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SOMMAIRE D’APPRENTI       INTRO ET VOCABULAIRE

 

« … Les citoyens qui tiennent à introduire des changements dans la forme de leur gouvernement, que ce soit en faveur de la liberté ou du despotisme, doivent considérer avec quelles matières ils ont affaire et juger la difficulté de leur tâche. Car il est non moins ardu et périlleux de tenter de libérer un peuple disposé à vivre en servitude, que d'asservir celui [qui élit de] vivre en liberté. » Niccolo Machiavel, Discours sur la première décennie de Tite Live, Colline Ninian Thomson, Traduction en anglais, Kegan, Trench & Co., Londres, 1883, p. 376.

 

Moi, je ne suis qu’un pantouflard avide et lâche (donc sans prétention à la sainteté !) Ma seule intention en rédigeant Apprenti, a été de catalyser un monde davantage vivable dans lequel nous pourrions nous réincarner. Aucun moyen de prévoir l’évolution du monde en son absence, mais celui paisible semblerait comme ça à l’aveuglette offrir une destination préférable.

Alors que je passe ce texte en revue, sa présomption cosmique m'ahurit. Aucun privilège ne m'autorise à réclamer ton temps et ton attention : ni haute réputation, ni patronat puissant, ni charisme particulier, ni faste scolaire, ni affaire astucieuse, ni saint contentement de moi, ni ambition publique ou particulière, ni mérite littéraire. Quand je trouve du boulot adéquat, ce n’est que comme commis de bureau et distrait qui plus est.

Je dois malgré tout réclamer ici ta considération attentive. Personne n’a pris la peine d’entreprendre le nécessaire ; je me suis donc senti obligé. Ce livre pourrait être le texte le plus important que tu lises ; cela dépend de toi et de ton penchant pour le statu quo.

J'ai veillé des nuits tardives, examinant des rabâchages des même politiques pourries et me marmonnant « Au moins l’une d'elles dut réussir ! »

J'ose encore espérer. Les Apprentis constituent une Nation parmi les nations ; un état d'être au sein de l'État. De notre petit chemin tranquille, une fois proprement inspirés, nous veillerons sur assez de talent et d’initiative pour surmonter n’importe que défi. Une fois que nous nous retrouverons dans le noir, saisirons notre multitude et notre primauté sur le monde ; une fois que nous nous rallierons à ces idées, nous serons imparables et destinés à la gloire. Peu importe la misère que des monades isolées se sont infligée avec leurs stériles ordres de picotement, ni l’ampleur du labeur qui sera nécessaire pour tout restaurer.  Tous les combats meurtriers que nous dûmes répéter dans le passé évolueront dans notre œuvre maître de renaissance paisible et sa lutte globale pour la survie existentielle.

 

Consterné, j'ai compris le tourment du roi Asoka. Debout le dos au dos au centre de ce carnage de notre agencement, nous ne pouvions plus nier notre complicité dans cette disgrâce ni plus nous tapir en fainéantise. Il nous fallut accomplir quelque chose : étendre le bras vers la grande bague de cuivre tendue juste au-delà de nos rêves les plus transcendants ; prodiguer de toute notre confiance, compétence et valeur en soi, quoique fragiles ; tout hasarder pour réduire l’atrocité robotique de la condition humaine.

 

Apprenti n’est pas (encore) incisé en pierre. Des spécialistes dédiés, tant amateurs que professionnels, doivent mastiquer chacune de ses conjectures. Leurs débats pourront conjurer une brillante commune de biens d’Apprentis dont le mantra sera : « Et si les limites du possible n’étaient démarquées que par  les cieux? »

 

Chaque mètre cube d'eau, de terre, d’air et de vide peuvent renfermer toute l'énergie dans l'univers (moins 1 ?) Trouverons-nous assez de sagesse pour étendre nos mains dans le feu du vide et les y réchauffer, ne brûlant ni nos doigts ni le monde de ce fait ? Sinon demeurerons-nous des mendiants ignares, trébuchant faméliques et taris au large du désert quoiqu’une abondance inouïe nous attende scellée sous nos pieds ?

Nous nous asseyons tous dans le partage d’une géante pizza de luxe. Elle s’étire à l'horizon et au-delà jusqu’à l’infini. Elle est couverte de bonnes choses à manger : des monticules de légumes parfaites, d’aromatiques, de fromages crémeux et de délicatesses exquises : toutes ces garnitures les plus fines. Elle comprend des certificats d’étude, des logements corrects et de basses mortalités natales ; assez d'abondance, de justice et de sérénité pour tous, de la meilleure qualité appréciable, en quantités incalculables et bien supérieures à nos demandes.

Quel dommage que l’on ne peut entrevoir qu’une petite tranche de cette tarte, d'un seul degré de courbe, désolée et âprement répugnante ! Elle a été passée au fil de l’épée depuis des dizaines de siècles, dénudée, brûlée au noire et saturée de pauvreté, de panique et de souffrances. Partout dessus, des enfants affamés tremblent en larmes stoïques, tapis dans des blockhaus, taudis et décharges de réfugié : les enfants d’affichage de nos échecs et de notre culpabilité. L’on ne perçoit plus rien que cette terre en armes : la croûte noircie au napalm d’un terreau carbonisé. Affamé pour quelque chose de préférable, nous nous précipitons sur ses miettes avec compulsion microscopique.

Le restant infini, entassé de friandises dont personne n’a touché ? Il est au-delà de vu, en ce qui nous concerne. Les autres 359 degrés de cette tarte nous ont été dissimulés par des œillères de conventions culturelles longuement révérées. A la naissance, notre culture nous isole du monde paisible en faveur de la terre en armes, de plus en plus de rigoureusement au fur des années. De sorte, nous avons renvoyé l’abondance potentielle du monde paisible comme un simple phantasme utopique.

Les Apprentis polariseront ces œillères et montreront ainsi la tarte entière à tous. Elle est bien là, cette récolte copieuse au monde paisible, à nous de moissonner. Nous n’avons qu’à nous éclaircir la vue, nous remonter les manches et nous mettre au boulot. Ce sera alors la saison des récoltes et presque tous se dévoueront à sa cueillette et son partage. Ils en seront  trop préoccupés pour arracher un rendement moindre de l’empoignure les uns des autres. Nous ne pouvons plus nous taper de telles extravagances.

 

Il y a quatre cinquièmes de ma vie, comme j’éprouvai les jambes de poulain de mes opinions, mon père m’informa que c'était trop facile de simplement condamner des institutions. Je me souviendrai toujours de ce suave Bayard comme d’un chevalier sans peur et sans reproche.

Voici une combinaison épineuse, si l’on y pense. Ce serait facile d’infliger du mal, doué de quelque illusion d’intrépidité. « Je m’en fous pas mal ; lâchez les chiens de la guerre ! » Moins facile d’effectuer du bien de peur des conséquences néfastes, mais pas beaucoup plus compensatoire. Le but incontestable serait d’effectuer du bien en majorité, sans appréhension. Mon père en fit autant durant sa vie : ce qui le rendit noble dans son sens le plus véridique. Nul comportement moindre ne vaut d’éloge.

Alors, te crois-tu sans peur ? Soit. N’entreprends que du bien sans égard aux coûts et prouve-le-nous. Une petite astuce à toi d’entamer dans ta tête, pour ton divertissement et le bien-être de la terre. En serais-tu digne ?

Le paragraphe qui précède peut être la lecture essentielle pour des sociopathes se reconnaissant eux-même et leurs amis qui les comprennent. Je vous en recommande une revue attentive. Elle pourrait remédier leurs troubles et frayer une piste au monde en paix.

« Condamner les institutions ? N’en prends pas la peine » ce preux cavalier me conseilla-t-il, « sans parvenir à de meilleures. »

Je me suis acharné depuis à deviner ces options. Enfant né pendant les 1950s adipeuses, j'ai trouvé révoltant la Révolution au R majuscule. Ses bavures juteuses disaient davantage d’elle que ses promesses aqueuses. Parmi ses pires échecs, après des souffrances à n’en plus parler, elle n'offrit rien de plus que le présent inadmissible comportant de fréquentes rechutes. La dialectique révolutionnaire et toutes ses conventions me sont semblés des bla-bla faciles : des simples réactions d’inflammation culturelle à la médiocrité rabougrie de l'orthodoxie.

 

Aucun grand livre De la paix n’existe, bien que de nombreux universitaires se tapent dur De la guerre par Clausewitz. Crois-moi, j'ai ratissé sans succès moultes rayonnages à la recherche De la paix.

À mi-passage de mon dressage obligatoire – quand j’ai commencé à en avoir sérieusement marre de ses mensonges et tas de victimes – j’ai entrepris de ratisser les bibliothèques à ma disposition pour trouver un texte primeur sur l'administration de la paix globale. Tu sais, une vraie leçon de civisme pour un sérieux cosmopolite à l’encontre de nationalistes de toutes sortes ? Tant pis si ça n’aurait été qu'une spéculation loufoque ; je m’en serai satisfait !

Tout ce que j'ai trouvé, ce n’étaient que De la guerre et d’autres textes préférés par la gestion d’armes. D’innombrables histoires, textes dévots, harangues pompeuses, calembours en fiction et casse-noisettes philosophiques, tous soutiennent de leur mieux la mentalité d'armes et nous distraient de ce qui aurait dû être notre intérêt primaire tout le long : la paix. Sinon causent-ils de sensations, de sentiments, de technolâtries, d’abstractions vides de sens, voire d’autres sottises — de tout sauf la Paix. Pour autant que mes lectures sont devenues plus voraces et moins pointilleuses, autant plus m'ont-elles mené à des affirmations de la mentalité d’armes de plus en plus sophistiqués, alambiqués et rébarbatifs. Exception faite de cette chaîne alpestre de vétilles, il y eut en vérité fort peu autrement.

Avide pour le texte primeur de paix que je n'ai jamais pu trouver, j'ai pris l'intention de rédiger son volume un. Je n’oserai jamais appeler mon ouvrage De la paix. Seulement les Apprentis, rassemblés dans l’agora virtuelle du monde, rédigeront une telle œuvre en mille millions d’exemplaires. À présent, nous n’en bénéficions d'aucun.

Même si Apprenti n’apparaît que tout seul sur une étagère vide de bibliothèque virtuelle et sous un nombre d'appel inexistant, son scribe ne peut réclamer droit d’auteur aux idéaux de la paix. Même si la mentalité dorée de la paix reste enfouie sous les scories de la mentalité d’armes, son éclat d’or reluit depuis tous nos chefs-d’œuvre. Où sont allés les précurseurs opulents d'Apprenti ? Ils ont disparu, remplacés par des textes classiques d’armes dont le culte nous a été imposé tout au long de nos vies.

 

Apprenti remet en cause notre choix vital entre la mentalité d'armes et son équivalente paisible. Chaque moment que nous endurons sur cette planète, nous connivons avec ce mal ou le défions, que nous ne l’admettions ou pas. A ce jour, la mentalité d’armes domine nos pensées sans débat sérieux. Ce n’est pas étonnant que des technologies emballées d’armes moissonnent à jamais plus de victimes, puisque nous tous nous soumettons sans contestation à sa mentalité ; d'autre part, que des aspirations progressistes doivent échouer tôt ou tard dans cette Mer de Sargasse d’armes. Quelle surprise là-dedans ? On ne doit même pas être déçu par ce défaut social si prévisible et ordinaire. Nauséabonds et enragés, bien sur, mais non pas déçus.

Une fois que notre allégeance se mute des armes à la paix, nous pourrions prospérer en même temps que nos aspirations progressistes. Jusque là, oublis-la et oublis-nous.

 

 

Puisque tu as commencé à saisir la prémisse centrale d'Apprenti, tu pourrais l’expectorer par réflexe.

« Paix au monde? Monde paisible ? Tais-toi : j’en suis quitte ! »

Si tu aimes former tes opinions en triangulant des controverses, demande-toi : « Pourquoi renvoyer ce sujet sans audition équitable ? Étant donné l’étendu de mes études à l’école, pourquoi personne ne m’en a-t-elle instruit tout aussi attentivement ? »

Je te dirai pourquoi, pourvu que tu souhaites prêter attention. Émergeant de l’enfance en adolescence frustrée, nous mûrissons sexuellement (environ quinze ans) bien avant que nos émotions et manières sociales ne mûrissent à ce point (trente.) Notre communauté exploite ce développement en déséquilibre. Elle nous offre un cycle prévisible de vie : de la rébellion adolescente aux incertitudes d’adulte, suivi du contrecoup réactionnaire de sénilité précoce. Le gavage de la réalité d’armes à ces otages détruira les idéaux de leur jeunesse.

C’est tout de même drôle si l’on y pense. Sur le plan de la santé physique, le corps humain fut ingénié pour être croqué vers l’age de trente ans par un tigre à dents de sabre et éviter ainsi les dissolutions pénibles de la vieillesse. Sous de telles conditions, nos survivants ont dû souffrir des extases de l’amour, du sexe et de la reproduction en tant qu’adolescents. La plupart des êtres humains ne développent pas leur empathie et savoir-faire avant l'âge de trente ans et quelques ; certains auparavant, d’autres jamais. L’impitoyable terrain d'abattage néolithique réclamait une insouciance quasi-suicidaire et da la procréation adolescente, donc la naïveté égoïste de jeunes bêtes en chaleur. La vieillesse pensive, quoique honorée par les plus brillants des enfants survivants, ne bénéficia d’aucune bienvenue de la part du monde naturel.

Comme dans Siddhârta par Hermann Hesse, nous ne sommes permis que de sonder les profondeurs de l'ascétisme sévère, du plaisir sensuel, de la richesse matérielle, de l’auto répulsion et – en fin de compte et faute de mieux – du saint contentement dans notre abjecte médiocrité. Forcés au plus tôt d’abandonner notre bonne conscience, la substituer par le compromis passif-agressif et collaborer par force majeure avec des conspirateurs d'avidité, nous amortissons notre mélancolie à grandes doses d’ignorance, d’indifférence, de drogues, d’alcool, de fanatisme, d’obsessions d’amateur, de compulsions professionnelles, de folie, de crime ou de suicide. Parmi ces évasions, prends ton choix.

L’idéalisme réformateur de la jeunesse est subverti partout ; sa suppression dans les jeunes, une fausse maîtrise à laquelle nous tous sommes appelés. Notre première priorité ne devrait-elle pas être d’encourager cette randonnée créatrice ?

Te souviens-tu quand tu étais un(e) petit(e) précoce aussi pur(e) qu’un verre d’eau ? Te rappelles-tu la salve de railleries qui s’est abattue sur tes enquêtes puériles au sujet de la paix mondiale ? Peu importe à qui tu te serais tourné – parents, étrangers, maîtres éclairés ou bêtes brutes – tu dus courir le gant d'insultes voilées, de condescendances et de brutalité si tu persistais.

Repenses à cela. « La paix au monde ? Terminer la pauvreté ? Bien nourrir et affectionner tout le monde en bonne équité ? Retournes au réel, cesse de rêver, grandis un peu en toute vitesse ! Qu'est-ce que je dois te faire : t’attraper par les épaules et secouer ? »

Ok, je résume, grosso modo et en quelques lignes de texte, des années d’endoctrinement systématique et fort subtil. Mais tu me comprends.

Ici sur notre bonne terre en armes, une enfance soi-disant « bienheureuse » est celle rarissime durant laquelle d’inévitables traumatismes et injustices sont infligés un peu plus tard, au hasard, par surprise et aux mains d’inconnus.

Ta puérile tentative d’enquête a sans doute abouti en dénonciation conformiste, rejet et renvoi. Selon eux, « La paix au monde égale à de la merde. Agis par conséquent si tu tiens à ta peau. »

Cet incessant lavage de cerveau alors que tu étais petit et facilement maniable, t’aurait-il assujetti sur-le-champ ? Ta conscience morale aurait-elle été réduite au silence ? Aurais-tu suspendu ton incrédulité pour éviter ce rejet ? Te serais-tu entièrement soumis à ces mensonges, soit leur mérite ? De quelle importance l’ethnie, la nation ou la croyance dont tu aurais jailli ? Quel choix aurais-tu retenue ?

 

« Crimestop veut dire la capacité de se figer net, comme si par instinct, au seuil de toute pensée dangereuse. Cela inclut l’aptitude à ne plus comprendre les analogies, à rater les erreurs de logique, à mal entendre les discussions les plus élémentaires étant ennemies [de l’orthodoxie] et à être ennuyé et repoussé par chaque suite d'idées en voie vers l’hérésie. Crimestop, en bref, cela signifie la stupidité protectrice. » George Orwell, 1984, the New American Library, Inc., New York, 1961, p. 174. 

 

Voir Le Syndrome 1984.

Nous avons été bloqués parce que M. Tout-le-monde nous a fait taire aussitôt que nous avons posé de questions gênantes. Notre culture subvertit le pacifisme et la décadence militaire avec la même compulsion qu'elle contrôle les déchets humains et des pandémies aquatiques. Tous deux ont été fatals pour une communauté primitive : tous deux bannis. Nous avons été formés, tels que des enfants apprenant leur toilette, à opposer la paix et la spiritualité.

L'une doit provenir de l'autre, n’est-ce pas ? Dans l'absence de la paix, la spiritualité ne doit-elle pas souffrir ? Au sein de la guerre, notre spiritualité ne se rend-elle pas en une caricature monstrueuse d'elle-même, ricanant de notre hypocrisie ? Durant ce que nous osons prétendre le temps de la paix, n’est-ce pas également moche ?

Sommes-nous disposés à hurler Assez ! face à ce grotesque culte d'armes ? En avons-nous jamais été mieux disposés, le serions-nous jamais?

Comme pour nos cultes d’armes et leur pertinence à Dieu, il importe peu les beuglements hypocrites que nous dédierions à la paix. Nous en sommes aussi mal disposés qu’envers de l’excrément. Ainsi doit-on faire face à une multitude de contradictions sociales et à nul aboutissement, résolution ni clarté.

Bien sûr, je comprends ta panique et ta répugnance ; mais je ne puis m’arrêter là. Soit : toi et d’autres Apprentis, à moi ! Nous sommes des grands à présent, immunisés en principe contre les blâmes de l’enfance. Dégage tes oreilles – là, c'est mieux – et prête attention. Apprenti te ramène devant des questions troublantes que tu as dû laisser tomber comme gosse, avec ou sans ton consentement intègre. Ce choix qu’on nous a interdit comme enfants, Apprenti te le restitue.

 

Au seuil de cette époque du Verseau, elle est bien triste, cette conjoncture à laquelle nous nous soumettons. La mauvaise gérance arrogante invoque une logique à la tronçonneuse et la lubrifie à l'huile de serpent démocratique. Le sourire crétin du destin favorise des conspirations d'avidité. Devant notre regard qui refuse à y croire, des prédateurs aux sourires affectés violent la justice aveugle. Ils ricanent jusqu’à leur banque, congrès, chaire et université, puis reviennent pour jouir de seconds malpropres, de tierces et ainsi de suite... Sans relâche, nos institutions justifient la comédie spasmodique de primats meurtriers.

Des banalités absurdes s'incrustent dans nos constellations de métaphores politiques en dépit de leur échec spectaculaire — ou ne les aurais-tu pas encore remarquées ? Comme des badauds niais réunis autour d’une voiture calée, on persiste à entonner : « Faudra bien se procurer davantage d'amour, de perfectionnement particulier, de patriotisme, de Christ dans ce monde, d'humanisme, de science, de soumission, de valeurs familiales, de marché libre ; on aura grand besoin de politiciens plus intègres, de tyrans plus équitables et de gros messieurs plus gentils. » En bref, d’une dictature de tête vide davantage pure. Encore plus répandu et sans valeur : « Ne crois plus en rien, mon coco, que le gain et débours de tes prochaines oboles. Sois "cool,"  sois bien tranquille et sot comme nous. »

Stupéfiés par toute cette barbarie, des prophètes, des présentateurs de nouvelles, des technocrates et des bourgeois braient du désastre en harmonie à quatre voix. D’autres prient qu'une apocalypse vienne STP les délivrer. Stupéfiés par leur panique, ils aggravent la nécrose du monde afin d’accélérer bêtement la terminaison qu'ils souhaitent tant.

Ainsi nions-nous l'évident : le miracle dont dépend notre existence mille fois par jour. D'après ce miracle, une sagesse supérieure remplacerait nos typhons de venin avec des averses d’aubaines. De l’abondance fantasque pourrait fleurir dans les terrains vagues qui nous enclosent ; pleine justice, soulager nos anciens maux et sommer aux légions récalcitrantes : demi-tour vers la civilité !

Imagine ça ! Visualise le mieux qui pourrait apparaître.

Au lieu, des dissidents et des réactionnaires d’armes chantent des ronds de dogme maladif. Ils s’obsèdent de l’Autre détesté et trament son anéantissement irréalisable. D’autres s’assoient sur leurs mains en attente que tous se rendent en anges sinon que le Christ reviennent nous délivrer (quoi qui advienne d’abord.)

Tout s’improvise. Personne ne sait de quoi il parle ni n’a de plan concret sauf pour des suppléments de tuerie — s’en tenir quitte ou l’aggraver. Le privilege principal de la promotion, c’est n’avoir plus à écouter et simplement donner des ordres déments, voire les transmettre sans jamais tenir compte de la réalité — la recette du désastre garanti. En fait, la gérance moderne tend à régir par désastre : elle hérite de désastres négligés sinon en attise de neufs, puis démontre sa « maîtrise » en agitant des bras et blâmant des subordonnés pour avoir manqué de répondre aux demandes impossibles. 

Nous ne sommes permis ces jours-ci que deux genres de politiciens : les broyeurs de bonnes idées depuis trois générations, et ceux qui n’ont découvert d’idée infecte qu’ils n’aient prisée. Tel qu’un ancien forgeron villageois aurait convoité une motocyclette entrevue pour la première fois, leur plus ardant désire est de disjoindre le monde et le rassembler selon leur gré. Mais leurs obsolètes métaphores politiques ne leur permettent de comprendre ni les contradictions ni les opportunités fondamentales de ce monde. Ils cherchent à remonter une moto Harley-Davidson des années 1950s en se servant de termes de Périclès et d’outils de carrosse à chevaux.

Ce n’est que l’absolue justice de notre cause qui la garde en vie, non nos paroles et pensées nécrosées. Rendus fébriles par des idéologies gangreneuses et leur manque de bénéficier quiconque à part des intérêts spéciaux, nous sommes devenus trop credophobes pour ne plus pouvoir croire en rien. Gavés de bêtises commerçantes, nos gyroscopes moraux déboussolés, nous avons lâché nos dernières prises d’esprit et déchu dans des contre-courants de la transformation.

Pourtant ne point désespérer, prêter plutôt attention aux prêches de Jesse Jackson et « ranimer l’espoir ! » Comme lors des deux après-guerres en Allemagne, des réactionnaires nous remettront une épave quand elle semblera trop déchirée pour en sauver n'importe quoi. Apprenti anticipe la même remise, cette fois du monde entier.

 

Tu pourrais te souvenir d’avoir assisté à un film dans lequel d’implacables méchants extorquent toutes les bases de pouvoir, de contrôle et de sécurité. À mi-chemin dans cette histoire, les bons sont abasourdis ; personne n’a d’idée que faire ensuite.

Alors, quelqu'un dit, « Attendez, j'ai un plan. » C’est Marianne, peut-être ? Au lieu de se tapir en désespoir, des spectateurs apathiques prêtent attention miraculeuse. Inspirés, ils se transforment en héros. À ce point, par égard à la continuité dramatique, la camera se braque sur le triomphe des bons.

Ce livre énumère des démarches essentielles entre « nul plan » et « plan en action. » Pendant cette étape obligatoire mais pas marrante, nous devons discuter de ce plan, exposer ses faiblesses, suggérer d’autres options et en coordonner leurs réglage et chronologie. Laissons aux volontaires leur choix des tâches qu’alimentent leurs intérêts et talents particuliers. Messieurs les améliorateurs réducteurs en panne et tapant au volant, démarrez vos moteurs ! Secouons en éveille les abstenus par nihilisme et lâcheté.

J'ai une combine : la voici, de suite. Nous sommes à cette étape essentielle mais ennuyeuse de la procédure. Hâtez-nous !

 

Quelques avertissements avant de démarrer. La prose excentrique de ce livre, son idiome exotique et ses spéculations bizarroïdes rendront difficile ta lecture. On va rendre la guerre illégale à travers la planète, non cuir une petite omelette. Tu ne trouveras dans ces pages ni raccommodages rapides ni aphorismes simplificateurs : les formules de bébé dont on s’est habitué. Clique « En arrière » si voila tout ce que tu cherchais ici.

Qui plus est, les chapitres d’Apprenti ont été rédigés comme des textes uniques, l’un desquels un recherchiste sur l’Internet pourrait croiser indépendamment des autres. Il y a donc beaucoup de répétitions s’ils sont lus en succession. Tant mieux ! Tu n’as pas entendu parler assez souvent de telles choses lors du restant de ta vie.

Traite d’Apprenti comme d’un guide rugueux de franchise supérieure aux textes classiques qui traînent sans fin, et de meilleure transparence que les obscurantismes privilégiés à l’ENA. Après l'avoir lu, des jeunes prodiges pourront explorer ce monde en prison ferme alors que ronflent ses gardiens et séquestrés.

Ce livre fait pareillement signe aux gagnants extatiques du prix Nobel, aux forcenés qui n’ont plus rien à perdre, aux idéalistes à la dérive, aux rêveurs de madrasa, aux bonzes de l’orient, aux doctes du Talmud et aux séminaristes bibliques – tous insatisfaits – aux traîtres scolarisés et aux esprits lumineux de ghetto qui défient des maux qui se tortillent au seuil de leur sombre pièce d’étude. Il interpelle chaque Apprenti égaré dans son labyrinthe à miroirs d’armes et de paix, autant que le fantôme de mon enfance hantant des étalages de livres d’antan. J’adresse ces propos également à la prochaine classe des académies de guerre et à la prochaine année de collégiens prodiges.

Ceux les meilleurs ont parcouru sans succès les archives d’armes pour découvrir la littérature de la paix. Ce texte trace le contour de ce que nous avons été menés à dénicher et manqué de trouver.

Rêvant en Californien, je surfe le contre-courant du chaos et nage ceux de retour du paradoxe. Irascible, je rejette des conceptions chéries et reprend des idées calomniées. Mon message est tendancieux. S’attaquant à des platitudes rusées, il grimpe aux bouts tremblants de l’arbre, peut-être plus haut qu’il te sera plaisant de suivre. Tu ne trouveras ici nulle « indifférence » ni « désintérêt » ni « équilibre d’intérêts » comme ces expressions sont mal employées à ce jour. Étant donné la complexité infinie de ce sujet, mon manque d’adresse à l’écrit et mon érudition minime, voici ton travail bien arrangé.

Je tournerai des canons rhétoriques contre les mentors d’armes qui m'en ont entraîné. Horrifié et rendu furieux, j'invoquerai des sophismes plus avantageux que leurs équivalents « de logique correcte. » Je dédaigne ces prédicateurs de « raisonnement correct » qui permettent aux enfants de s’affamer et tournent le dos quand cette déplaisance s'introduit dans leur minutieux vide d’esprit. Au contraire, les Apprentis pirateront chaque fraude de Madison Avenue et appel au couvre-feu qui nous ont bercés à dormir jusque ce jour, afin d’amplifier le monde en paix.

Si tu veux une formule en six cents mots pour la paix au monde, consulte les Georgia Guidestones, ciselées en anglais, espagnole, swahili, hébreu, arabe, chinois et russe (mais non en français : rustaud.)

 

1.     Maintenir l’humanité sous 500.000.000, en équilibre perpétuel avec la nature.

2.     Guider la reproduction sagement —  améliorer la santé et la diversité.

3.     Unifier l’humanité avec une nouvelle langue vivante.

4.     Régir la passion   la foi   la tradition  — et toutes les choses avec raison tempérée.

5.     Protéger les gens et les nations au moyen de lois justes et de cours intègres.

6.     Permettre à toutes les nations leur gérance interne, résolvant les disputes externes devant une cour mondiale.

7.     Éviter les lois insignifiantes et les fonctionnaires inutiles.

8.     Équilibrer le droit particulier avec le devoir public.

9.     Priser vérité   beauté   amour   à la recherche de l’harmonie avec l’infinie.

10. Ne soyez pas un cancer sur la terre   Laisser place à la nature   Laisser place à la nature.

 

Si la logique de la paix globale est tout ce que tu souhaites trouver ici, lis Mortimer Adler, How to Think about War and Peace (Comment penser de la guerre et de la paix), Simon et Schuster, New York, 1944. Alors, le Président Roosevelt et ses assistants brillants ont anticipé un gouvernement unimondial et populaire qui aurait criminalisé la guerre à travers la planète et garanti les droits humains à tous — il y a soixante-dix ans, cent cinquante millions de morts de guerre et quelques milliards décédés de famine et de maladie dont nous, les « illuminés » contemporains, sommes responsables. Et combien de plus de milliers de milliards de comptant, de ressources vitales et d’ingéniosité sabotée, jetés par la fenêtre avec notre consentement ?

Comment oses-tu n’y être pour rien ? Cesse de te mentir, ici du moins! Nous sommes tous responsables à cent pour-cent.

Hélas, des kommissares du parti américain d’armes se sont assurés qu’un mercier manqué, Harry Truman, rattraperait les brides de pouvoir des mains déchues de Roosevelt. Hiroshima, mon amour ? Truman et ses pitres copains d’esprit chauvin et fermement clos ont gaspillé la bonne volonté globale qu’acquit l'Amérique en libérant le monde du fascisme ; tel que Bush le moindre et ses écuyers après l’onze septembre, quand tout le monde était à nouveau de notre coté.

À vrai dire, l’Amérique et le monde ne se sont jamais remis des régicides « par pure coïncidence » des deux Kennedy, de King et de Malcolm X, (et de combien d’autres chefs progressistes abattus anonymes  à travers le monde, les cibles d’ops noires pendant la guerre froide et depuis ?) et leur remplacement au pouvoir par des moisissures visqueuses de l’espèce belliciste réactionnaire. Celles-ci ont soigneusement caressé une succession de médiocrités politiquement correctes depuis. Leurs préjugés nous ont aiguillonnés à cent cinquante millions supplémentaires de fatalités de guerre et encore un demi-siècle de gestion ruineuse d’armes.

Encore aujourd’hui persistons-nous à gaspiller de précieux temps et talents en protestant la robustesse de leurs initiatives guerroyantes. Mais qu’ils aillent protester, en futilité totale, nos initiatives paisibles — plus jamais dans le sens contraire !

 

 

Ce texte est un divertissement spéculatif et un battement de rassemblement, non pas un tome accablant. Ne se prétendant ni fiction ni reportage, il prend place quelque part entre confession, harangue et carnet d’homélies, d’anecdotes et de conjectures. Comme l’a si bien décrit Margaret Atwood, du journalisme de pronostic. D’ailleurs, j’ai contemplé sa centaine de chapitres indépendants comme une série d’opuscules tel que ceux au XVIIIeme siècle. Aucune telle œuvre n’existe. Je n’ai pas trouvé un regroupement politique qui l'aurait accepté d’un trait comme le sien.

 À supposer que j’eusse pu ! Je ne me serai pas senti si seul sur cette planète de primats meurtriers sans repentis, ni si inquiété que les choses iront de mal en pire entre leurs mains, avec ou sans la publication d’Apprenti.

Je n’ai aucune confiance dans ma génération (propre pour rien que Bush le Moindre et ses co-équipiers national-capitalistes, puis Trump le joker !) ni celles a suivre ; peut-être celle troisième ou quatrième… Comme parti politique, les Apprentis apparaîtront certainement dans l’avenir, peut-être après ma disparition — comme s’est advenu pour Marx, Rousseau et Érasme.

 

« Ainsi advient-il qu’au-delà de la ligne imaginaire qui démarque le passé du présent, l’écrivain se trouve face à la condition humaine qu’il doit observer et comprendre aussi bien qu’il le puisse, à laquelle il doit s’identifier, lui remettre la force de son souffle et la chaleur de son sang ; il doit tenter de la remettre dans cette contexture de l’histoire vive qu’il compte interpréter pour ses lecteurs, pour que son effet soit aussi beau, simple et persuasif que possible. » Ivo Andrić, Discours d’acceptation du prix Nobel de la littérature en 1961.

 

« Si l’humanité porte en elle une donnée éternelle, c’est bien cette hésitation tragique de l’homme qu’on appellera pour des siècles à suivre un artiste – en face de l’œuvre qu’il ressent plus profondément que quiconque, qu’il admire comme personne, mais que seul au monde, il veut en même temps souterrainement détruire. »

« Or, si le génie est une découverte, comprenons bien que ce soit sur cette découverte que se fonde la résurrection du passé. J’ai parlé, au début de ce discours, de ce que pourrait être une renaissance, de ce que pourrait être l’héritage d’une culture. Une culture renaît quand les hommes de génie, cherchant leur propre vérité, tirent du fond des siècles tout ce que ressembla jadis à cette vérité, même s’ils ne la connaissent pas. »

André Malraux, Les Conquérants, Le livre de poche, © Bernard Grasset, 1928, pages 311-13.

 

« Le leader endosse toute notre confusion dans sa tentative de gravir en sus de la société à la découverte d’une clairière qui dévoilera la bonne voie. Là-bas, sur sa montagne imaginaire, il se tient tout seul, souffrant l'angoisse particulière de la liberté. Il nous observe, dansant désemparés en bas et à mi bravant la mortalité dans notre labyrinthe consolatrice. Il peut constater une certaine assurance de notre part, nous perdus dans notre éternité terrestre. Mais comment parviendra-t-il à se recueillir s’il ne peut obliger ni à nous tous ni à la structure elle-même de répondre à ses efforts ? » John Ralston Saul, Voltaire’s Bastards: The Dictatorship of Reason in the West (Les bâtards de Voltaire : La dictature de la raison dans l’Occident), Vintage Press, A Division of Random House, 1991, p. 469.

 

Accepte les bribes d'Apprenti que tu approuves, puis accomplis quelque-chose de mieux. Renvois ce que tu y trouves déconcertant ― comme conjecture, ouï-dire, hérésie, quoi que tu voudras.

Si ce texte t’inspire une nouvelle notion, donne-m’en des nouvelles. Je préférerai apposer des idées neuves (pourvues d’attribution adéquate) dans la rédaction de ce texte. Je serais peut-être permis de chroniquer cet effort vertueux … si possible dans des chapitres subséquents de ce samizdat.

Pourquoi les termes « utopique » et « idéaliste » jettent-ils nos meilleures valeurs au tas d’ordures ? Quand est-ce que le chic réactionnaire a rendu l’empathie de mauvais pied ?

Nous pourrions être des mauvais pratiquants de la paix au début, mais l'amour du bien circule dans nos veines. Aucune locution n’existe pour un tel talent : kalotropisme ? Quoiqu’il ne se laissera plus être nié. Qui sait, la réalisation du bien pourrait revenir à la mode, en dépit des efforts de ceux les pires parmi nous, de l’interdire et le ridiculiser.

Des phraseurs absentéistes de la vertu se simulent astucieux en aggravant notre névrose d’armes. Ils calomnient par répétition de routine « le bienfaiteur » (a do-gooder) et « le cœur sanguinolent » (a bleeding heart.) La bonté devient « faiblesse et bonasse. » En dissimulant ainsi leur ignominie, ils promeuvent la terminologie obstinée de la connivence réactionnaire et sa mise en ligne criminelle. Ils ont créé une chaîne d'usine productrice d'arnaqueurs et d’hypocrites professionnels de « correctitude politique » à peine suffisante pour remplacer nos gérants légitimes. Chacun moins savoureux que son précédant, alors que des gens de talent et de génie sont chassés de la politique et du commentaire social ; simplement abattus dans la rue sinon crucifiés de par les médias alors que leurs assassins sont promus.

Des réactionnaires ricaneurs se trahissent en étant les seuls à se servir de l’expression « de politique correcte. »

Qui sont ces truands ? Des maîtres de méchanceté ? Des cœurs en silex ? Est-ce que quelques cœurs pierreux exigent un petit saignement lubrifiant pour ré-oxygéner la conscience morale en ligne plate ?

Après tant de tentatives, pourquoi ne bénéficions-nous pas des meilleurs gouvernements possible ? Étant donné l’ensemble de nos écoles, nos livres et nos professeurs, pourquoi n’apprécions-nous pas des millions de maîtres paisibles enrichissant l'abondance qui devrait être notre dû, truffant le monde de technologies miraculeuses, de faune et de flore sacrées, d’amour courtois et de gentillesses  aléatoires ? Où sont passés les remplaçants superbes du jeune Andy Carnegie, des Roosevelt et de la Petite fleur LaGuardia qu’exige l'administration de l'excellence ?

Si l’on considérait le monde comme une grande Académie – les Apprentis y oeuvreraient – la plupart de ses étudiants matriculent dans un aspect de la technologie d’armes alors qu’un trop petit nombre se pourvoit d’une loque de paix. Alors que la machinerie de guerre broie ininterrompu, ses esclaves les plus dévoués sont les seuls permis de débattre son utilité en public.

Presque personne ne peut dénommer les grands maîtres paisibles. Les praticiens primaires de la paix ont été des personnes peu prétentieuses ; ses omnipraticiennes paisibles, aussi mal répertoriées dans l’histoire générale qu’elles le sont ici. Compare cet état d'ignorance avec notre familiarité avec Gengis Khan, Hitler et pareils maîtres de mutilation. Si la paix était notre première priorité – et non la tuerie de masse – ce déficit d ‘Apprentissage nous aurait rendus de graves inquiétudes. 

 

Ta première évaluation d’Apprenti pourra te rendre le vertige, tant sa gamme de sujets semblera kaléidoscopique. On ne les a jamais étudiés dans la profondeur qu'ils méritent. Notre première revue sera d’une superficialité insolente et assujettie au dénigrement pour cause de mythisme à chaque tournure de page. Une fois que cette crise passera, on pourra rendre justice à ces exotismes.

Lis les premiers chapitres d'Apprenti afin de sonder son vocabulaire : d’« Intro & Vocabulaire » à « Stop. » Ensuite, reprends ta lecture aléatoire dans une de ses trois sections :

 

SECTION I) Pourquoi nous trouvons-nous dans ce pétrin ?

SECTION II) Comment faire pour approcher au monde en paix.

SECTION III) Qu’en attendre.

 

La première section « Pourquoi » c’est celle la plus rugueuse, qui s’étire au-delà du mi-point d’Apprenti. Pourquoi est si incendiaire, ses lecteurs de première souche risquent de se surmener. Contrairement aux textes plus sédatifs, celui-ci ne négligera aucun mal monumental qu’on nous a instruit de regretter brièvement puis d’accepter comme allant de soi. Cet impitoyable inventaire d'erreurs te semblera fatigant d’abord, engourdissant de suite et insupportable en fin de compte. Ton subconscient revisitera toutes les thérapies d'aversion que tu as endurées comme gosse pour te faire abandonner cette lecture. Tu en seras agacé, écœuré, puis enragé. Tu devras te redresser fermement pour pouvoir ingurgiter cette âcre infusion jusqu'à sa lie. Prends des petites gorgées de cet aigre moût et trouve ailleurs un sirop plus doux — peut-être au téton de la télé.

Mais n'abandonne surtout pas. J’aurai pu autant bien intituler ces trois Sections Lamentation, Transition et Espoir.

L’aigre-doux « Comment Faire » note des tendances fâcheuses et propose quelques contre-mesures. Plus savoureux encore, « Quels Résultats » esquisse des options paisibles à l’encontre des technologies d’armes auxquelles nous nous sommes soumis jusque là ― à supposer que des majorités globales aient d’abord saisi Pourquoi et Comment Faire.

Ce texte est prévu pour chaque Apprenti à venir. Son mécontentement aurait dû être notre patrimoine et le fut jadis, oublié depuis. Mes chers Apprentis, je vous laisse entamer le Qui, le Quand et l’Où. Si vous m'attrapez faillir mon mandat, ce sera votre signale de prendre en relève le fardeau de ma preuve.

 

Je n'ai eu aucun choix que d’écrire – in two languages – ce livre, ce livre entier et rien que ce livre. En fin de compte, je ne peux justifier ma présomption qu’en te signalant les profondeurs de notre faillite morale et de notre avidité pour la Paix : l’ultime amour tabou.

 

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