- INTRO ET VOCABULAIRE -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTI

 

« Ton isolement n'est pas autant l’effet direct de l’action ennemie mais du fait qu’en parcourant ce chemin, tes expériences seront partagées par de moins en moins de monde, jusqu’à ce qu’il ne reste somme toute plus personne à qui te faire comprendre. » Sarah Patton Boyle, « Crache dans l’œil du diable : Une hérétique méridionale te parle. » The Nation 1865-1990, Katrina Vanden Heuvel, Editrice, p. 214.

 

En secret tout le long de l'histoire, des maîtres d’armes et de paix se sont roulés aux dés pour notre summum : talents, croyances, corps, richesses, postérité, santé d’esprit et saint esprit. Les premiers ont souhaité nous protéger militairement de l'Autre et se protéger de nous ; les seconds, nous faire accepter l'Autre et nous-mêmes en paix.

Cette même concurrence entre les partisans d'armes et de paix, tu la trouveras parmi les blancs et les noirs ; les Chinois, les Argentins, les Nouvelle Zélandais et les Groenlandais ; parmi les capitalistes, communistes, socialistes ou fascistes (progressistes ou réactionnaires) ; les athées, agnostiques, déistes, chrétiens, musulmans, païens et bouddhistes (fondamentalistes ou œcuméniques) ; autant parmi des habitants de la jungle taillant du rare silex que parmi des employés urbains agençant (ou agencés par) une frénésie de technologie numérique.

Est-ce compris ?

Cette rivalité a tranché à travers tous nos clivages communautaires chéris : âge, sexe, ethnie, classe, religion, idéologie, géographie et politique : des simples étalages nous distrayant de notre tâche principale : réaliser la paix au monde.

 

La dialectique d’armes et de paix règle notre dialogue politique sur un rigide coordonné cartésien. Nous dialoguons à langue bifurquée, tel que le font nos Etats-nations. Ses deux lames – l’une guidée par des maîtres d'armes, l'autre par ceux paisibles – partagent trois particularités discursives. Elles sont, toutes deux :

 

·      dialectiques : parallèles le long de l'axe de la compréhension ;

·      antithétiques : perpendiculaires aux croyances de l’autre ; et

·      antinomiques : contredisant directement les méthodes et les résultats de l’autre.

 

Ce galimatias en langue bifurquée et trois fois nouée induit l’antinomie d’armes et de paix : le désaccord absolu entre nos méthodes, aspirations et résultats.

Mon exemple sera l’expression « utopie. »

Le long de l’axe primaire dialectique, L'Utopie, c’est le livre classique dans lequel l'auteur, Thomas More, décrit un ordre social « parfait. » Chacun convient que son utopie n’invoque aucune circonstance actuelle, n'est pas un précis historique et ne sera jamais praticable dans l'avenir. Quel modèle parfait ! Voici toutefois le plus proche que la plupart des fidèles de l’ère des lumières se défient d’approcher au monde paisible. Il existe une poignée de textes subséquents, pareillement obscurs et mal réfléchis.

Autant conviennent les réactionnaires et les progressistes anglo-saxons que ce pauvre assemblage de mots doit figurer comme toute la documentation requise pour énoncer les mérites de la mentalité d'armes vis-à-vis celle paisible. Autant vaudrait essayer de naviguer les Alpes muni d’une carte de Pangée.

Si cela t’intéresse, Lewis Mumford résume en anglais, dans les 150 premiers pages de son livre, L'histoire des utopies, environ une vingtaine de textes principaux dans ce genre. Ne me demande pas ce qu’il entendait dire dans la deuxième moitié du livre.

Le long du second axe antithétique, l’expression « utopie » signifie pour les maîtres d'armes : « ce (cet endroit) qui ne peut jamais être. » L'Utopie, c’est une lecture préférée de référence. Enseigné dans les moyennes et hautes écoles anglo-saxonnes, ce livre confirme la conviction fondamentale qu’une commune paisible et bienveillante soit impossible. Quant aux maîtres paisibles, L'Utopie, c'est leur spéculation bornée qu’une meilleure paix soit praticable. Selon eux, l'utopie signifie « ce (cet endroit) n'étant pas mais qui pourrait être, » une spéculation qui pourrait échafauder une meilleure paix.

Ne me demande pas pourquoi les progressistes n’ont pas diffusé une demi-centaine de livres supérieurs, depuis. Subordination lâche aux maîtres d'armes, manque d'imagination, satisfaction subconsciente avec le statu quo ou simple inertie mentale ? Le raisonnement de leur échec reste au-delà de mon entendement.

Le long du troisième axe antinomique, des maîtres d'armes se servent de l’adjectif utopiste presque comme une clause adverbiale : comme s’ils voulaient dire « jamais de la vie ! » Toute idée marquée utopiste peut être rejetée par réflexe, sans dispute ni pensée subséquente. Les maîtres paisibles en prêtent pour décrire un arrangement social qui prévoit l’amélioration de la réalité courante, que ce soit valide ou pratique. En d'autres mots, la version paisible de l'utopie signifie un bien à poursuivre, alors que celle d'armes, une horreur à éviter comme la peste : non seulement inutile mais en quelque sorte toxique.

Ainsi, le long de l’axe antinomique, l’intention des deux côtés est en opposition totale. Ce n’est plus une conversation mais un tir à la ligne.

De nos jours, la mentalité d'armes domine nos propos, arguments et intentions, ainsi que sa technologie domine notre vie matérielle. Nous tentons de survivre en paix nonobstant la suprématie de la pensée d’armes.

Notre synchronisation de sens, de définitions et d'intentions – et la lumière qu'elle pourrait projeter sur nos propos publics – nous promettent de la sécurité, de l’abondance et de la camaraderie surpassant notre entendement.

Nos institutions et cultures retiennent des vestiges de paix à nous de cultiver et une prépondérance de notions d'armes à rendre en vestige.

Ci-dessous, je subdivise l’antinomie d’armes et de paix en quatre mots pairs  :

 

·      la mentalité d'armes

·      la technologie d'armes

·      la mentalité paisible

·      la technologie paisible

 

La mentalité d'armes dépend de la crainte, et la crainte dispose de notre monde.

 

« … [L'historien anglais, Thomas] Carlyle a dit que le grand élément qui manque de notre entrée tentative dans le passé, c’est la crainte ; il s'est chargé de la reconstituer et l’a réussi extraordinairement bien. Sa syntaxe est conçue pour incarner une distraite recherche à tâtons de certitudes embrumées de rumeurs et d’événements tout au plus à mi-compris, accablée d’humeurs d'inquiétude aiguë, de fureur et d'exaltation des fois périlleuses. » John Burrow, A History of Histories: Epic, Chronicles, Romances and Inquiries from Herodotus and Thucydides to the Twentieth Century, (Une histoire des histoires : Epopée, chronicité, romance et enquête depuis Hérodote et Thucydide jusqu'au 20e siècle), Alfred A. Knopf, New York, 2008, page 362.

 

Tentant d’abriter leurs adhérents de la frayeur accablante à laquelle ils les ont exposés, les directeurs d'armes développent des forces de menace dissuasives qu’ils présument si atroces que personne n'ose les défier. Hélas, la terre en armes décrète ce défi : « La meilleure défense, c’est une bonne offensive. » A long terme, la mort agonisante d’aucuns n’a jamais dissuadé quiconque de quoi que ce soit ; elle a simplement offert satisfaction momentanée aux psychopathes.

Nous éviterons ici des expressions telles que la mentalité de guerre ou celle guerrière. La mentalité de guerre se compare à celle d'armes ainsi que la fureur de la route à la conduite défensive. Ni le directeur d'armes ni le chauffeur défensif ne favorise une collision.

Rarement emploierons-nous des expressions telles que « militarisme » ou « fascisme » pour remplacer « la mentalité d'armes. » Celle-ci est beaucoup plus répandue et subtile ; elle infecte une démocratie dite libre aussi intensément qu’une dictature. En effet, les citoyens libres d’une république libre sont des meilleurs techniciens d’armes que les esclaves d'une dictature. Le peuple qui se déclare amateur de paix gère mieux ses mises à mort que celui assoiffé pour du sang étranger.

Si tu te prétends amant de la paix – pur au-delà du reproche, quoique tu n’aies pas pris la peine d’assortir tes préjudices d'armes et de paix – tu n’es réellement qu’un compagnon de voyage d’armes et qu'un autre pilier du statu quo.

Comme des ivrognes désavouant leur addiction, nous aggravons la mentalité d'armes en y niant notre penchant.

La mentalité d'armes impose sciemment des déformations sociales : pauvreté, hiérarchie inflexible, injustice, inégalité, sous-emploi, criminalité consolidée, mauvaise éducation, malnutrition, arrogance professionnelle : cette liste s’étend sans fin. On confond la mentalité d’armes avec une fâcheuse combinaison de stupidité, de bigoterie, de folie, d’avarice, de crime, d’erreur et de mésaventure honnête ; ne parvenant à croire qu’ils ont été permis de perdurer pour parachever ses buts.

Les réformateurs sociaux s’imaginent capables d’améliorer les affaires de manière réductive, graduelle et par incréments : problème par problème, position d’identité par position d’identité et question par question. En se servant de cette méthode au tromblon et ses raisonnements à la grenaille, ils n’ont rien réussi que la guerre depuis cinq millénaires.

La solution catégorique de ce problème serait l’unité d'intention holistique, globale et simultanée de la mentalité paisible – convenue au préalable par presque tout le monde – suivie d'une nuée de solutions réductrices de petite envergure. Aucune réussite soutenue n’est envisageable dans l'ordre opposé (tel que pratiqué actuellement), puisque chaque petite réforme se trouve paralysée par la répression prévenante, holistique, simultanée et globale de la mentalité d’armes.

 

La société se mesure par rapport à une constellation de métaphores politiques que ses membres s'accordent en commun. La nôtre est farcie de mythes d'armes. De nombreuses politiques collectives et croyances religieuses, légales et morales constituent la mythologie d'armes : des explications populaires pour nos pratiques et institutions les moins admissibles. Puisque les valeurs de base de la mentalité d'armes sont insensées selon quiconque aurait la moindre appréciation pour la paix, les maîtres d'armes imposent leurs propres vocabulaire et syntaxe mythiques et bien immunisés contre la critique raisonnable de ceux paisibles.

Pour qu’ils puissent réussir, les directeurs d'armes ont besoin d’être incompétents à la paix. Des technologies militaires sont les seules auxquelles ils doivent exceller (impitoyablement évaluées au champ de bataille par la sélection darwinienne.) Les autres champs d'application peuvent être entretenus avec inaptitude faite exprès et tout de même satisfaire leurs exigences. Le moins bien qu’ils pratiquent la paix, le mieux qu’ils réussiront en guerre. Les techniciens d'armes ont régné pendant des millénaires, car il est beaucoup moins âpre d'échouer à la paix et triompher en guerre, que de réussir à la paix et perdre en guerre.

Le refrain familier des maîtres d'armes ? « Tu n’es pas payé pour penser à ça ; nous le sommes. »

 

Les prolétariens d'information sont asservis par leur privation de données valides. Celles de rebut, leur étant servies bien chaudes au jour le jour, maintiennent leur condition servile. Nous tombons ici d'ordinaire, toi et moi. Dans d'autres cas, notre fidélité miroite entre ces métagroupes comme des quanta d'énergie en orbite autour d'un atome aussi grand que la terre.

En pratiquant leur apprentissage, en travaillant et jouant ensemble, les prolétariens d'info créent de la richesse tout en se soutenant eux-mêmes et leurs proches. Des groupes beaucoup plus restreints, appelés élites d’information, saisissent la majeure partie de cette richesse au nom de la sécurité militaire, défrayant ainsi les coûts anti-profit de leurs technologies d'armes.

Ces coûts dépassent de loin les frais d’armes et de soldats en temps de paix, loin s’en faut. En comparant la performance économique d’une véritable communauté paisible à celle d’une communauté d’armes, la juste mesure serait entre la richesse de Genève et celle de Mogadiscio, sinon l’athlétisme d’un coureur olympique parcourant en pleine forme sa course favorite, comparé à celle d’un soldat blessé traînant vers l’arrière le corps déchiré de son camarade.

J’ai envisagé d’adopter les expressions élite d'opinion et prolétariat d'opinion pour souligner la nature éphémère de ces préjugées et le manque paradoxal de mérite de la part de l’élite. Cette élite d'opinion estime ses préjudices supérieurs à ceux du restant du monde ; les prolétariens d'opinion sont convaincus que leurs préférences sont secondaires aux siennes. Bien encadrée dans les médias et les écoles, elle réaffirme leur complexe d'infériorité.

 Ce pourrait être la raison principale que la majorité écrasante des progressistes (à base de raison) ne prévaut jamais sur une minorité dérisoire de gérants d'armes (basés sans flétrissure sur des menteries de sociopathe.) Ça, puis l’instinct réflexif de ces réactionnaires se croyant sérieusement confrontés : de massacrer et torturer des gens choisies en contingence – j’allais l’oublier ! – soit dans les caveaux de la police secrète lors d’un chômage massif, soit dans les tranchées d’une guerre fabriquée de toutes pièces pour cette seule raison, soit les deux en série aussi souvent que ça semblera nécessaire pour renouveler la soumission taciturne du prolétariat.

Les élites d'info et les directeurs d’armes sont interchangeables entre divers Etats, nations, affiliations religieuses et organes politiques. Ils incluent nos gouverneurs, leur personnel, les ouvriers médiatiques, les juges, professeurs, prêtres, politiciens et d’autres cadres influents de mésinformation et de désinformation ― soit qu’ils sachent ce qu’ils font et pourquoi. Ils se croient supérieurs à leurs hôtes prolétariens dont ils ressortent et dépendent, ainsi qu’un gamin précoce dédaignerait ses humbles gardiens.

Les prolétariens d'info ont d’abord choisi leurs élites parmi eux-mêmes ; ensuite, leurs remplaçants ont été promus depuis le prolétariat d'info. Aucune différence si cela s'effectua par privilège princier, élection démocratique, hiérarchie religieuse, nomination soviétique, baronnie du vol ou autre méthode ; ni plus si la scène politique était un kraal de huttes en boue, un puant baronnât féodal ou un empire militaro-industriel, transcontinental et multiethnique ; soit que ces directeurs d'armes aient été asservis ou libres, séculiers ou religieux, centralisés ou orientés au profit, plèbes ou nobles, criminels ou autorisés, professionnels ou amateurs. D’identiques élites d'armes ont émergé de toute façon, disposant d’une ressemblance remarquable quant à leurs mentalité, attitude et comportement réflexif. Leurs propos ont pu changer avec le temps et selon les circonstances – de façon arbitraire, manipulatrice et préjudiciable – mais leur comportement fondamental, jamais. Sauf peut-être pour l’honneur…

Les Apprentis doivent avant tout faire appel à l’honneur militaire : celui de mon père, de tout bon guerrier, le décrassant de sa fange. Les bons guerriers reconnaîtront automatiquement l’honneur et le défendront contre quiconque assez dément pour ne pas l’admettre, si fatal soit-il. Cet honneur inspirera le monde en paix et le soutiendra farouchement ensuite ; lui et l’Apprentissage doivent s’unir. Après tout, l’honneur est appris.

 

L’élite d’info affirme que la gérance d'armes arrange le mieux les affaires de tous (un mensonge transparent.) Elle se sert de :

 

·      maîtres, menteurs ou mentors d'armes afin d'émettre ce mensonge pendant la pseudo paix, et de

·      sectaires d’armes pour le proférer plus vigoureusement quand advient la guerre.

 

L’élite d’info n'est pas plus clairvoyante que le prolétariat d’info dont elle ressort. Ses membres favorisent tout simplement la mentalité d'armes et eux-mêmes dans le moins distant, en censurant des données importantes et noyant cette censure sous un raz-de-marée de rumeurs et de mensonges. Ceux assez éclairés et consciencieux pour disputer cet arrangement absurde sont marginalisés.

Ce triage « au nom de l’obéissance et de la loyauté » rendra ceux élus (et auto-élus) au pouvoir encore plus stupide de façon collective et automatique. Ayant maintenu ce cap pendant un certain temps, ces élites d'armes s’échouent sur les écueils de leurs contradictions sociales. Elles sombrent comme prévu en cruauté rituelle, terreur institutionnelle et corruption de routine (voir La stupidité rituelle.)

Les élites d’info peuvent pratiquer une de trois politiques d’information. Les deux premières simplifient le contenu des données, la troisième le rend davantage complexe. Les transitions entre ces catégories sont graduelles et flexibles – autant capables d’aller en avant qu’en arrière – pas nécessairement catégoriques, abruptes ni progressives.

 

1. Les élites (ou politiciens) de mésinformation disséminent autant de mensonges que possible. Ce comportement s’accorde aux tyrans anciens et modernes. A la longue, tout n’étant pas une vérité interdite devient un mensonge obligatoire. La politique de mésinformation crée des systèmes de gestion du combat qui filent du haut en bas et semblent optimisés pour la guerre. Pense à Staline et à Saddam Hussein.

Il devient plutôt facile d’assortir ce qui reste de la vérité de la mésinformation communiqué à travers le monologue officiel. Dans la plupart des cas, l'opposé exact de ce qui vient de l’être est plus vraisemblable.

Cette politique de mésinfo amplifie la paranoïa, le soupçon et la terreur. Rien n'est tel qu'il semble et l’on ne peut rendre confiance en personne. Sous cette exigence claustrophobe, l'élite d’information se réduit au minimum puis se purge au-delà. Le dogme de cul-de-sac devient la réalité manifeste, répétée de façon décérébrée par tous les médias. Plutôt que simplement manipuler l'opinion des masses, les élites de mésinfo font fantaisie qu'elles peuvent transformer la réalité elle-même : comme sur papier, ainsi en réalité. Elles tuent et terrorisent autant de leurs hôtes prolétaires qu’ils peuvent saisir, jusqu'à ce que leur fantaisie remplace le bon sens.

Alors que des gangsters règnent, des politiciens aveuglés par la mésinformation mènent guerre sainte contre la créativité des Apprentis. L’ultime aboutissement ? Des guerres d’agression à l’étranger et le génocide chez soi pour valider la propagande officielle : l’ultime simplification de la réalité publique. La collectivité tourne de sa propre inertie et s’alimente de ses dernières réserves jusqu'à ce qu’elle se fige et se soumet à la ruine et au chaos.

On peut évaluer ces élites de mésinformation selon leur dureté. Combien l'élite durcit-elle la survie de ses prolétariens ? Pour autant que cette tyrannie se rende rugueuse, d’autant plus sa politique de mésinformation se rendra néfaste.

Des tyrannies plus douces sont plus riches ; elles remplacent la mésinformation par une politique de désinformation dont la gérance est beaucoup plus subtile et difficile.

Lorsque mûrit un Etat d'armes, les insuffisances de ses politiques de mésinformation se rendent stridentes. Les mensonges ne livrent que de la richesse volée et son entropie au chaos ― la richesse soutenable ne s’accroît que depuis des vérités et la confiance du public en leur légitimité. Quelques réformateurs pensifs tentent de tisser des brins de mentalité paisible – y compris des brindilles de politique d’info – dans l’osier putréfié de la gestion d'armes. Cette conglomération de contradictions ne peut pas tenir ensemble pour longtemps ; au lieu confronte-t-elle, dans une centrifugeuse de désinformation, des directeurs corrompus d'armes en contrepartie de leurs dissidents vexés d'armes. Nous voici, régis par…

 

2. Des élites de désinformation qui incluent un mélange de prétendus populistes et modérés avec un noyau dur de réactionnaires qui retient parole finale sur les sujets de grande importance. Ils transmettent leur demi-monologue à travers d’extensives hiérarchies corporatives, gouvernementales et religieuses. Contrairement à la politique de mésinformation, un « feedback » (retour de données) soigneusement contrôlé sera permis en doses minutieuses.

Le mot clé dans la politique de désinformation, c’est « mais » comme décrit de telle sorte : « Nous entendons vos appels à la réforme et reconnaissons que la moralité, la morale et l'efficacité nous dictent de mieux faire, mais … » suit une longue liste de raisons et d'excuses pour que des pratiques inefficaces et immorales doivent demeurer de routine.

« Mais soyez donc raisonnables, mesdames et messieurs! Ce que vous proposez est impraticable, trop coûteux, soumis aux abus de la part de voyous, en désaccord avec nos protocoles antiques, le promoteur potentiel de nos ennemis, etc., etc.… » Dogmes religieux éphémères, charabias idéologiques, distorsions historiques, compositions littéraires aussi vides qu’exquises, publicités commerciales, babillements sportives, violence d’arène, procès d'exposition, drames d'opéra de lessive, données « mathématiques » et conclusions « scientifiques » se prouvant par la suite entièrement erronées : le tout émis machinalement d'autant de sources de monologue médiatique que possible, sans arrêt, en détail somptueux, en exactitude douloureuse et en volume sonore.

Des sujets significatifs sont dissimulés de façon obsédante par omission coutumière. Cet état de transe se renforce au point de se rendre hypnotique. Les promoteurs de désinformation ainsi que leurs auditeurs refusent d’assortir leurs tromperies évidentes, de la vérité. Les élites de désinfo sont aussi vulnérables à leur propre désinformation que leurs hôtes prolétaires. Des activités destructrices s’accroissent et la vraie richesse s'évapore.

Le peuple ignore ses forces et périls imminents en faveur d’élaborations successives de banalités. Il est facilement convaincu de sa fortune imaginaire quand il est en réalité au bord de la faillite et vice versa. Les ordonnances publiques se rendent vacillantes et arbitraires, sans base éthique ou idéologique. La gérance s'applique à l'improviste et ses résultats en souffrent.

Il devient de plus en plus facile (bon marché ou gratis) de se procurer des données superflues et plus avantageux de les produire, alors que les informations utiles se rendent de plus en plus difficiles à annoncer et acquérir (dispendieuses, laborieuses et « non commerciales. ») Interdite toute croyance sauf celle favorisant le mercantilisme rabique ; prohibée, par consentement universel et décret populaire, toute foi en autre chose que l’avarice nue et le dogme sénile.

Les élites de désinfo évoluent en mandarinats bouffis. A la suite de vigoureuses promotions de médiocrités certifiées et d’escrocs bien fondés, des Apprentis doués sont relégués au prolétariat d’info et à l'anéantissement de leur créativité. Ces habitudes de malentendu délibéré, de simplification de consensus et de médiocrité sociale ne s'intervertissent que lors d’intervalles de guerre quand de nombreux talents frustrés sont recrutés dans des cadres revitalisés d'armes.

Je me souviens d’une photo d’ouvriers rentrant chez eux à la fin de quart d’un chantier naval américain lors de la deuxième sic guerre mondiale. Une énorme affiche décorait l’entré : « Faites-nous part de vos meilleures idées ! » Aucune affiche semblable n’aurait orné une telle usine au même moment dans l'histoire, si entre des guerres.

 

Telle qu’une claque à la figure arrêtera net une crise hystérique – et un profond baiser, de même –  le trauma de masse est l'application habituelle pour rendre fin à cette condition illusionnée. Sans avertir, le désastre et la guerre frappent dur parce que personne ne s’est donné la peine d’envisager au sérieux les questions les plus importantes. Tout le monde se sent consterné quand leurs châteaux de sable croulent simultanément. Ensuite, des élites de désinfo déclarent la guerre : cette tâche plus facile pour eux que promouvoir l’abondance et la camaraderie. Le meurtre de masse reprend la norme. Trop tard pour adopter une politique d'information paisible, car la richesse requise et les populations non stressées ont été gaspillées.

Apprenti, d'autre part, voila le bisou.

 

Dans de rares cas, des dissidents paisibles parviennent à surmonter cette inertie sociale en rapportant la bonne nouvelle que tout le monde doit partager son Apprentissage équivalent. Pourvu que des élites d'info prêtent attention miraculeuse à cette idée, elles commenceront à la transmettre et se débarrasseront de la fonction désuète d’obstruer l’écoulement des donnés. A ce point, les élites et prolétariens d'info s’uniront en une commune de biens (commonwealth) d’information ou d’Apprentis.

 

3. Les politiciens d'information engendreront la vérité et les mensonges sans préjudice ni faveur sur chaque question, permettant aux Apprentis de les assortir pour eux-mêmes. Une commune de biens d'Apprentis paraîtra à la suite de discours publics sans limites et de dialogues étendus entre des jurys d’information se sélectionnant pour la poursuite leurs passions sans trop s’inquiéter de la richesse et du standing, puisque ceux-ci leurs seront dus par droit commun dans cette commune.

De nombreux récits qui semblent mensongers sont en réalité des élaborations plus complexes de la vérité. Au moyen de fictions littéraires, d’idéologies neuves, de postulats scolaires, d’inventions, de découvertes et de ré-interprétations d’anciens dogmes, la vérité déborde parce qu'elle rend meilleur profit dans un milieu paisible. Les gens réévaluent des données parce qu’elles leur semblent plus importantes que des mythes d’armes et des objets façonnés à grand prix.

 

Prenant cap inverse, des collectivités de mésinformation n'adoptent que d’autres mensonges et terreurs ; la vérité s’y rend la moins rémunératrice car sa poursuite te fera sitôt descendre. Un tel choix n’existe plus dans les sociétés de désinformation : là où le bruit blanc noie tous les autres, jusqu'à ce que les tours jumelles de commerce mondial n’aient été abattus en démolition contrôlée. On reprend ensuite le radotage sournois d’une normalité lénifiante, exposant ainsi son cou à la hache sans prendre la peine de l’écarter.

 

 

Dans une politique d'information, des systèmes croissants de communication se rendent davantage interactifs, complexes et adaptatifs. Des gens s'engagent dans beaucoup plus de dialogues par la voie de médias neufs au lieu de se soumettre au monologue du haut en bas de la part d’une élite prétendue supérieure. Elles sont plus intéressées par leurs passions d’Apprentissage que par la désinformation triviale transmise par des médias de masse.

La télévision est un média de monologue, ainsi que les imprimés, les stations radio et les pages de la toile non interactives. Constates-tu ces pages sans valeur sur l’Internet, d’entreprises corporatives et de bigots de propagande démunies de liens de Contact ?

L'agora grecque, les réunions d'hôtel de ville, (sans questions rédigées au préalable ; je dois bien ajouter ça, maintenant que les techniciens de désinfo de Bush le moindre ont assorti et programmé au préalable l’assistance de ses discours de façon routinière) les téléphones, les courriers postales et les courriels électroniques : tous peuvent servir comme exemples de médias de dialogue.

Il s’agit de satisfaire la formule du fauteuil. Les médias de dialogue pourraient soutenir au moins dix fois plus d’information utile à travers la même longueur d’onde que celles de monologue. La somme de ces communications utilitaires équivaut à la vraie richesse (divisée par la somme de celles intentionnellement inutiles, voire nuisibles ?) Je parle de la même quantité d’argent disponible, mais retenant dix, cent, mille fois davantage de valeur sans inflation.

 

« Votre intention est noble, mais votre appel, mal orienté. Si vous discourez du gain aux empereurs et s’ils arrêtent leurs armées par amour du gain, leurs armées se réjouiront dans la paix et s’enchanteront du gain. Bientôt, les ministres embrasseront le gain au service de leur souverain, les fils embrasseront le gain au service de leur père, les frères cadets embrasseront le gain au service de leur frère aîné, et tous auront abandonné l'humanité et le devoir. Quand ces rapports deviendront une question de gain, la nation sera condamnée à la ruine.

« Mais si vous discourez aux empereurs de l'humanité et du devoir, et qu’ils arrêtent leurs armées par amour de l'humanité et du devoir, leurs armées se réjouiront dans la paix et s’enchanteront de l'humanité et du devoir. Bientôt les ministres embrasseront l'humanité et le devoir au service de leur souverain, les fils embrasseront l'humanité et le devoir au service de leur père, les frères cadets embrasseront l'humanité et le devoir au service de leur frère aîné, et tous auront abandonné le gain.

 « Quand ces rapports deviendront une question d'humanité et de devoir, alors le souverain s’assurera d'être un vrai empereur. Or, pourquoi invoquer le gain ? » Mengzi [Mong-Tseu, Mencius] traduit en anglais par David Hinton, Counterpoint, Washington, D.C., 1998, p. 219. (Suite)

 

Il nous appartient de créer une agora virtuelle pour coordonner de vastes dialogues culturels qui parcourent le monde entier. La toile globale figure comme prototype de démarrage pour celle des Apprentis. A tel point que celle-là s’étende, nous en tirerons bonne fortune.

Une communauté mûre, jouissant d’insignifiantes menaces extérieures et d’un bon nombre de richesses en surplus, permettra aux Apprentis de complexifier la politique d’info.

Puisque la complexité sociale augmente la probabilité de turbulences, elle risque d’éclater les digues de conventions sociales conçues pour les contenir et régler. Pour cette raison, les politiciens d’info doivent renouveler des terminologies et des habitudes de communication encore plus raffinées. Autrement, le hurlement de plus en plus strident de débats rendus chaotiques risque de se dégrader à nouveau dans une politique de mésinformation.

La tentation la plus récente des élites d'info, de censurer l'Internet du haut en bas, et des prolétariens d’info, de l'estropier de fond en comble (au moyen de virus, de « hacking » de flammes, de « Spam » et d'autres salissures d'info) ce ne sont que des démentis pathétiques d’un univers de données en croissance. Pense à un bébé atteint d’une colique, qui se tortille pour refuser sa cuillerée de purée. Des individus et des groupes déconcertés tentent de se simplifier la vie en corrompant les complications les plus récentes qu’ils considèrent vulnérables à leurs abus. Pauvres minables !

 

En poursuite d'abondance, des praticiens éprouvés de la politique de désinformation ont tendance à se désarmer à l’unilatérale, invitant donc des excédents d'agression militaire.

D’autres communautés historiques ont évolué jusqu’aux politiques d’info, mais ont été détruites manu militari et ont disparu de nos écrits historiques (rendues « préhistoriques ») parce que leurs contrôleurs altissimes favorisèrent richesse et paix internes alors que des étrangers affamés traînaient au dehors : courroucés, jaloux et combatifs.

On peut noter cette tendance aux Etats-unis, là où des pertes militaires furent jadis du poison politique. Une telle aversion publique aux pertes militaires en particulier et au militarisme en général, elle tente des étrangers agressifs et des militaristes internes à infliger de pires ravages. Une fois que de tels assauts se rendent mieux coordonnés donc plus audacieux et destructifs, les survivants réintègrent la politique de mésinformation et sa tyrannie manifeste d’armes : des options tentantes sur cette terre en armes hyper militarisée où la panique réflexive remplace presque automatiquement le bon sens.

 

La technologie d'armes comprend son matériel de guerre (hardware : quincaillerie ; wetware : sérum charnier) ; elle inclut les forces militaires, (techniciens d'armes) le renseignement stratégique, la sécurité nationale et la police secrète, les industriels et les ouvriers d’armes, leurs usines et les énormes arsenaux eux-mêmes. A ce moment, il y a une arme à feu (à vrai dire, une hargne) individuelle pour tous les dix habitants sur terre, et deux balles ou plus fabriquées par année pour chacun d’eux… Au cas ou la première aurait raté.

Afin de mieux dissimuler leurs nombreux échecs de gérance, (puisqu’ils sont par définition des mauvais gérants de paix) les directeurs d'armes condamnent tous et tout : les indigents, les femmes, les non hétérosexuels, les enfants, les progressistes, les minoritaires ethniques/religieux, les migrants et les immigrés, le mythe primordial, la nature humaine et la nature elle-même. Les plus malins parmi ces gérants se mettent à recruter des réactionnaires postulants depuis des minorités méprisées et maltraitées, rendant ainsi honneur formel au pluralisme tout en stimulant l'abus social.

Il n’y a pas de recrue plus féale qu’un nouveau-venu récemment converti, et pas de population opprimée davantage loyale que celle convaincue que ses membres pourront gagner une invraisemblable loterie au succès pourvu que ce soit aux dépens d’ « inférieurs » (voir les supporters de Trump.)

 

« Le plus justement constituée la société et la plus excellente sa forme politique, le plus la guerre [la mentalité d’armes] menace d'affaiblir ses institutions et de les pervertir. Il est pareillement vrai que la meilleure forme de gouvernement soit celle la moins bien adaptée aux exigences de la guerre. » Comment penser de la guerre et de la paix, Mortimer J. Adler, Simon et Schuster, New York, 1944, p 42.

 

Les directeurs d'armes comptent sur des élites de bataille (environ 10% des techniciens d’armes) pour achever leur part de chacal de sales besognes. Officiers éduqués sinon soldats esclaves : aucune importance. A mi des estropiées génétiques et à mi l’issue de frayeurs de négligence et d’abus d'enfance, ces élites de bataille prospèrent des deux côtés du champ de bataille, des zones d’émeute, des barreaux de geôle et des fils de fer Belsen.

Les neuf dixièmes restants de ces techniciens d’armes ? Ils ne servent aux élites de bataille qu’en tant qu’appuis de logistique et de morale militaire de leur côté, et, de l’autre comme proies faciles ; aussi des deux côtés comme multiplieurs de puissance de feu (artilleurs et tels.) Que ce soit en guerre ou en paix, les élites de bataille font la casse de près et les restants la subissent.

Ces élites de bataille ne peuvent maîtriser leur agression. Cela les rend en capitaux indispensables au champ de bataille et en criminels onéreux ailleurs. Nous partageons tous certains de leurs traits, quoique la plupart d’entre nous gardons les nôtres sous stricte péremption. Appelle cela de bonnes manières, du bon goût, de la conscience morale, de la civilité, délicatesse, décadence ou simple poltronnerie : on est majoritairement incapable de prospérer au champ de bataille ou en bagarre de taverne, comme le sont si bien rompues les élites de bataille.

 

Nous pouvons trancher ces élites de bataille en deux groupes.

 

·      La sale douzaine de guerriers nés, de bandits armés, de brutes et de bannis sociaux qui surmontent d’ordinaire leur agression au moyen de la maturité et de tendresses bien appliquées.

·      Le sous-groupe Himmler : comprenant d'habitude des civils, des parents, des conjoints, des voisins et des administrateurs en apparence bons, aussi très souvent des lâches brillants. Charmants et séduisants tant qu’ils en sont enclins, ils ne songent qu’à ravager ce monde d’Autres qu’ils ont appris à mépriser. Ils cherchent les plus hauts grades du pouvoir afin d’affliger autant de tourments que possible, protégés par leur rang.

 

Ainsi qu'un requin maintient des rangs de dents en réserve, le prolétarien d'info soutient des proto-elites d’info zélées à renverser l'élite courante. Ces proto-élites incorporent un assortiment de commis, d’étudiants et de subalternes ambitieux : recrutés par les autorités ou pas mais se discordant secrètement d'elles. Ces rebelles frustrés ne se coalisent que de façon maladroite, une fois que leur élite aura atteint un taux maximal d'échecs.

Eric Hoffer analyse les proto-élites chefs dans son texte, Le vrai croyant. Malencontreusement se livre-t-il aux mauvaises habitudes de réductionnisme biographique : réduisant les complexités de mouvements sociaux globaux dans un recensement des idiosyncrasies de leur chef.

Hérodote et beaucoup d'autres historiens et journalistes depuis ont qualifié l'histoire et les actualités comme des cultes de personnalité. Des événements eurent lieu parce qu'un certain gringalet et ses compagnons, officiellement désignés chefs, se sont arrangés pour que ceux-là se déroulent précisément selon leur prévision.

 

« A partir de la mi-4e siècle, il y eut un grand corpus littéraire Grec bien connu mais manquant jusque là de nom convenablepas encore appelé Historia mais décrit plutôt comme « l’écriture des actions de guerre » voire « l’enquête des actes de guerre » y compris Hérodote, Thucydide et quelques continuations de Thucydide : l’ensemble sous le titre Hellenica (les affaires de Grèce) (le seul en survie, celui de Xénophon) et les récits des Grecs occidentaux par les écrivains disparus de Syracuse : Antiochos et Philistos, sous le titre Sicelica (les affaires de Sicile.) Il allait de soi que cette littérature fut la source du savoir-faire de la guerre, de la diplomatie et des rapports étatiques…

« Mais de quoi quant aux historiens ? Le 5e siècle nous a rendu deux styles narratifs majeurs : l’épique linéaire d’Hérodote et l’antithétique style réaliste de Thucydide, associés à deux conceptions divergentes du monde : l’encomiastique monde d'Hérodote, de l'exploit moral et de la loi cosmique, à l’encontre de l’ironie et du pessimisme Thucydidiens… » Doyne Dawson, The Origins of Western Warfare: Militarism and Morality in the Ancient World, (Les origines de la guerre occidentale : Le militarisme et la moralité dans l’ancien monde), Westview Press, Boulder, Colorado, 1996, p. 95.

 

Cette sorte de narration est aussi vraisemblable que celle qui suit : Je conduis ma voiture et suis absolument en charge. Je vais donc m’arranger pour renverser chaque voiture dans le fracas d’une centaine sur une autoroute embrumée, dans des fentes soigneusement planifiées d’avance. Je vais donc m'assurer que la mienne et celles qui suivent sortiront de l'autre côté sans une éraflure. C’est sûr, mon copain, cela pourrait bien advenir. Pourtant serait-ce là un problème plutôt simple, comparé à mener un pays entier. Voir la section gérance dans le chapitre « Politiques d’identité. »

 

Après des millénaires de dissidence écrasée, les organisations dites réformistes se sont balkanisées : c’est à dire, hachées en miettes et donc rendues inopérantes. Beaucoup d’activistes sociaux ont aggravé leur manque de pouvoir au moyen d’exclusives politiques d’identité, de drames vides, d’ostracisme mutuel, d’intérêt particulier à s’entre quereller, de petites réprobations privées et de puritanisme idéologique. Ainsi ont-ils permis aux élites d'armes – beaucoup plus pragmatiques, disciplinées et cohésives, elles – de les battre en détail.

Rejetant la transformation holistique, ces dissidents d'armes ont opté pour la coupure sans jamais finir de cheveux en quatre, le compromis moral et le désespoir existentiel. Indifférents à la paix incontestable et au vrai progrès qu'ils considèrent au-delà de leur prise, ils se rangent mollement en une « opposition loyale » d’adhérents conformistes émotionnellement investis dans leur résistance allusive à l’encontre d’Etats d'armes qui se renforcent au moyen de leur opposition dérisoire. Tant pis pour ceux qui mettent en question leur conformisme morcelé !

Rappelle-toi que des haltérophiles poussent et tirent sur leurs muscles contre de la résistance, comme du nougat. Plus ou moins semblablement, les Etats d'armes se rendent davantage forts en exploitant leur dissidents d'armes. Ainsi les propos en chicane du dissident moyen d'armes rendent son Etat d'armes encore plus puissant, plus subtil et moins vulnérable.

Un mouvement de paix en percé réussit parfois à l’amollir. Cette relaxation unilatérale de la technologie d'armes est d'habitude fatale pour la société impliquée, étant donné l’entourage d’étrangers voraces et armés jusqu’aux dents. Des réussites paisibles n’ont donc jamais été encouragées. L'activisme communautaire à la mode courante résulte de l’inefficacité cumulative de milliers d'années de dissidence d'armes ; en effet, de son efficacité inverse.

Ma boîte à lettres éclate sous un déluge de sollicitations se concurrençant pour ma petite contribution charitable : chaque appel plus déchirant que ceux précédents. Elles ne poursuivent qu’un chèque qui disparaîtra comme si par magie avec la promesse de soutenir une cause digne, probablement en finançant des sollicitations supplémentaires.

Par contre, nos institutions passent nos paquets de paye à l'aspirateur pour obtenir les moyens, justifier les motifs et développer les opportunités du meurtre de masse. Bénéficiant de milliers d'années de propagande réussie, ces directeurs d'armes méditent et entreprennent des projets massifs ; leurs transactions et dépenses internationales sont universelles, prodigues, pseudo volontaires et pour la plupart indépendantes d'influence externe.

Comme durant la guerre Franco-Prusse, les gérants des deux côtés retiennent plus en commun, au cours de leur pas de deux fatal, qu’avec leur propre prolétariat d’info bien rangé pour le massacre. Si l’on conteste leurs buts, on sera marqué de façon machinale comme membre d’une minorité marginalisée, insignifiante et sans voix (par définition et non par nombres.) Aucune différence quant à nos nombres et la finesse de nos propos, grâce à notre incohérence historique et paralysie hystérique.

Après des milliers d'années de défaite en série, de rejet et de balkanisation, aussi de temps en temps des rares succès absolument fatals, le dissident moyen d'armes s’est rendu séparatiste, élitiste, plus saint que toi, avare, exclusif, réducteur et atomiste. Il se satisfait de liaisons rituelles dans l’adversité, d’indulgences égoïstes et de désespoir existentiel. Ainsi avons-nous célébré une longue tradition de défaite en série. En fait, nous préférerions que cela demeure ainsi indéfiniment, ayant plutôt peur d’une vraie saisie de pouvoir transformationnel. Cette perspective m'effraie de même. Et alors ? Comme si l’on avait d’autres choix que la transformation réussie à ce moment dans l’histoire !

Ainsi, d’heure en heure, les médias annoncent des nouveaux triomphes d'armes et de nouvelles tragédies de paix. Les progressistes ne maîtriseront jamais le fleuve central de la politique avant qu'ils ne se rassemblent autour d'une plate-forme hypercomplexe de réformes inclusives, coopératives et mutuelles sous le contrôle de progressistes locaux qui se sont rendus experts dans ces domaines ; en d'autres mots, jusqu'à ce que l’Apprentissage n’ait été maximisé à travers la planète.

Un certain texte – celui-ci peut-être ou un autre préférable ? – pourrait catapulter au pouvoir mondial ses adhérents internationaux, interethniques et de tout âge, sexe, classe et désignation. Cela pourrait prouver beaucoup plus facile qu’on ne l’envisage couramment. Comme l'exposition d’autres vérités cachées, ce ne serait qu'une question de temps et de nombres : le temps requis pour étendre la compréhension collective et le nombre de ceux qui auront compris.

Comme un vampire attrapé en plein jour, la mentalité d'armes ne peut endurer la pleine vérité.

Cette transition peut se prouver aussi fulgurante et inédite que la perestroïka le fut en U.R.S.S. Les gérants contemporains – se trouvant les mains vides, démunis d’idées et rendus au silence par l’épuisement « d’inépuisables » stocks d’énergie et structures orthodoxes de pouvoir – abandonneront leurs bureaux tout soudainement et tous ensemble. Dans l’absence d’un cadre organisationnel comme celui d’Apprenti, cette transition pourrait tourner terriblement démolisseuse ― en simple, la mafia pourrait s’emparer du monde entier, et tes pires craintes politiques se dérouler comme un rouage d’horloge. Les actualités ne te l’évoquent pas ?

Des idéologues indépendants et des polémistes anonymes bossent dur à cette besogne, chacun contribuant ses perspicacités et talents distincts. Nous ne trouvons dans la plupart des cas aucun plateau adéquat sur lequel exposer nos idées, surtout parmi les dissidents d'armes. Paradoxalement, ceux-ci sont plus fermés aux nouvelles idées que les gérants d’armes. A contrecœur mais avec assurance, ces autres consentiront au perfectionnement de leur gérance robuste et confiante d’elle-même. Le terrain branlant que négocient les progressistes leur interdit pareil ouverture d’esprit, sauf après avoir changé d’avis. Que ces dissidents se changent de convictions et permettent aux meilleurs des nôtres d’être considérées et retransmises ! A la différence de la pratique courante d'inaptitude mutuelle assurée.

 

 

Alors que notre civilisation se polarise entre des minorités luxurieuses et des majorités de plus en plus agitées, alors que la raison et les droits se dérobent du discours public, l'avarice crue se rend l’ultime arbitre de plus en plus de décisions politiques. Mais même cette sournoiserie doit trouver sa place légitime. Des coopératives de plénitude bien réglées feront bon accueil à l'entreprise privée : une source illimitée d'innovations et de leur abondance, pourvue que chaque citoyen puisse obtenir des bénéfices égaux de base entre-temps.

En dépit de leurs privilèges excessifs, les élites d'info sont tout aussi vulnérables aux fausses croyances – soit de leur provenance soit d’ailleurs – que leurs prolétariens. Afin d’acquérir des bénéfices fiables, (contrastant aux avantages rachitiques qui nécessitent d’être sauvegardés le revolver au poing) elles doivent trouver des nouveaux moyens d'engendrer de la richesse soutenable et adopter des rituels inoffensifs capables de réorienter l’agression craintive, la diligence destructrice et les mauvaises idées.

 Parmi les dispositifs qu’adoptent des élites d'info pour administrer leurs partisans, l'avarice n’obtient seconde place qu’à la crainte. Les Apprentis ne les inciteront pas à abandonner leurs conspirations d'avarice avant que nos propos et buts ne déjouent leur avarice hystérique. La doctrine d’Apprentis doit être imperméable aux préjudices, à la cupidité et à la panique. Un plan doit être développé, voire une série de tels, avec lequel la majorité choisirait de coopérer parce qu’elle y trouverait son meilleur avantage (sinon simple survie, faute de mieux) au moyen de cette coopération, soit les circonstances et le standing actuel de ses adjoints.

La conviction est désuète que des gens ordinaires peuvent être châtiés au point de leur meilleur comportement. Les récompenses marcheront beaucoup mieux. Autant plus de châtiments au-delà du minimum nécessaire, autant plus de résistance réflexive. Des directeurs d'armes profitent à eux seuls d’une telle chute en vrille de contrainte et de défi.

 

La mentalité paisible soutient nos âmes. Comme un physicien spirituel, Gandhi a découvert que son noyau central est la fusion de la vérité et de la non-violence. Nos âmes scintillent autour de ce noyau comme des électrons autour d’un énorme atome. A chaque moment du jour, une petite voix invariable nous chuchote : « Aime sans crainte. » Elle se répète inlassablement à l’amplitude céleste à travers le vide cosmique. On n’a qu’à l’écouter et obéir.

 

Bien que la mentalité paisible brûle vive dans de jeunes esprits idéalistes, elle vacille pendant l'âge intermédiaire et s’éteint dans trop d'âmes malheureuses. Sur un terrain égal, presque tout le monde favoriserait la mentalité paisible par-dessus celle d'armes. Mais nos opportunités de pratiquer la paix sont aussi passagères que nos pratiques d'armes sont diverses, puissantes et tentantes. Après tant de conditionnement négatif, très peu d’éclairés ne parviennent à la maîtrise de la paix.

La technologie paisible paye son propre fret et celui de la technologie d'armes. En dépit d’innombrables retards imposés par des priorités d'armes, sa mentalité s'avance petit à petit, dépassant la vie et la mort, non moins le narcissisme sans scrupules des politiques de désinformation.

 

La technologie paisible inclut :

 

·      notre décrochage de la misère (au-delà de toute « poursuite constitutionnelle du bonheur ») ;

·      notre poursuite de l'abondance, de l’agriculture soutenable, de la bonne santé et des droits humains ;

·      nos cultes de la nature et du surnaturel ;

·      notre quête d'Apprentissage : jeux, divertissements et éclaircissements ;

·      notre poursuite :

 

o       des protections de la paix ;

o       de la philosophie sage ;

o       d'entreprises valides ; et

o       du professionnalisme utilitaire et d'autres activités vitales.

 

Dans l’absence de tels modifiants exemplaires, (en italiques) on ne doit pas nécessairement considérer ces derniers valables en soi. Après tout, ils se mutent facilement en intimidation organisée, pataphysique, satiation d'avarice et élitisme cru : des symptômes révélateurs de la mentalité d'armes.

La mentalité paisible comporte un impératif catégorique : bien élever les enfants. Les autres pratiques passent au second plan de cet effort sinon y nuisent. On dit qu’ « il faut un village entier pour bien élever un enfant » : l’élevage d’enfants en bonne santé exige l’appui de tous. Le but n’est pas d’élever indifféremment beaucoup d'enfants : une stipulation d'armes. La gestion paisible exigerait que chaque enfant soit emmailloté dans un milieu optimal, que sa bonne santé et son plein Apprentissage prennent priorité absolue, ainsi que les droits civiques de sa mère.

 

« Les petits enfants éprouvent tous de l'amour pour leurs parents ; et quand ils grandissent, ils éprouvent du respect pour leurs aînés. Aimer les parents, c’est l’humanité ; et le respect des aînés, c’est le devoir. Voici le secret : étalez-le simplement à tous sous les cieux. » Mencius, traduit en anglais par David Hinton, Counterpoint, Washington, D.C., 1998, p. 240.

 

Il semble évident que tous les biens sociétaux proviennent du mûrissement d'enfants chéris en bons citoyens. Normalement, on pourrait considérer l’inverse autant croyable : que les mauvais citoyens se prolifèrent quand davantage d’enfants sont abusés. Au fond, on s’enchante dans le bonheur des gosses, ressent le cœur serré quand on leur nuit, et rend un ouf de soulagement dès qu’ils en sont délivrés. On n'a pas besoin d'être un parent ni particulièrement sensible pour le ressentir.

Pour quiconque admet la réincarnation, toute politique sauf celle qui chouchoute sans exception les enfants à venir serait de la folie furieuse : sa signature du mandat sanctionnant son supplice juvénile lors d’incarnations à venir. Faudrait être éperdument dingue… Une autre bonne raison pour stimuler de telles croyances.

Ceux qui résistent cette empathie sont profondément troublés, ainsi que l’est notre société entière puisqu'elle se moque bien de cette vérité élémentaire. Nous laissons des enfants périr par millions, des milliards en plus devenir des adultes stupides par malnutrition et négligence.

On devra raccommoder ces scandales mortels. Ces travesties seraient impensables au monde paisible. On n’aurait plus entendu parler de telles que depuis un distant passé barbare (l’actualité) ; elles provoqueraient l’effondrement du gouvernement et le remplacement intégral de sa gérance. Les anciens chefs, paralysés de honte, se retireraient du service public en déshonneur complet.

Il est peu probable que nos chefs d’armes se présentent à la hauteur d'un tel idéal paisible. Ceux les meilleurs en conviendraient peut-être sous des conditions favorables. Une fois que nous nous en serions sérieusement convaincus, ils devront être pareillement persuadés sinon remplacés.

 

Une homélie bourdonne inlassablement dans mon crâne. Les êtres humains se fendent en trois catégories principales de comportement politique. Indépendamment d’autres allégeances, nous nous répartissons parmi des anciens herbivores, des anciens carnivores et des omnivores : des herbivores et carnivores fréquemment réincarnés, qui se sont rendu compte de la futilité de leurs anciennes habitudes.

 

Ancien herbivore : « Ho-là, voici tout plein de bon pâturage ! L’herbe ruminée, ce n’est pas un aliment de cerveau. Ainsi doit-on mâcher dur et faire beaucoup d'enfants : ce qu’on fait le mieux. »

« Nous sommes dans le présent. Si quoi que ce soit nous démange, nous le grattons : notre univers est dans ce grattement. Tout de plus, c’est trop compliqué. »

« Eh bien ! Nos carnivores sont assez durs : ils nous chassent, nous abattent et nous mangent. Mais ils chassent outre d’autres qui doivent être pires. Qui sait ? Cela pourrait être pis. Tout ce qui nous effraye, notre bousculade aveugle le fera disparaître. Pourquoi s’embêter à voter ? Tout ce qu’on demande, c’est qu’on nous laisse être heurrrrrrrreux ! »

 

Ancien carnivore : « Voyez mon beau corps lisse, vorace et puissant ; mon intellect fait tic-tac : fatal et sans remords. Je vis dans l'avenir quand mes désirs les plus ténébreux seront enfin satisfaits. »

« Je suis expert en pensée magique. Dès que je pratiquerai une série précise de démarches dans leur ordre exact et en chronologie parfaite, je pourrai m’assouvir à jamais : ce qui doit être le paradis et preuve de ma sélection comme élu de Dieu. Personne ne peut me retenir et j’abattrai quiconque le tente. Si j’échoue, c’est par manque de perfectionnement particulier. Aucune importance combien de fois je rate ; je dois réussir finalement sinon mourir dans l’acte. »

 

Cette condition d’obsession compulsive peut être éprouvée par un lion pendant sa chasse, par un hiérarque pendant ses dévotions de culte, (soit sanglantes ou pas) par un magnat pendant ses transactions de bourse commerciale, un doctrinaire scientifique pendant ses astuces de labo ou un écrivain mastiquant ses propos.

 

« Mes réincarnations ont été plus ou moins avantageux dans ces milieux et d’autres. Mon univers se focalise sur le sacrifice des proies et mon perfectionnement particulier en l’effectuant. Rien d’autre ne compte tant, et ni Dieu ni moi n’ont besoin de miséricorde pour quiconque aux obsessions moindres. Mes aïeux m'ont enseigné comment me servir de cet argent, de ces institutions et des ces nouveaux gadgets pour apaiser ma faim. Quiconque se permet d’être plus lent, faible et vertueux que moi, voici du gibier en règle. Tout ce que je peux griffer jusqu’au sol, c’est ma propriété sacrée à moi de disposer comme il me plait. Si je m’en délasse, un autre carnassier encore plus affamé que moi en profitera. »

« Finie les discussions ! L’heure est venue de poursuivre le bonheur. »

« Je sais ! Courrons au parlement ! »

 

Omnivore : « Les salades sont très fines dans l’occurrence. Moi et mes pairs, nous pouvons neutraliser à volonté n'importe quel carnassier de rien du tout. C’est amusant, puis ce qui reste se mange bien ! »

« Nous coordonnons le passé, le présent et le futur afin d'augmenter nos opportunités de succès particulier, sans retenir intérêt dans la poursuite du bonheur d’aucuns : ce serait plutôt leur affaire. Nous sommes pourtant passionnés dans leur décrochage de la misère : ce que les anciens carnassiers politiques parviennent à négliger en faveur de leur poursuite particulière du bonheur. »

« Emporté par l’impulsion de la sélection naturelle, nous avons évolué pour apprendre. Le plus complexe notre univers d’info, le plus nous lui devons notre richesse. Son augmentation fulgurant pourra distraire l’ancien herbivore et détourner l’ancien carnivore jusqu'à ce qu'ils aient saisi les fondamentaux de la civilisation des Apprentis. »

« Après cinq millénaires de compromis sanglants, nous venons à peine d’atteindre notre pas de course. C’est excitant ! Notre potlatch de renseignements promet de supplanter les rigueurs de la battue et les rites du printemps. Chacun mérite abondance et sécurité… Evidemment le meilleur moyen de procurer les nôtres. »

« Eh bien, ancien herbivore dépourvu d’imagination ! Regarde au-delà de ta rumine. »

« Eh toi, ancien carnassier sournois ! Ton agression trahit ta faiblesse. Va s’y, hasarde ta prochaine attaque. Elle échouera tôt ou tard, comme depuis toujours. »

« Eh, vous deux ! Rejoignez-nous dans la paix ! »

 

 Mais ce n’est là qu’une écoute de musique facile. Les Apprentis examineront de près la physiologie de la responsabilité sociale et du comportement public, ce qui leur permettra de découvrir des meilleurs modèles de motivation humaine.

 

« Paul MacLean nous indiqua que nous sommes les propriétaires de cerveaux trilatéraux ; non d’un seul mais de trois, chacun pourvu sa manière de percevoir le monde et d’y répliquer. Richard M. Restak, Le cerveau : La dernière frontière (Garden City, NY, Doubleday, 1979.) Dans l’ordre croissant d’échelons phylogéniques, ils sont : (1) le reptilien (le noyau central), (2) le palèomammalien (le système limbique), et (3) le néo-mammalien (le cortex cérébral.) Le premier, le reptilien, est le plus primitif. MacLean l’a marqué aussi comme le complexe « R. » Il est en grande partie comparable au cerveau de reptiles [et de poissons.] Il inclut l'hypothalamus. Entourant ce complexe, le palier contigu, le système limbique associé au cerveau des mammifères primitifs... »

« En effet, nous semblons du moins partiellement avoir été encâblés au préalable par le cerveau reptilien, à être ritualistes, à craindre l'autorité, à développer des ordres de picotement sociaux et peut-être même des névrites d’obsédant compulsif... »

« Autant dans le cas du système limbique, nous semblons avoir été encâblés à répondre de façon émotionnelle aux menaces à l'individu et à la continuité de l'espèce. »

Dennis J. D. Sandole, La base biologique du besoin. Le conflit : La théorie des besoins humains, John Burton, éditeur, 1990, Macmillan Press, Ltd., 1990, p. 71.

 

Bien sûr, le milieu scientifique s’est ingénié à contredire cette théorie, déclarant que des bêtes non mammifères sont munies d’autres structures cérébrales aux fonctions similaires. Ils répertorient des céphalopodes et des oiseaux (mais non des reptiles) qui démontrent des capacités mentales étonnement avancées. http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=one-world-many-minds. Malgré cela, cette théorie peut servir comme une bonne illustration des priorités de divers genres d’êtres humains.

 Quand nos modèles de conscience humaine se perfectionneront un peu, notre évaluation de motivations humaines gagnera en subtilité et des meilleurs traitements pour des déviants avides de violence et orientés par la crainte nous permettront (enfin !) de nous entr’aimer avec assurance. Enfin !

 

Debra Niehoff passe en revue la correction criminelle dans son livre très lucide, La biologie de la violence, Free Press, New York, 1999. Elle-même la victime d’un crime brutal, (ainsi que je l’ai été, le pistolet aux nez ; ainsi que toi, sans doute, à cette époque de misère comme celles autrefois) elle minimise la brutalité en tant que force dissuasive du crime et suggère des méthodes plus pensives de modification de comportement. Sa recherche indique que la terreur policière et la brutalité pénale ne suppriment jamais la criminalité autant qu'elles ne l’augmentent. Voici la visée constante de la mentalité d'armes : amplifier la criminalité et l’agression.

 

Nous vivons sur la terre en armes agencée par l’homme et démunie de la paix de Dieu, de Son bien-reçu réciproque et de Sa bienveillance. Pourrions-nous rénover Sa planète paisible, remplie de tels ? Le Dieu auquel je crois estime la paix et abhorre la guerre. Dieu compensera les Apprentis fidèles et avides de paix, comme Ses véritables enfants et saints. Sa récompense se traduira en miracles.

Disons que tu n'étais ni athée de la dernière souche ni excessivement dévot – souvent d'esprit pareillement clos – et que tu cherchais à vérifier l’existence de Dieu rien que pour ta propre satisfaction. Y aurait-il un meilleur moyen que de transformer la terre en armes en monde paisible et entrevoir Dieu confirmer Son existence en nous inondant de miracles d’approbation ? Après tout, nous serions en train de réaliser ce que Dieu nous a toujours enjoint plutôt que ce qu’il nous interdit, en dépit de millénaires d’autorisations démentes de la part de menteurs religieux et idéologues d'armes : « Tue, ment, déteste ton voisin, vole-lui et prie en public : nous vous ordonnons d'obéir aux commandements d'homme quoique Dieu les interdise. »

Ces miracles seraient les substituts par Dieu de nos désastres parfaitement scientifiques, parfaitement orthodoxes et parfaitement en série. Nous pourrions verser dans le monde paisible toute la sainteté refoulée de nos cœurs et jouir de miracles de sagesse, de bonté et d’amour. Tous les Apprentis pourraient se rendre en frères et sœurs ― transcendant notre capacité de le contempler.

S’aurait été comme de jouer son rôle dans une pièce de théâtre, sauf que les costumes, les charpentes et les éclairages conformeraient mieux à la paix en améliorations successives ; puis le directeur de cette pièce, ses patrons, acteurs, équipiers et assistants, tous se seraient changés d’avis : que la terre en armes n’était pas si chouette et que l’on se sentirait mieux au monde paisible.

Chaque Apprenti pourrait endosser – avec davantage d’aise, d’élan et de camaraderie ; plus facilement et meilleur marché ; avec moins de risques et de frousses ; en se servant d’exponentiellement plus d’artisanat, de passion et de dévouement – le comportement de saints massés de Dieu : assoiffés, souls et combles de Sa paix, jusqu'à ce que Dieu ne l’ait obtenue, Sa paix.

De la naissance à la mort, nous sommes tous des Apprentis. En tant qu’êtres politiques, moraux, spirituels et pragmatiques : amants et apparentées de tous, pour le mieux ou le pire, nous sommes les élus dans ce continuum d’espace-temps. De Dieu, d’Allah, du sort ou du néant ? C'est comme tu voudras. J’appelle ça Dieu et nous-mêmes, appartenant à Dieu ; ce qui comprend toutes ses manifestations.

Ce galimatias métaphysique te dérange-t-il ? Pour quelle raison ? Ta définition préférée de Dieu est automatiquement inclue.

Au lieu avons-nous opté de subsister en tant qu’esclaves de la terre en armes. Emportés dans une danse à claquettes de guerre perpétuelle et de paix éphémère, nous improvisons de notre mieux afin de rendre hommage à deux principes contradictoires : la mentalité d’armes et celle paisible. Affligés par cette schizophrénie de masse et demeurant ses otages, nous nous sommes réduits en brebis asociaux et loups solidaires : les enfants gâtés de Dieu au lieu d’être Ses saints.

Quel triste gâchis !

 

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