PAVANE POUR UNE PLANÈTE DEFUNTE

 

La terre de ma jeunesse,

Je la pleure déja.

Elle se tuile en cendres à cause du souffle humain

Et cloquera bientôt de sa chaleur.

 

Pourtant subsistent des forêts massives,

Et un tiers de million de bébés naissent chaque jour,

Et les humains se bousculent et se précipitent; mais certains

S’interrompent pour demander, Qu’est-ce qui ne va plus ?

 

Que leur dire ?

Vous êtes des morts ambulants ?

Vous vivez dans un rêve qui s’évaporera bientôt ?

Vous incinérez le monde autour de votre tête ?

 

Que si l’haleine humaine se redouble à l’exponentielle,

La moitié du monde naturel pourrait demeurer intacte

Et nous réassurer momentanément, mais disparaître

Pratiquement d’une seule nuit ?

 

Qu’un trop petit nombre a écouté en bon temps.

Des idiots riches ont priorisé leurs affaires moindres.

Il ne reste pas assez de temps pour ramener la majorité à la raison

Et jeter cette épave en marche arrière.

 

Ce n'est pas comme si moi, j’étais innocent.

Moi aussi, j’ai mon porte-clés d'une tonne,

Mes dizaines de tonnes de CO2 pour chaque kilo de chair

Mes manières dévergondées et brûlantes.

 

Je suis autant à blâmer que quiconque,

Ma seule pureté acquise de longues douches chaudes,

Jamais la douche froide des purs;

Avec de bonnes lumières pour lire, de jour et de nuit.

 

Alors, qu'est-ce qui m’incite

À anticiper, dans toute cette puissance et lumière,

La chaleur mortelle qu'elle doit faire parvenir ;

Puisque tout doit être indemnisé en fin de compte?

 

J'ai été indiqué ce à quoi le monde ressemblera

Quand notre souffle ardent aura achevée sa tâche,

Une fois que l'Homme brûlera sa voie agitée

À travers chaque champ, plaine et mer.

 

Des Saharas et des Gobis transcontinentaux,

Aucune vie n’y reste, encadré de mers stériles,

Du bord au bord de chaque contrée

De la boue stérile sous des torrents de pluie.

 

Des plaines cendreuses et des disperses de roche,

Des boues craquelées et boursouflées par la chaleur

Délavées dans des voies d'eau obstruées

Là où le poisson ne nage plus.

 

Toute la glace chassée de la terre

De ses montagnes, soit leur ampleur et étendu,

Aussi des pôles,

Soit leur givre en hiver.

 

Chassées la jungle amazonienne et de ses analogues tropicaux,

Avec celles tempérées : toutes torréfiées en déserts de cendre.

Disparus les récifs, leurs pêches

Stérilisées par des mers surchauffées, acidifiées et privées d’oxygène.

 

Quand de tels rêves m’ont d’abord révélé ces visions,

Je les ai prises pour l'aboutissement d’une guerre nucléaire :

De la désinfection des effets invisibles de la radioactivité.

Je l’entrevois maintenant comme notre destin, soit la guerre ou pas.

 

Par crainte du froid, du manque et de la faim,

Nous avons incendié notre garde-manger,

Tout le mobilier dans la maison du monde,

Toutes les œuvres pas encore écrites.

 

Si seulement pour nous rendre un peu plus confortables

Nous avons rejeté notre futur,

Tous les espoirs et rêves à venir,

Dans la gueule de Moloch.

 

Cette planète ne m’a jamais appartenu,

Ce que je persiste à me répéter ;

Pas le mien, ce sac désolant de chair

Fléchissant peu à peu dans la tombe.

 

Quoique je les estime avec tendresse croissante,

Surtout ce monde avec son doux chant d’oiseau,

La sérénité de sa verdure printanière,

Et le renouveau de son abondance.

 

Je regrette le chant d’oiseau de ma jeunesse,

Le bourgeonnement de jeunes plantes,

Le parfum de la terre grasse et sa bonté,

Sa promesse de résurrection annuelle.

 

Cette planète de ma jeunesse,

Chaude parfois, oui, en effet,

Mais rarement torride,

Modérée dans ses manières.

 

Pour chaque plaine d’hécatombe

Cuisant de soif et de famine,

Beaucoup d’autres d’outre l'horizon,

Remplies de vie et de plénitude.

 

Tuant parfois de froid, oui,

Des congélations fatales en noir et blanc,

Dur comme du fil d’acier gémissant dans le vent,

Quoique toujours renouvelé au printemps.

 

Pour chaque toundra gelée,

Suçant la chaleur corporelle

Comme un vampire affamé,

Une profusion plus de rassurante chaleur corporelle.

 

Qu'importait les misères du passé :

Famine, manque et panique militante,

La destruction des villes et des civilisations,

La perte de proches ?

 

Il y eut toujours de l’espoir,

Une chance de se ramasser et s’enfuir

Aux terres de meilleure promesse

Au-delà de celui-ci désespérant.

 

Ce ne sera plus le cas.

La famine trouvée ailleurs équivaudra

Impitoyablement à celle trouvée ici,

N'importe la longueur de la randonnée.

 

Chaque jour voit encore

Des milliers d'années d'énergie accumulée

Incinérés dans des cylindres ardents,

Calcinés en dehors de cette grasse planète.

 

Cette flamme perpétuelle, ce culte du feu

Attirera des dieux du feu encore plus puissants,

Qui consumeront toute la verdure

Et la remplaceront par de la cendre désertique.

 

Qui, de l'amas de millions d'années

Assoupi et glacé sous des eaux profondes,

L’appelleront à dégeler, se ranimer, mousser

Et mettre le feu à la mer elle-même.

 

Ce qui provoquera des tsunamis quotidiens.

Qui délaveront les restes de villes portuaires inondées,

Et noieront les survivants blottis sur ces rives

En fuite des déserts intérieurs.

 

Sur un monde entier rendu désertique,

Aucun refuge ni sûreté ne restent à trouver ;

Les dernières traces de fertilité

Gardées par d’implacables destroyers.

 

Le résidu de l’humanité survivra-t-il cette ultime famine,

Et s’accroupira-t-il à la vie, quoi qu’y arrive ?

Même une fois que ses derniers appuis seront cramés ?

Faudra-t-il que je le rejoigne dans son agonie ?

 

Une fois que j’expire à nouveau,

Dans ce monde encore verdoyant en majorité,

Au-delà de la cornue du dernier scientifique,

Ce qui reste du monde naturel reste épanoui.

 

Aurais-je à renaître dans la prochaine vie infructueuse

Avec sa disette familière ;

Mon besoin annulé d’observer une seule verdure pousser,

Puisque je devrais le sacrifier pour me nourrir?

 

L'humanité sera-t-elle établie

Comme le dernier bétail de l'humanité ?

Soilent green sur les lèvres de jeunes innocents,

En sordides barbecues tenus ailleurs?

 

Laisse-moi partir auparavant,

Même si ma chair grisonnante doit être mangée.

Laisse aux autres de tomber si bas,

Mais pas à moi, pas encore, plaise Dieu.

 

Tout le monde a servi comme esclave

Et maître d’esclaves, que Dieu nous pardonne,

Pendant de nombreuses vies passées,

Aussi comme des cannibales et de la chair de cannibale.

 

Que je ne sombre plus dans cet état,

Soit les vies que je dois renouveler.

Laisse-moi retenir ma dignité en lambeaux

Ma fierté d’hypocrite, pour le moment.

 

Que ma cervelle explose, mes vaisseaux rompent,

Que mon éteinte soit propre et rapide,

Entouré de la sérénade d’oiseaux

Et des rires d’enfants bien nourris.

 

Il n’y aura plus de champs féconds vers lequel se tourner,

Plus de terres de jachère à retourner.

Aucun contour vert pour calmer l’œil,

Et estomper le triste souvenir de la famine.

 

Oublie le terreau des bosquets de chêne

Le parfum de lavande et du romarin,

Le gazouillement de crickets et le bourdonnement d'insectes,

Le parfait son et lumière de la photosynthèse.

 

On a oublié que le vert se mute

Dans les feux d'artifice de l’automne,

Que la feuille adopte toutes les teintes du feu,

Libérant en douceur son CO2.

 

Cette planète sensibilisée de ma jeunesse,

Je la pleure déjà,

Puisqu’elle se videra bientôt

Au souffle fuligineux de trop d'êtres humains

 

Tout comme moi. Une sortie se révélera-t-elle ?

L’énergie de l'eau pourra-t-elle nous sauver ?

(Gerald Pollack, Water, Energy and Life) ?

Et nous affranchir de notre destin de condamné ?

 

Se trouverait-il dans la terra preta

Aspirant le CO2 dans ses charbons de bois

Et le renouveau de glaises taries

En terreaux d’une fécondité noircie ?

 

La production industrielle du biochar

Optimise la prise du CO2 de l’air,

Elle offre du fertilisant à haut Carbonne.

Figerait-elle ce réchauffement global ?

 

Cela pourrait advenir.

On ne peut que soupirer pour la miséricorde

D’un Dieu affectueux

Et sa promesse de Résurrection.

 

Des dieux puissants en ont toujours promis autant  ̶

Bien avant Jésus  ̶

La Résurrection, en expirant et renaissant,

Pour eux comme pour nous.

 

La promesse du soleil et de la lune,

Toutes les paires qui tombent et se relèvent,

Comme l'hiver et le printemps,

Tant que des sages ont pu les noter.

 

Mais pour le moment,

Je ne discerne aucun miracle sur l’horizon

Pour prévenir notre destin sordide.

Et je désespère et pixèle cette pavane.

 

 

PAVANE FOR A DYING PLANET

 

The world of my youth,

I mourn for it already.

It is curling into cinders from the human breath

And will blister soon from its heat.

 

Yet massive forests subsist,

And a third of a million babies are born each day,

And humans hustle and bustle; but some

Stop and think to ask, What’s gone wrong?

 

What can I tell them?

You are walking dead?

You are living in a dream that will soon evaporate?

You are burning the world down around your ears?

 

That if human breath redoubles exponentially,

Half the natural world could remain intact

And reassuring for a while, yet disappear

Virtually overnight?

 

That too few have listened in good time.

Rich idiots have prioritized their lesser matters.

There’s not be enough time to bring the majority back to reason

And throw this wreck into reverse.

 

It’s not as if I were innocent.

I, too, have my one-ton key chain,

My dozen tons of CO2 for every pound of flesh

My wanton, burning ways.

 

I’m just as much to blame as anyone else,

My only purity acquired from long hot showers,

Never the cold bath of the pure;

With good lights to read by, day and night.

 

So what is it that goads me

To foresee, in all this power and light,

The heat-death that it must bring on;

Since everything must be paid for in the end?

 

I was shown what this world will look like

When our fiery breath has done its work,

Once Man has burned his busy way

Across every field and plain and sea.

 

Trans-continental Saharas and Gobis,

No life is left there, framed by sterile seas,

From edge to edge of every land

Sterile mud under torrents of rain.

 

Cinder plains and scatters of rock,

Mud crackled and blistered by the heat

Washing into choked waterways

Where fish no longer spawn.

 

All the ice on Earth is gone

From every mountain, no matter how high and broad,

As well as from the poles,

No matter their winter chill.

 

The Amazon jungle chased away with its tropical equivalents,

As well as the temperate ones, all scorched to desert ash.

Gone the reefs, their fisheries

Sterilized by overheated, acidified, oxygen-starved seas.

 

When dreams first revealed those visions to me,

I took them for the outcome of a nuclear war:

Disinfection by radiation’s unseen effects.

Now I see it is to be our fate, war or no.

 

From fear of cold, of want and of hunger,

We have burnt up our larder,

All the furniture in the world house,

All the works yet to be written.

 

If only to get a little cozier,

We have thrown away our future,

All the hopes and dreams to come,

Into the jaws of Moloch

 

This planet never belonged to me,

Which I keep repeating to myself;

Not mine, this sorry sack of flesh

Sagging slowly into the grave.

 

Yet I grow more tenderly fond of them with time

Especially this world with its sweet birdsong,

Its soothing Springtime green,

And the renewal of its plenty.

 

I mourn the birdsong of my youth,

The budding of young plants,

The perfume of loam and its bounty,

Its promise of yearly resurrection.

 

This planet of my youth,

Quite warm at times, yes indeed,

But rarely scorching,

Moderate in its manners.

 

For every killing plain

Baked with thirst and famine,

Many more beyond the horizon,

Full of life and abundance.

 

Sometimes killing by cold, yes,

Deadly freezes in black and white,

Hard as steel wire moaning in the wind,

Though always renewed by springtime.

 

For every frozen tundra,

Sucking body heat away

Like a starving vampire,

A profusion of more reassuring body heat.

 

What difference did the miseries of the past make:

Starvation, want and militant panic

The destruction of cities and civilizations

The loss of dear ones?

 

There was always hope,

A chance to pick up the pieces and flee

To more promising lands

Beyond this one of despair.

 

That will no longer be the case.

The starvation found elsewhere will equal

Without mercy that found here,

No matter how long the ramble.

 

Each day sees another

Few thousand years of accumulated energy

Incinerated in hot cylinders,

Burned away from this fat planet.

 

This perpetual flame, this worship of fire

Will attract more fire gods and stronger ones,

Who will consume all the greenery

And replace it with cinder waste.

 

Who, from the accretion of millions of years

Slumbering and frosted beneath deep waters,

Will summon it to thaw, awaken, froth up

And set the seas themselves on fire.

 

This will set off daily tsunamis.

That will wash away the remnants of flooded port cities

And drown the survivors huddled along those shores

In flight from inland deserts.

 

On a whole world turned into desert,

No refuge or safety remains to be found;

The last few patches of fertility

Guarded by merciless destroyers.

 

Will the residue of humanity survive this ultimate famine

And hang on to life, no matter what?

Even once its last supports have burned away?

Will I have to rejoin it in its agony?

 

Once I die again,

In this world still for the most part green,

Out beyond the last scientist’s retort,

What remains of the natural world flourishes still.

 

Will I have to be reborn into the next barren lifetime

With its familiar hunger;

My need quashed to see a single green thing grow,

Since it will have to be sacrificed to feed me?

 

Will humanity be set up

As the last livestock of humanity?

Soilent Green on the lips of young innocents,

In sordid barbecues held elsewhere?

 

Let me go before that happens,

Even if my grizzled flesh must be eaten.

Let others tumble to this level,

But not me, not again, please God.

 

Everyone has served as a slave

And a master of slaves, God forgive us,

During many past lives,

As well as cannibals and as cannibal flesh.

 

May I never plunge into that state again,

Whatever lifetimes I may need to renew.

Let me clutch my dignity in tatters

My hypocrite’s pride, for the time being.

 

Let my brain explode, my vessels rupture,

Let my death be quick and clean,

Serenaded by birdsong

And the laughter of well-fed children.

 

There will be no lush fields to turn to,

No fallow lands to turn over.

No green contour to soothe the eye,

And erase the sad recall of famine.

 

Forget the leaf mold of oak forests

The perfume of lavender and rosemary,

The cricket chirp and insect buzz

The perfect sound and light show of photosynthesis.

 

We’ve forgotten that green mutates

Into the fireworks of autumn,

That the leaf takes on every tint of fire,

Softly releasing its CO2.

 

 

This sensitive planet of my youth,

I mourn for it already,

Since it will soon empty

From the smoke-filled breath of too many humans

 

Just like me. Will a way out reveal itself?

Will the energy of water save us?

(Gerald Pollack, Water, Energy and Life)?

And set us free from our doomed fate?

 

Could it be in the terra preta

Sucking CO2 into wood charcoal,

And the renewal of exhausted clays

Into soils of blackened fertility?

 

The industrial production of biochar

Optimizes the capture of CO2 from the air,

It offers high-carbon fertilizer.

Could it cut short global warming?

 

That might happen.

We can only sigh for the mercy

Of a Loving God

And His promise of Resurrection.

 

Powerful Gods have always promised as much  ̶

Long before Jesus  ̶

Resurrection, by dying and being reborn

For themselves and for us.

 

The promise of the Sun and the Moon,

Every pair that rises and falls again,

Like winter and spring,

For as long as the wise could note them.

 

But for the time being,

I can’t see any miracle on the horizon

To ward off our sordid fate.

And I despair and pixel this pavane.

 

 

 

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