- DU CONTRAT SOCIAL PAR JEAN-JACQUES ROUSSEAU -

 

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SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

En 1762, Jean-Jacques Rousseau fit publier Du contrat social ou Principes du droit politique. S’en suivit la révolution française qui faillit interrompre une situation quasi continue de guerre mondiale.

Le christianisme prit deux mille ans pour réussir et a échoué de façon déplorable. Ses hiérarques complaisants ont saisi le message parfait du Christ, (la perfection impliquerait son adoption à 100% par l’humanité) et l’ont tant tordu qu’un sixième seul en aurait le moins à faire.

Selon eux, leur doctrine et méthode de diffusion sont parfaites ; fautifs les cinq sixièmes de l'humanité qui leur ont tourné le dos. Il leur semblait évident que ces non-croyants méritaient de périr et d’être damnés. À quel point plus contraire au message du Christ peut-elle se rendre, la fatuité niaiseuse de cette hiérarchie ?

Au lieu de deux milles ans, son contrat social prit deux cents pour s'établir et subit un échec semblable. Les partisans de la révolution française et de sa Terreur ont adoré Rousseau et son contrat social. Si n'importe qui aurait pu le rendre souffle ainsi qu’il l’eut prévu, ceux-là en auraient été capables. Les progressistes, les humanistes, les socialistes et les démocrates – tous dévots de la conscience morale – leur ont rendu plein égard depuis, tous pour rien.

Il semble que Rousseau omit un élément clé de son contrat social, sans lequel sa seul valeur était comme argument secondaire à l’encontre du national-capitalisme de Hobbes qui prévaut à sa place. Ce qui a manqué, c’est une considération selon le droit commun des Anglo-saxons : « quelque droit, intérêt, bénéfice ou avantage destiné à une partie ; voire une abstention, un détriment, une perte ou une responsabilité donné, souffert ou entrepris par l'autre. » Il est difficile de contempler la validité d’un contrat selon lequel une partie octroie quoi que ce soit par pure affection ou crainte, et l'autre n’est pas attendu à faire quoi que ce soit en retour. Rousseau lui-même repoussa ce scénario.

 

« Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. » Livre I, Chapitre 4.

[Nota : Une telle convention serait également insensée entre des nations même si imposée par la victoire en guerre. Elle nécessiterait une garde armée sur chaque localité disposée à la résister. Même dans ce cas, elle ne pourrait pas être imposée, comme l’ont découvert à leur déshonneur et peine élevés les USA en Irak ainsi que leurs précédents parmi les empires coloniaux.

Le seul autre contrat à ma pensé qui opérerait de telle manière serait celui entre de bons parents et leurs enfants. Le coefficient d’effort et de bénéfices devrait au moins débuter au coût plénier des premiers et au bénéfice correspondant des seconds. Ce serait une toute autre question comment cela se réglerait une fois que les enfants grandirent et les parents prirent du vieux.]

 

L’objectif primaire du contrat social, c’est remplacer la pitié : la vertu habituelle des gens dans l’état de la nature, qui décommande les mauvaises suites d’inégalités ordinaires entre eux. Les hommes dans la société ont substitué cette pitié avec « des lois, des coutumes et des vertus » et ont évidemment échoué à cette substitution.

L'intention primaire du contrat social semble se décaler de « la liberté » son objectif principal dans le livre I, chapitre 6, au « plus grand bien pour tous »  celui de toute législation selon la première ligne du livre II, chapitre 11. Ces intentions sont mal définies et circulaires. Le contrat social sera incontestable car incontestablement valable parce que chacun en conviendra de façon incontestable. Quel bouclage commode ! Il n'y a pas de bouts pendants parce que le serpent ouroboros a avalé sa queue.

Au fond, M. Rousseau n'a jamais trouvé le crochet auquel suspendre son chapeau. Voici la raison qu’il n’est jamais parvenu à décrire le constituent d’affaires étrangères dans son contrat social — non parce qu’il n’en a pas trouvé le temps (son excuse) mais parce que les communications indolentes de la terre en armes au 18e siècle rendaient impossible sa transformation en monde paisible, à la différence de celles contemporaines qui rendent entièrement possible cette paix globale, malgré nos biais affirmant le contraire.

Pour être valide, un contrat social doit détenir une considération tangible que ses signataires trouvent avantageux à établir et utile à maintenir au moyen de sacrifices particuliers et collectifs : quelque chose qu'ils peuvent percevoir et palper chaque jour de leur vie, qui vaille la peine de vivre pour le confirmer et mourir pour le protéger, qu’une grande majorité soutiendrait contre vent et marée. Cet élément serait si évident que sa présence indubitable garantirait l'intégrité de son accomplissement, si évident que son absence, soit la plus subtile, le suspendrait automatiquement.

Cette considération que tous pourraient reconnaître ou manquer d’office, ce doit être le monde en paix. Il serait indéniable. Soit son incapacité de remplacer la terre en armes, soit sa dégradation consécutive en terre en armes, soit sa disparition dans un pays lointain : de telles conjonctures seraient également évidentes et annuleraient le contrat social. Ceci mobiliserait tout le monde à le rétablir, comme la fébrile reprise d’un ancien aigle ou du contact moderne à la radio après leur perte sous une fusillade nourrie. Le contrat social ne pourrait pas être réaffirmé avant que le monde en paix n’ait été permis de réapparaître, tel qu’un navire sombré serait renfloué.

Mais voyons ce que Rousseau eut à dire.

 

[Nota : Au monde paisible, le texte qui suit s’appliquerait aux nations et aux individus (hommes et femmes, bien sûr.) Il y aurait beaucoup moins de dégradations particulières que la terre en armes impose en quantités industrielles.]

 

 « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donne à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que la voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme qui jusque-là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Quoiqu’il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l'en arracha pour jamais et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme. » Livre I, Chapitre 6.

 

« La première et la plus grande conséquence des principes ci-devant établis est que la volonté générale peut seule diriger les forces de l’Etat selon la fin de son institution, qui est le bien commun : car si l’opposition des intérêts particuliers a rendu nécessaire l’établissement des sociétés, c’est l’accord de ces même intérêts qui l’a rendu possible. C’est ce qu’il y a de commun dans ces différents intérêts qui forme le lien social, et s’il n’y avait pas quelque point dans lequel tous les intérêts s’accordent, nulle société ne saurait exister. Or c’est uniquement sur cet intérêt commun que la société doit être gouvernée. » Livre II, Chapitre 1.

 

Personne n’a trouvé l’intérêt commun que les intérêts particuliers pourraient partager à l’unanimité. L’intérêt national était toujours en contestation, sitôt distordu par ceux supranationaux ou substitué et corrompu par ceux moindres. L’accord unanime n’a jamais pu être établi, même avec l'appui du génie de Rousseau.

Le monde en paix est le seul principe capable de satisfaire les intérêts stratégiques de toutes les nations. C’est l’intérêt commun qui a toujours manqué, celui que tous pourraient adopter en sécurité plénière et en gains mutuels. Les intérêts valides en seraient satisfaits et le bien commun, le mieux sécurisé. Ce ne sera qu’alors que le contrat social figurera partout au monde par pur automatisme. Tous ceux sains d’esprit seront en mesure de l’honorer sans exception.

 

Je te prie d’interpréter les citations suivantes comme si nos réserves pétrolières s’étaient épuisées. Au fait, à l’échelle globale, sa demande a déjà surpassé son rendement. L’économie mondiale risque de se fendre sous ce triste fardeau dans à peine quelques années et peut-être en catastrophe. Comparé à l’implosion de cette bulle économique, celles précédentes y compris la grande dépression n’ont été que des bagatelles. Ceci adviendra bientôt, non quand tu seras trop âgé pour t’en inquiéter sinon que nous en serons « entièrement disposés. » Voici un fait inéluctable : il ne reste plus de temps à perdre en nous illusionnant et tergiversant.

 

[Nota : Dans notre cas, remplaçons le terme « Etat » par « le monde entier » ― et « l’individu » par « la nation ou des assemblés moindres y compris l’individu. » Le chaosisme ne se souci guère du palier dont il surgit ; la paix ne peut émerger qu’à partir de celui culminant et de tous ceux inférieures agissant en concert.]

 

 « Mais quand le nœud social commence à se relâcher et l'Etat à s'affaiblir, quand les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l'intérêt commun s'altère et trouve des opposants, l'unanimité ne règne plus dans les voix, la volonté générale n'est plus la volonté de tous, il s'élève des contradictions, des débats, et le meilleur avis ne passe point sans disputes.

« Enfin quand l'Etat près de sa ruine ne subsiste plus que par une forme illusoire et vaine, que le lien social est rompu dans tous les cours, que le plus vil intérêt se pare effrontément du nom sacré du bien public, alors la volonté générale devient muette, tous guidés par des motifs secrets n'opinent pas plus comme citoyens que si l'Etat n'eût jamais existé, et l'on fait passer faussement sous le nom de lois des décrets iniques qui n'ont pour but que l'intérêt particulier.  

« S'ensuit-il de là que la volonté générale soit anéantie ou corrompue ? Non, elle est toujours constante, inaltérable et pure ; mais elle est subordonnée à d'autres qui l'emportent sur elle.

Chacun, détachant son intérêt de l'intérêt commun, voit bien qu'il ne peut s'en séparer tout à fait, mais sa part du mal public ne lui paraît rien, auprès du bien exclusif qu'il prétend s'approprier. Ce bien particulier excepté, il veut le bien général pour son propre intérêt tout aussi fortement qu'aucun autre. Même en vendant son suffrage à prix d'argent il n'éteint pas en lui la volonté générale, il l'élude. La faute qu'il commet est de changer l'état de la question et de répondre autre chose que ce qu'on lui demande : En sorte qu'au lieu de dire par son suffrage : Il est avantageux à l'Etat, il dit : Il est avantageux à tel homme ou à tel parti que tel ou tel avis passe. Ainsi la loi de l'ordre public dans les assemblées n'est pas tant d'y maintenir la volonté générale que de faire qu'elle soit toujours interrogée et qu'elle réponde toujours. » Livre IV, Chapitre 1

 

Le monde en paix ne peut plus être considéré comme un exercice idéologique à être contemplé à loisir, étant donné un statut quo moelleux, rassurant et de durée indéfinie, soit que la paix globale prenne racine ou pas. Nous devons agir maintenant : tant que nous retiendrons les moyens moraux et matériels de la réaliser maintenant, ce monde paisible.

Si nous avions servi comme authentiques enfants des lumières, nous aurions pu mettre cela en œuvre lors des années 1950s quand une abondance d’énergie bon marché aurait servi à amortir nos erreurs pendant la transition des armes à la paix. Mais nous ne sommes que des primates meurtriers et devons supplier dieu d’amour de nous absoudre et compenser nos erreurs irrémissibles.

 Si nous tergiversons jusqu’à la disparition de nos ressources non renouvelables, nous subirons des sacrifices inconcevables sans célébration correspondante. La consolidation de la terre en armes se déchoira en une question de puissance de feu, de dégâts et de pertes ; non pas la coopération, la créativité et la sérénité intentionnelle qu’on attendrait du monde paisible. Aucun bien n’en résultera, seulement des troubles.

« Des troubles » quelle expression facile à congédier ! Lire frayeurs, pertes et angoisses surpassant toutes celles éprouvées jusque-là par l’humanité. Soyons raisonnables, méfions-nous en et repentons-nous. Il y a tant de travail à effectuer et si peu de temps qui reste !

 

« Les opinions d'un peuple naissent de sa constitution ; quoique la loi ne règle pas les mœurs, c'est la législation qui les fait naître ; quand la législation s'affaiblit, les mœurs dégénèrent, mais alors le jugement des censeurs ne fera pas ce que la force des lois n'aura pas fait.

« Il suit de là, que la censure peut être utile pour conserver les mœurs, jamais pour les rétablir. Etablissez des censeurs durant la vigueur des lois ; sitôt qu'elles l'ont perdue, tout est désespéré ; rien de légitime n'a plus de force lorsque les lois n'en ont plus. » Livre IV, Chapitre 7

 

« Un censeur peut maintenir mais jamais restaurer les mœurs d'un Etat. Un tel magistrat se voit dans l'impossibilité d'exercer son autorité avec bénéfice non moins efficacité dans l’absence des appuis d’un sens immanent d'honneur et de vertu dans l'esprit du peuple, d’une révérence décente pour l'opinion publique et d’un train de préjudices serviables lutant du coté des mœurs nationales. Lorsque ces principes seront annihilés, la juridiction censoriale doit ou sombrer dans des pompes vacantes ou être convertie dans l’instrument partial d'oppressions vexatoires. » Edward Gibbon, The Decline and Fall of the Roman Empire, (Le déclin et la chute de l'empire romain) Penguin Press, London, 1997, Chapitre X, « Decius ranime la fonction de censeur dans la personne de Valérien…Ce dessein impraticable et sans effet. » p. 263.

 

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