’ajoutent pour nier ce scénario de vie en rose.

 

En guerre totale, ceux les plus courageux, obéissants, idéalistes et les mieux appliqués périssent aux premier rang du combat (ainsi que ceux les moins : laissant aux médiocres de triompher.) Des incompétents, des lâches, des fossiles mentaux et des opportunistes sont laissés dans l'ensemble pour ramasser les bouts. L'Europe a nécessité des décennies pour se remettre de ses multiples paroxysmes, l'Amérique ne s'est jamais remise de sa guerre civile, et les anciennes puissances communistes sont à peine parvenues à émerger de leur coma traumatisé. Une nation ravagée par la guerre totale ressemble à la victime d’un coup de cerveau : retrouvant peu à peu l'usage paralytique de ses membres, de sa voix et de sa mémoire.

Somme toute, chaque empire se rend la proie de ses contradictions internes. Des organisations superbes ont été uniquement capables d’absorber des pertes maléfiques et émerger avec un succès durable. À la suite de chaque défaite, des techniciens survivants de paix – les meilleurs disparus au combat en tant que chefs de petite unité et simples soldats gentilshommes, voire massacrés des deux cotés en tant que régents de communes sans défense : instituteurs, docteurs, prêtres et tels – ont raccommodé la structure sociale effilochée, restauré la base de production épuisée et rassuré le public secoué. Dès qu’ils ont rétabli une infrastructure modeste de paix, des directeurs d’armes ont reparu pour renouer leur contrôle illicite et reprendre leurs habitudes abusives.

Je te demande à quoi la civilisation ressemblerait si tant d’artistes, de braves gens et de savants n'eussent péri en guerre ? Pense aux milliers d’équivalents internationaux d’Einstein, Tesla, Kant, Monet, Clara Barton, Verlaine et Yeats, hachés sous des barrages d’artillerie et déchus de maladie dans une tranché charnière. Multiplie ce sacrifice par des milliers d’instances historiques et autant de localités multiples.

La Deuxième sic guerre mondiale a suivi celle Première sic comme un rouage d’horloge, non pas à cause d’un mythe quelconque d’inévitabilité géopolitique mais parce que le génie collectif qui aurait su comment mieux faire fut massacré lors des batailles précédentes qui ne sont parvenus qu’à remonter la sonnerie coucou de la mentalité d’armes.

Si ce sort leur avait été épargné, la culture mondiale serait sans doute beaucoup plus belle, raffinée et significative — bien moins encombrée de mauvais goût, de bric-à-brac produit en série et des vétilles littéraires, philosophiques et politiques que favorisent les médiocres vicieux que la guerre épargne et promeut à leur place.

La technique de survie d'une communauté battue est plus intéressante que celle d’empires militaires « prospères » que nous sommes tenus à étudier avec révérence. Ceux-ci ont tendance à crouler après la mort de leur initiateur charismatique ou leur première défaite sérieuse. En outre, l'histoire de la mentalité paisible est un staccato d'inepties bien intentionnées qui semblent toujours aboutir en désastre. Des attitudes et stratégies d’après la défaite devraient donc attiser la curiosité des Apprentis.

Nous pourrions tirer certaines conclusions à l’égard des dissidents d’armes. Leurs nombreuses défaites les rendent aussi affamés pour la réussite que paumés quant aux moyens de réussir. Ils s’obstinent à revalider des anciennes tactiques et renier la pérennité de leur faillite. Comme des aliénés mentaux momifiés dans une camisole de force en une cellule capitonnée, ils se répètent les mêmes distractions vides en attendant de meilleurs résultats.

Les pires opposants du progrès n’auraient pas pu mieux saboter les résultats des parties politiques que ses gérants actuels. Ils sabotent le programme progressiste d’en haut, comme en sont parvenus les nazis. Les « gérants » progressistes actuels en parviennent-ils ? Sans doute, étant donné leurs résultats nuls.

Pendant l’initiative de gèle nucléaire en Alaska en 1986, une plaisante  femme d’age mur reçut chez elle les activistes de la ville d’Anchorage. Vers la fin de cette campagne, nous avons du nous réunir et nous ré-organiser ailleurs car, en dépit de ses expressions d’appui enthousiastes, elle parvint à rechigner chaque nouvelle action suggérée dans sa présence. La même chose a pu survenir au corps anarchique des progressistes altermondialistes. Est-ce que leurs activités ont été gérées, sponsorisées et sabotées jusque là par nos pires ennemis travestis en promoteurs inspiratoires ?

 

Les réactionnaires retiennent quelques avantages sur ces progressistes inopérants : leurs chefs n'ont pas besoin d'être admirables. Au contraire, il serait mieux qu’ils soient draconiens, préjugés, arbitraires et punitifs (Trump.) On doit s’attendre à ce qu’ils mentent avec zelle et sincérité sur une vaste gamme de sujets. L’humour leur est superflu, c’est plutôt pour les faibles. Toute déviation sous-entendue de ces extrêmes sera reconnue comme une tactique hypocrite et le déviationniste, estimé pour sa capacité de duper les crédules. Ces conservateurs éliront un mufle, un médiocre, un arnaqueur enjôleur ou un déboussolé patent dès que celui-ci promettra d’embrasser leurs conspirations d'avidité avec délectation suffisante. Aucune politique rationnelle ne lui sera exigée ; au contraire, la plus elle se rend émotive, simplificatrice, évasive, préjudiciable et servant pour soi, le mieux pour eux. Les entrains de base auxquels ils font appel (sous-entendus si nécessaire) sont l’avarice, la panique, la bigoterie, la plainte de soi et l’avoir droit sans justification.

Des émotions leur semblent tellement supérieures à la sagesse qu’ils doivent la récurer du discours public. Cette idée est intéressante en soi. Les psychopathes démunis d’empathie se servent d’arguments fallacieux pour faire appelle aux émotions de panique qui rejettent le bon sens. Ceux qui carburent à l’empathie font appelle avant tout au bon raisonnement et trouvent vaines des émotions la plupart du temps. Après tout, pour les consciencieux, peu d’appels à l’émotion sont nécessaires (la bonne raison va de soi.)
Quant à ceux démunis de conscience morale, leur répétition verbale d’émotions de panique semble essentielle. En fait, n’avoir aucune politique à part des banalités insultantes semble réduire leur vulnérabilité aux critiques raisonnables.

De nombreux politiciens conservateurs ont fondé une carrière prospère sur la fraude, les supercheries, le chantage et pire ― partagés exclusivement par des éminences grises. Ceux les plus puissants ont concentré leur malice sur une ou plusieurs minorités de proies choisies. Leurs méfaits quotidiens, si rendus publics, les auraient précipités en oubliette politique : (Joseph McCarthy, Richard Nixon, Kurt Waldheim, Radovan Karadzic, etc.) Quel dommage qu’ils soient protégés par des élites également corrompues.

Les habitudes de longue date des réactionnaires américains ont été de lier la patte aux Nations Unies, lobotomiser le State Department, (le ministère des affaires étrangères aux USA) et planter des chefs troglodytes dans les agences de renseignement stratégique. Le moins de maîtrise que démontrent ces organisations, les plus copieuses les guerres et les crises terrestres qu’ils permettront avec de correspondants revenus de guerre pour leurs patrons dégueulasses.

Puisque de tels abus ont été laissés passer sans correction depuis des décennies, tout ce qu’on peut attendre de telles agences, c’est l’ineptie haussant des épaules, la stagnation bureaucratique, le massacre dans les coulisses (au drone à présent : ses tactiques d’une ressemblance saisissante aux Assassins de l’ancienne Syrie), le shadisme de bigot et la semence sur commande de panique médiatique.

Qui aurait prédit que 8.000 hommes en automitrailleuses 4x4 Toyota auraient pu mettre en déroute quatre divisions d’infanterie irakienne équipée et entraînée à l’américaine ? Sinon que les arsenaux de Gaddaffi nécessitaient d’être bombardés en tapis avant de tomber entre de mauvaises mains ? Qui donc ? Depuis son enfantement en Afghanistan sous l’occupation Soviet, d’une manière ou d’une autre, Daeche a été subsidié par les Etats-unis et son recrutement éperonné.

De colossales revenues d’impôt disparaissent dans la poche des pires malfaiteurs que les réactionnaires peuvent recruter tant chez eux qu’outremer.

En revanche, les progressistes hésitent à soutenir n’importe qui. Ils s’attendent à ce qu’un Moïse leur guide dans la terre promise. N'importe qui dont la sainteté n’est pas certifiée sera indigne de dévouement. Cette incertitude moraliste est leur plus grande gloire et faiblesse. Le Chef parfait qu'ils attendent si placidement peut être aisément assassiné, laissant libre le champ politique pour les réactionnaires et leurs bandits certifiés pendant une nouvelle génération ou deux, centenaire ou deux, jusqu'à ce que la prochaine cible charismatique ait le cran de se mettre debout pour être abattu à son tour, et ainsi de suite.

Personne n’a saisi la vérité de base que la Voix et la Vision parfaites qu'ils attendent perchent dans la superconscience collective où elles sont à l’épreuve de l'assassinat politique et du défaut de caractère. Les progressistes sont trop apeurés pour prendre le premier pas qui serait de se rallier sans trop se préoccuper de leurs faiblesses particulières et d'organisation. Ils préfèrent déléguer le risque et la responsabilité pour cette transformation à un messie miroitant en mirage attrayant dans un avenir nébuleux et bien reculé.

 

 

La plupart des conquêtes coloniales n’ont été que de présomptueuses expéditions de pillage ambitionnées par des entrepreneurs intermédiaires. D’insignifiants militaristes, entrepreneurs, politiciens et fanatiques religieux ont versé à plein seau du sang et de l'encre bien rouges, en dépit de la réticence de citoyens et de bureaucrates métropolitains pareillement aversifs.

Quant à l’influence des riches, eh bien !

 

« Chaque grande démarche politique qui implique un nouveau flot de capital ou une forte variation dans la valeur des investissements actuels doit obtenir l’autorisation et l’aide pratique de ce groupuscule de rois financiers… »

« Créer des nouvelles dettes publiques, lancer des compagnies neuves et susciter des variations persévérantes et considérables de valeurs sont trois préalables pour leurs affaires avantageuses. Chacune d’elles les engage dans la politique et les catapulte du côté de l'impérialisme. »

« Les arrangements publics du financement de la guerre aux Philippines ont mis quelques millions de dollars dans les poches de M. Pierpont Morgan et de ses amis ; la guerre entre la Chine et le Japon, qui harnacha pour la première fois l'empire céleste à une dette publique, et l’indemnité qu'elle devra verser à ses envahisseurs européens dans le cadre de ce conflit récent : tous apportent du blé aux moulins financiers de l’Europe. Chaque concession arrachée d'un potentat étranger mal disposé, qu’elle soit ferroviaire ou minière, implique une autre affaire avantageuse pour l’accroissement du capital et le lancement de compagnies. La politique qui suscite des frayeurs d'agression … et incite la rivalité de nations commerçantes, … suscite de vastes dépenses aux armements et des dettes publiques qui s’accumulent pour toujours alors que les doutes et les risques qui découlent de cette politique promeuvent une oscillation persévérante dans la valeur des titres si avantageuse au financier habile. Il n'y a aucune guerre, ni révolution, ni assassinat anarchiste, ni autre choc public qui ne rende profit à ces hommes : ce sont des harpies qui sucent leurs gains de chaque nouvelle dépense forcée et trouble subit dans le crédit public… »

« Il est vrai que la politique de ces messieurs ne mène pas nécessairement à la guerre. Là où elle provoquerait des dégâts trop étendus et permanents dans la cohésion tangible des industries – la base primaire de leurs spéculations – leur influence sera lancée pour la paix. [Nota : ceci fut écrit avant la première sic guerre mondiale qui a imposé un démenti formel à cette conclusion.] … Mais chaque hausse de dépenses publiques, chaque oscillation du crédit public à moins de son écroulement, chaque opération audacieuse par laquelle des ressources publiques sont rendues garantes de spéculations privées, toutes sont avantageuses au gros prêteur et au spéculateur. »

« Etant donné la part dans l’expansion impériale que jouent des influences non économiques : patriotisme, aventurisme, expédition militaire, ambition politique et coup de théâtre philanthropique ; il semble qu’imputer tant de pouvoirs aux financiers, ce serait adopter un point de vue historique trop étroitement économique. Et il est certain que la force motrice de l’impérialisme n'est pas principalement financière : les finances sont plutôt le gouvernail de ce moteur impérial, qui dirige son énergie et détermine son travail : elles ne constituent pas son carburant ni ne fournissent-elles son énergie en directe. Le monde financier manipule les forces patriotiques que suscitent des politiciens, des soldats, des philanthropes et des négociants ; l'enthousiasme pour l’expansion, issu de ces sources,  il est désordonné et aveugle quoique vigoureux et authentique ; l'intérêt financier possède les vertus clairvoyantes de concentration et de calcul exigées pour mettre en œuvre l’impérialisme. Le politicien ambitieux, le soldat frontalier, le missionnaire trop zélé, le négociant arrogant : ils sont tous capables de suggérer une expansion impériale, voire d’entamer ses premiers pas, et peuvent aussi contribuer à l’instruction de l'opinion patriotique de la nécessité pressante de nouvelles propositions ; mais l’ultime résolution reste entre les mains du pouvoir financier. L'influence directe exercée sur la haute politique par les grandes boites financières est soutenue par le contrôle qu’elles exercent sur le corps de l'opinion publique par voie de la presse qui, dans tous les pays soi-disant civilisés, se rend de plus en plus leur instrument obéissant. » L’impérialisme : Une étude, (en anglais, Imperialism, A Study) par J. A. Hobson, George Allen & Unvin Ltd., Londres, 1902, quatrième impression, 1948, pp. 57-60. [Nota : Les italiques sont les miennes.]

 

Une situation bourrée de troubles, de craintes et d'incertitudes suscite le meilleur profit pour une l’élite. L'escroquerie favorite des très riches, c’est apporter la plus ardente étincelle de confrontation à la plus épaisse vapeur explosive de tensions internationales, sans embraser la piscine d'hydrocarbure dans laquelle nous pataugeons tous.

Ainsi la guerre froide nous a laissé cent cinquante millions de morts de guerre, des milliards de pertes supplémentaires à cause de famines et de maladies dispensables, avec des millions sans compter de réfugiés en plus (à vrai dire, 65,3 millions en 2015 et en hausse chaque année, formant de ce fait la 21eme nation sur terre.) Elle a servi comme crèche douillette pour des profiteurs de guerre.

Autant qu’ils réussissent à leur jeu sanglant, ils en obtiennent des richesses inimaginables. Mais qu’ils ratent leur coup même pour un petit instant et boum ! Voila que leurs propres enfants engouffrés dans l’abattoir de la guerre totale avec presque tous les restants.

Les Apprentis défieront cette pratique. De leur point de vue, une politique internationale excellente car bien informée engendrera le pire climat pour des investissements de haut risque : trop ennuyeux, trop de sécurité pour de distantes victimes ; trop de reconnaissances particulières, d’entretiens intimes (« Comment vont les gosses ? ») et  d’estime mutuelle. Plus personne parmi les faibles ne serait laissé assez convenablement ignoré et méprisé pour servir comme victime déshumanisée pour profit (comme le pauvre monde austral sert actuellement à l’Occident riche.) Plus personne parmi les puissants n’exposera ses conjoints humains, proches ou distants, à de tels désastres soit leur improbabilité. Plus aucun profit là-dedans et beaucoup plus d’ennuis.

Une politique internationale serviable appliquera force minime pour réduire les tensions globales. À l’aide d’interactions cosmopolites, la communauté clairement supérieure sacrifiera quelques concessions secondaires afin de rééquilibrer les affaires après chaque crise. Le modéré local gagnera plein appui alors que les chaosistes et extrémistes prismatiques seront désarmés par force minime. Cette politique frustrera les trafics de haut risque sur la surface terrestre. Les Apprentis déplaceront l’attention de tels joueurs dans l’espace extraterrestre : là où leur addiction aux crises réussira le mieux.

Un prochain projet d'entreprise privé dans l'espace orbitale sera une roue d’habitat telle que celle représentée dans le film 2001, sauf ressemblant à une géante roulette vue de près, et depuis la terre comme une grosse étoile écarlate. Elle servira principalement comme casino de luxe pour les riches et lieu d’escapade ou de panoplie pour les célébrités.

Sous la gérance des Apprentis, chaque instrument trouvera sa propre fonction en coopération avec ses compléments, réalisant ce qu’il fait de mieux et laissant le reste aux autres mieux qualifiés.

Plus jamais une gérance d’armes, que ce soit au nihilisme compte-sous d’un empire d’esclaves de marché corporatif ou à l’imposition d’une nouvelle sorte d’idéologie ou de culte (quel qu’en soit l’attrait) dominant partout par force brute et ne parvenant à rien contrôler de façon efficace. Il semble apparent que Dieu contrôle tout sous les cieux : ce qui n’a jamais été le cas pour une institution exclusive que l’homme ait inventée  et imposée de force d’armes.

Quand des politiques d’armes se gâtent en massacres et désastres, elles ne peuvent être caractérisées comme des « échecs et erreurs » tels qu’on a été mené à les supposer. Au contraire, des directeurs d’armes ont empiré ces fâcheux résultats exprès. Après chaque désastre et crime massif, nous avons été réduits à spéculer, « Qu’est ce qui aurait mal tourné ? » La réponse ? « Rien n’a mal tourné. Tout s’est déroulé strictement selon la planification des gestionnaires d’armes. »

Chaque fois que nous avons confondu les conséquences monstrueuses de la gestion intentionnelle d’armes avec celles accidentelles de l’avidité, de la folie où de la stupidité – toutes insignifiantes – nous avons permis aux directeurs d’armes de brouiller leurs traces.

Nous ne pouvons même pas considérer la guerre nucléaire totale comme un échec de leur part. Après tout, des abeilles guerrières meurent une fois qu’elles ont piqué de leur dard, et cette fatalité ne leur empêchera pas de piquer une cible menaçante. Elles pourront donc se flatter, lors de leurs derniers clignotements de conscience, qu'elles ont rendu honneur à leur devoir. Ce serait également le cas pour les barons de l’holocauste nucléaire auxquels nous avons rendu les moyens de terminer la vie civilisée sur cette planète pour défendre des valeurs et accumuler des profits justifiables ou pas.

 

Les embargos d’armes ne réussissent pas non plus. Des régimes légitimes et leurs peuples souffrent la plupart des dégâts d’un embargo bilatéral d’armes. De tels ont raté pendant la guerre civile en Espagne, l'invasion italienne d’Abyssinie, la plus récente crise en Yougoslavie, en Irak entre les deux guerres ainsi que dans d’autres lieux et saisons.

Reniant toute justice, le réflexe des agresseurs sera de s’armer beaucoup mieux que leurs victimes avant la première attaque. Pour prix fort, des entrepreneurs bien organisés (voire criminels) leur fourniront encore plus d'armes sur demande ; ces brocanteurs, souvent les mêmes mandatés de régler l’embargo d’armes. Au demeurant, des victimes en masse et leurs gouvernements légitimes souffriront du choc principal d’embargos d’armes.

 

 

 

Le rappel rituel des Américains, de l’assaut traumatique à Pearl Harbor, a figé la communauté mondiale au bord de son fauteuil nucléaire pendant un demi-centenaire. Leur seule rédemption ? Qu’ils n’aient tiré cette gâchette facile que deux fois pendant leur tournée de ronde, et seulement après provocation culminante. Quant à la Russie et d’autres pouvoirs nucléaires, jamais.

La dernière quinzaine d’années de guerres futiles occidento-musulmanes fut provoquée par l’onze-neuf. De la même manière, la part russe de la guerre froide et sa tentative de reprise par Putin sont en partie justifiées par l’assaut traumatisant de la Mère Russie sur quinze-cent kilomètres de sa frontière par les nazis. Vous Français n’avez pas besoin de l’imaginer, ils vous ont joués le même tour. Les Chinois ont subi le même sort aux mains des Japonais. Ce n’est pas étonnant tout le monde opère à la gâchette facile ! Chaque gouvernement sur la terre en armes souffre de SSPT !

 

Il y a de l’ironie dans le constat que le Président Franklin Roosevelt ait pu connaître en détail le plan d’attaque de l’amiral Yamamoto, bien avant que la flotte de cuirassées américaines n’ait été bombardée à Pearl Harbor. Des milliers de pertes, des centaines d’avions détruits et huit cuirassées obsolètes sombrés dans la boue d’Oahu : ces pertes auraient pu être moins redoutables que celles de l’alternatif le plus probable.

Si la flotte combattante des U.S.A. avait essuyé l’attaque japonaise avec moins de dégâts, elle serait sortie à la rescousse du Général MacArthur et de ses troupes aux Philippines selon le souhait d’ « amiraux de cuirassée. » Quatre porte-avions américains, (convenablement absents le 7 décembre, ainsi que de vitaux vaisseaux de cargo rapide et des ravitailleurs de carburant) avec presque tous les vaisseaux combattants que la marine américaine aurait pu y attacher – leurs avions obsolètes et pilotes novices ; leurs radars primitifs, peu fiables ou inexistants ; leurs torpilles névralgiques au point d’être dérisoires – auraient convoyé des divisions entières de soldats réguliers et de Marines avec des centaines d’avions, de pièces d’artillerie et de chars, le tout empaqueté : presque le plénier inventaire des cadres entraînés et de la machinerie combattante aux U.S.A.

Quelque part dans le Pacifique oriental, loin de tout appui et pris au piège dans une toile d’araignée de bases aériennes fortifiées japonaises, ils auraient dû confronter dix porte-avions japonais aux appareils superbes et pilotes aguerris, dix cuirassées modernisées, des essaims de submersibles et de vaisseaux d’escorte hérissés de redoutables torpilles « Longue Lance. »

Ces jours-là, les amiraux bigots américains renvoyaient la prouesse de leur adversaire — une mauvaise habitude constante parmi les militaires américains. Aucun dénouement militaire ne peut être pire que celui résultant de la sous-estimation de son adversaire.

Souhaitant de leur peau, les Japonais ne se seraient pas encombrés de transports vulnérables. Des duels aériens et des attaques de submersible tout le long de la journée – encore plus déséquilibrés en faveur des Japonais que ceux à Midway et aux Îles Salomon lors desquels les Américains ont à peine prévalu à force de sacrifices héroïques et de minutage miraculeux – auraient alterné avec des accrocs balafres de nuit, comptant sur l’œil multiplié par des binoculaires exquis et de l’entraînement brutal à l’encontre d’une technologie de radar en enfance : ceux que les Japonais ont dominés de façon routinière pendant la première moitié de la guerre.

En bref, s’aurait été une reprise de la bataille de Tsushima. Cette fois-ci, s’auraient été les Américains, aveuglés par leur bigoterie et manque de radars, qui auraient été massacrés aux mains des marins samouraïs au lieu des Russes qui ont péri parce qu’ils ont emmagasiné des tas de munitions apprêtées dans leurs batteries d’artillerie secondaire, (afin de prévenir une subite attaque de torpilleurs) qui ont sauté en sympathie sous les premiers coups à longue portée des batteries primaires japonaises.

Au lieu des bas-fonds d’Oahu, les essentiels militaires de l’Amérique auraient sombré dans l’abîme. Quant aux survivants qui auraient combattu jusqu’aux Philippines, ils auraient simplement additionné à la prise japonaise de prisonniers affamés.

Chancelant après cette débâcle, manquant de cadres nécessaires pour sa force armée d’envergure globale, les Américains auraient pris une autre décennie pour atteindre le cran de compétence au combat qu’ils atteignirent en 1944. Par nécessité, ils auraient ignoré l’Europe au-delà de la défense statique de l’Angleterre. Ils auraient dû contre-attaquer à Hawaii, en Australie, en Inde, en Chine et peut-être même au Panama pour sécuriser des bases de bombardement à longue portée pour leurs armes atomiques. Contrairement à nous, ils en auraient eu besoin pour bloquer leurs ennemis autrement instopables.

 

En effet, les Japonais ont eu au moins cinq opportunités de prolonger cette guerre pour encore une demi-dizaine d’années :

 

·        Pearl Harbor : revenir à l’assaut une troisième fois et bombarder de vitaux dépôts de carburant et de raccommodage en ruines ;

·        Ile Savo, Guadalcanal : tomber sur la flotte d’invasion américaine et la détruire après avoir réussi à étriper son escorte de croiseurs ;

·        Midway : dépêcher des cuirassés japonais bien en avant comme appâts pour la puissance aérienne américaine, en petites flottilles bien espacées pour débusquer et bombarder des porte-avions américains et non les retenir en arrière en tant qu’escortes médiocres de porte-avions japonais ;

·        Ile Komandorski : détruire l’unique croiseur américain mis en panne et ses escortes puis annihiler tous les ennemis voguant les mers avoisinantes ; et

·        Golfe de Leyte, Philippines : tomber avec irrésistible puissance de feu sur la flotte de transport américaine vulnérable et la détruire à fond.

 

Mais l’Amiral Yamamoto, savant gentil-homme et samouraï fidèle, fut envenimé lors de sa visite en Amérique par la certitude de l’ultime victoire U.S., au point de convaincre ses amiraux disciples (même d’outre tombe) que les triomphes listés en haut ne valaient pas leur risque.

En tout cas, un sous-marin américain aurait pu livrer un nuque dans la Baie de Tokyo, à Etajima ou une autre cible symbolique (en mission suicide, si nécessaire) tout aussi convenablement qu’un bombardier B‑29 qui n’aurait peut-être pas pu être lancé sur Hiroshima ou Nagasaki à partir des Iles Mariannes, car elles auraient été hors de portée des forces amphibies américaines à cause de défaites subies selon cette hypothèse.

 

Pour l’énième fois, les gérants des deux cotés se sont convenus à rater leurs plans et négociations d’avant-guerre. Ils ont eu recours au militarisme passif-agressif au lieu de l’active poursuite de la paix — exactement comme nous l’échouons à présent. Tous les opposants se sont adonnés aux même erreurs, tamponnées par la Société châtrée des Nations, bien avant que l’incident de Manchourie n’ait déclenché la Deuxième (sic) guerre mondiale environ une décennie avant Pearl Harbor. 

Nos Nations unies ne sont même pas marginalement supérieures à long terme. Aucun gouvernement actuel ne peut revendiquer la paix globale comme son premier dessein, ni légitimité ni souveraineté authentiques sauf au canon du pistolet avec notre consentement renfrogné, tel qu’au cours d’un piratage de l’air. Ils doivent tous être transformés.

 

Alors que les pouvoirs de premier ordre sont fascinés par les dynamiques de l’agression militaire, ceux faibles sont également tentés d'en avoir recours tant que les plus forts s’abstiennent. Des sots de rang élevé (les Agresseurs yougoslaves lors des années 1990, par exemple) ont raisonné que cette retenue soit signe de faiblesse à être pleinement exploité.

Ce dilemme demeure fondamental. Quand des sectaires d’armes bloquent le chemin de la paix, ils doivent être désarmés par force minime. Ce serait là une question de prompte intervention policière plutôt que de celle militaire prise trop tard à laquelle nous nous sommes habituées. Des moyens contestables peuvent se prouver légitimes — tels que d’attraper dans leur blouson de nuit des dictateurs de pot de chambre (Assad) et pomper du gaze soporifique dans les ventilateurs de conventions au bidon (Serbe bosniaque) avant leur prochaine agression. On doit néanmoins compter sur des procès de jury devant la cour du monde pour rendre jugement final quant à la légitimité de ces tactiques. Les modérés locaux doivent être encouragés par d’autres moyens.

 

Après d’énormes sacrifices, une nation battue peut surmonter la supériorité stratégique de son bourreau. Elle peut parvenir à ressembler son ennemi de beaucoup plus près qu’elle ne souhaiterait admettre — l'imitation étant la forme la plus sincère de défi. Les perdants ranimés seront alors tentés de défier l’ancien ennemi en match de rancune. Dans ce cas, ces adversaires auront simplement changé de places, leurs paramètres opérants demeurant semblables : miroités mais sans autre dérangement.

Les variantes gouvernementales sur terre se ressemblent de cette façon.

 

Une autre influence sur la formule de menace dissuasive, c’est la somme des années-homme gaspillées au combat, soustrait annuellement de la main-d’œuvre productive et en permanence du registre des vivants.

Même si l'humanité eut prodigué en oisiveté l'effort et les ressources colossales gaspillées en temps de guerre, nous aurions pu bénéficier d’une vie confortable en ne bossant que quelques semaines de vingt heures et quelques années d’un demi-millier, poursuivre nos passions entre-temps, voire ne rien faire sauf regarder la télé et nous trouver plus prospères en tout cas.

 

La cohésion politique qui relie un prolétariat à son élite, elle comprend un autre coefficient crucial dans la formule d’armes. Celle-là ne peut être feinte ni contrainte pour bien longtemps. La défaite surgit quand le prolétariat d'info ne soutient plus son élite de façon spontanée. Ce mécontentement populaire doit demeurer amorti.

Dans tous les scénarios sauf les pires, (voir « boum » ci-dessus) les élites d'info sacrifient très peu comparé aux avantages qu'ils empochent. Ils réservent ce privilège au prolétariat d'info.

A long terme, l'opinion publique doit demeurer apathique même pour des guerres trop longues et coûteuses (et lesquelles ne le sont pas ?) Lors des guerres sic mondiales, une fois que les enfants de l’élite se sont fait massacrer aussi souvent que ceux du prolétariat, leurs parents gérants de cette guerre ont refusé d'opter pour la paix. Après tout, ils avaient déjà livré l’ultime sacrifice. Ils n’ont plus cédé avant que leur nation protectrice n'ait été aplatie et eux plantés au pied du mur.

Nous devons prévenir cet ultime sacrifice et le transformer en célébrations partagées par les mêmes acteurs.

 

Le compte des guerriers bien exercés, multiplié par leur tau de feu, divisé par le temps requis pour les ravitailler, multiplié par leurs vitesses de croisière et de lutte ; divisés par la puissance de feu du défenseur, par sa capacité de se creuser dans la terre, par son blindage, par la rapidité de ses manœuvres et le remplacement de ces pertes ; multipliés par... Les directeurs d’armes se sont obsédés à raffiner les éléments complexes de cette formule de menace.

Le colonel T. N. Dupuy a tenté de formuler cette équation en définitive dans son livre, Understanding War (Comprendre la guerre.) Il ne l’a pas encore réussi. Ses résultats n’ont pas été prédictifs quant à la guerre en Irak car projetant d’énormes pertes américaines sous les feux nourris de l’armée de Saddam Hussein. Cette formule existe en forme définitive, quoiqu’elle n’ait pas encore été publiée ouvertement.

Selon une procédure étonnamment semblable à la sélection darwinienne, des impulsions alternes d'innovation technologique favorisent les moyens d'attaque et de défense. Ces variables composent avec beaucoup d’autres une formule de menace très compliquée. Des éléments de la morale militaire, de la moralité et de la culture, (la volonté particulière de tuer en dépit de son interdiction divine, par exemple, aussi l’automatisme rituel de l’ultime sacrifice) peuvent se prouver plus importants que les détails de quincaillerie militaire et de stratégie. Les Japonais et les Celtes en ont cru, à leur ultime défaite.

Il y a des milliers d’années, le philosophe chinois Sun Tsu, peut-être l’ultime théoricien militaire au monde, a répertorié cinq requis non négociables de la victoire :

 

·        Politiques : comment permettre aux gens de se ranger auprès de leurs gérants, même au risque de leur vie ;

·        Météo ;

·        Terrain ;

·        Commandant : ses traits particuliers ; et

·        Doctrine militaire : organisation, discipline, ordonnance et matériel.

 

Il semble que tout le restant, bon ou mauvais, peut être enduré, fabriqué de toutes pièces ou arraché des mains de l’ennemi. Cette liste (et le reste de sa philosophie de lutte) peut aussi bien servir aux fins de la paix globale.

 

Le combat moderne nucléaire, scalaire et biologique annule toutes les formes connues de défense militaire. Des techniciens d’armes ont optimisé la formule de menace au point de la rendre vaine. Les armées modernes (les forces de hargne ?) – comprenant de superbes guerriers, leurs armes exquises et leurs extraordinaires appuis paramilitaires et paraciviles –encourent le risque d’écroulement subit et complet sous une averse de bombardements : d'ordinateurs, d’armes nucléaires et d’atteintes biologiques, météorologiques et de propagande. Elles sont donc de moins en moins en mesure de produire des résultats acceptables alors que leur coût d’entretien s'amplifie hors contrôle.

Il me dégoûte de voir, après chaque nouvelle atrocité terroriste, des patrouilles d’infanterie circuler dans les galeries, des blindées garés aux intersections et des chasseurs à réaction tonnant dans les cieux urbains  : les moins efficaces des mesures de prévention. Très efficaces, par contre, pour intimider ses propres gens à se soumettre aux circonstances intolérables.

La logique en effondrement de ce système de valeurs rend pertinence au livre Apprenti. Pratiquement d'une nuit, l’attirail vénérable de nos Etats d’armes s’est rendue obsolète ; ses gloires, justifications et tactiques, dérisoires.

Si tu suis ce train de raisonnement, tu devrais te sentir aussi effaré désormais qu’animé. Tout ce que l’on t’a mené à croire s’est trop aigri pour être retenue. Cela dépend de nous, à présent, d’inventer des meilleures options. Il en est temps !

 

Il est temps d’optimiser la formule du fauteuil aux dépens de celle de menace. Ce projet peut sembler irréaliste et même inadapté à notre façon de penser. Qu’à cela ne tienne ! Nous avons bénéficié de si peu d’entraînement dans la paix — à la différence de la guerre totale dont nous sommes experts. Pour permettre à la paix de fleurir, nous devons récupérer des compétences ancestrales oubliées, les extraire de la superconscience collective qui, elle, n'a jamais rien oublié.

Jusqu'à ce que ces propos ne soient d'entente universelle, des mentors d’armes se serviront de l'égarement hypnotisé des masses pour suborner ce débat. Les Apprentis ne les remplaceront pas avant que des majorités globales n’aient consenti de résoudre leurs problèmes en unisson et en paix, en dépit de leurs beuglements ininterrompus pour encore plus de guerre et moins de paix. Manqueront entre-temps la plupart des tentatives isolées de réformer la communauté – qu’elles soient d’origine particulière, institutionnelle ou mystique – submergées sous les contradictions sociales qui les enveloppent.

Notre devoir sera de défier la mentalité d’armes dans toutes ses manifestations. Nous devons couler la mythologie d’armes dans l’abyme de la conscience collective, re-codifier nos lois et former une paix digne de confiance. Afin d’y parvenir, qu’autant de sacrifices possibles soient convertis en célébrations ! Ce pourrait nous permettre d’y parvenir.

Dis-toi : « Je suis prêt. » Trouve des conjoints également prêts. Assemblez-vous pour discuter et diffuser Apprenti. Une fois qu’assez parmi vous l’auront lu, auront saisi sa teneur et vous serez ralliés autour de ses idées, les mesures subséquentes se rendront évidentes : chacune à sa place, dans son propre temps et aux mains de l’individu ou du regroupement le mieux qualifié. 

 

ENSUITE       TABLE DES MATIÈRES       ANTECEDENT

 

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