- GO FIND IT -

 

Go find the poem of your invention,

If that is all that you seek.

Scale another poem of your making,

The mirage of your craving.

 

From one handhold to the next,

Write it down in black and white.

Hammer home each piton bold,

Each new line, another handhold,

Stanzas, meadows set below the next ridge.

 

But so much worth so little,

At its best a mere trifle.

A whole life sewn up

In a few lines of text.

 

No matter.  Don’t look back, but up.

Climb the cliff of wordy handholds,

Vowel rocks set in consonant soil,

The occasional poetic blossom stumbled across,

Else the chrysalis of new ideas.

 

Lest, braced in some dinning chimney,

Having climbed too slowly, taken a breather,

To admire some elegant curl of wording

Bejemmed with iridescent spirit…

 

The foreground and understory, thunderstruck,

Slide out from under your feet.

Your path slides into the void.

Nothing is left but your next handhold.

You were warned not to procrastinate.

 

The arc light of creation lights your way.

Scramble as high as you dare.

Climb like a file of solitary scholars,

The hooded monk’s solemn ramble,

The copper huntsman’s flight.

 

Skip between lightning and thunderclap.

Laugh at all terrain and weather.

Your body a perfect metronome,

Your pulse in cosmic synchrony,

Your mind set to stellar bandwidth.

As stratospheric as Icarus,

Just as exuberant,

As mortal, lost and wrong.

 

Climb swiftly as time drip-tocks by —

Bye!  And when comes nigh your backward fall.

Tarry neither in cranny nor in condor nest snug.

Rest is for the slow, the uncaring, the lazy.

Delay no longer but climb.

 

No respite for your slit-eyed vision.

Only spires coiling taller,

And serried ridges that go one forever.

Lenticular clouds of crystal ice

Driven by winds whose monstrous howl,

Life heard at the beginning of time,

When it roared by first light.

 

The task at hand, obviously ours,

Requires finicky focus and care.

Plus quite a lot of I-could-give-a-shit, to dare,

Defy the pledge of hurtling incapacity,

Defer ‘til later the next to last fall

And certain stunning aftermaths.

 

No cushion but hopeless laughter,

No cradle but in a loving mother’s arms,

No escape except in a lover’s arms.

And after that, the wink-out,

Then the comeback metempsychosis,

And the climb resumed.

 

What for, clever climbing boy,

But the climb itself?

To it and it alone, all you’ve got

Down to pocket change.

 

I was never wise enough

Or kind enough,

Or giving enough of myself.

I’ve always taken,

Always taken and walked away.

And given nothing back.

 

I’ve littered my trail with lies and betrayal.

Those I’ve loved, I let down.

Those I did not reach out to

Nor tugged up often enough,

I owe them an apology.

 

I have turned my back on those in need.

Deserted friends, family and lovers,

And dying, desperate people overseas.

Of philosophy, wisdom, faith,

None worthy.

Of all the VIPs, none worthy.

 

The stranger will always be a stranger to me.

All the names of people forgotten,

All their forgotten stories!

Just passing through

Window-shopping on the Earth.

 

But pay attention!  Stop dreaming!

From this handhold to that foothold,

With each painful, lungful lurch upward,

Downward, actually, along these lines.

Climbing down is always more difficult

Than the uphill construction of this brick wall.

 

Climb right up to the glacier ghost

Scanned breathlessly from far below.

Those aurora cliffs,

Those glacier ghosts long gone

That dance ethereally in the troposphere

And beckon us to the stars.

 

Up top somewhere unfathomable,

Up past the last, nail-torn handhold,

Look!  No more ridges up ahead!

Facing us instead, a plateau worthy of Saturn

And its multitude of civilizations.

 

What drew us so high?

Is it just another lie?

Could it belie the most fearsome?

Instead of a lion’s furious lunge,

A kitten’s purr?

 

After all, shouldn’t I be asking myself

As well as you,

Not toward what I’m climbing,

But what I’m climbing away from?

 

It’s clear what I’m fleeing from:

From WeaponWorld, that’s what,

That stretches out below my spire

Further than the eye can see.

It hums to us, with its diesel clamor

Its minor key hymn of dismissal and failure.

 

But somewhere out here,

Could we not find Eden?

Where God’s children

Call each other my brother, my sister,

Celebrate and mourn together,

Worship in peace,

Watched over by a pleased and loving God?

 

Go find the poem of your invention,

If that is what you seek.

Climb another poem of your making

To the mirage of your craving.

 

- VA TROUVER -

 

Va trouver le poème de ton invention,

Si c’est tout ce que tu cherches.

Monte un autre poème de ta fabrique

Le mirage de ta convoitise.

 

D’une prise de main à la prochaine,

Inscris-le en noir et blanc.

Martèle chaque piton brave,

Chaque nouvelle ligne, une nouvelle prise, 

Les stances des alpages au pied de la prochaine arête.

 

Mais tant qui vaut si peu

Sa quintessence, une simple bagatelle.

Toute une vie recousue

Dans quelques lignes de texte.

 

Soit.  Ne scrute pas en arrière, mais en haut.

Gravit la falaise de prises bavardes,

De voyelles pierreuses enfouies en sol consonant,

L’aléatoire fleuron poétique trébuché dessus,

Ou bien la chrysalide de nouvelles idées.

 

De peur que, croché dans une cheminée résonnante,

Ayant grimpé trop lentement, pris une pause,

Pour admirer une élégante tournure de phrase

Empierré d'esprit iridescent...

 

Le premier plan et le sous-ensemble foudroyés,

Glissent d’en dessous de tes pieds.

Ton chemin se dérape dans le vide.

Rien ne reste que ta prochaine prise.

On t’a averti du dilatoire.

 

La lampe à l’arc de la création illumine ton passage.

Rue-toi aussi haut que tu l’oses.

Grimpe comme une file de savants solitaires,

La déambule solennelle de moines en capuchon,

La fuite du chasseur à cuivre.

 

Gambade entre la foudre et le tonnerre.

Ris de tous terrains et intempéries.

Ton corps un parfait métronome,

Ton pouls en synchronie cosmique,

Ton entendement accordé à la longueur d’onde stellaire.

Aussi stratosphérique qu’Icare,

Tout aussi exubérant,

Aussi mortel, perdu et erroné.

 

Grimpe vite alors que le tic-tac fuit du temps —

Adieu !  Et que s’approche ta chute en bascule.

Ne t’attarde ni en fente ni en douillet de condor.

Le repos, c’est pour le lent, le passif, le fainéant.

Ne t’attarde plus mais grimpe.

 

Aucun répit pour ton regard épié en fente.

Que des flèches qui se lovent culminantes,

Et des arêtes en rangées à perpette.

Des nuages lenticulaires de glace cristalline

Propulsées par des vents dont le hurlement monstrueux,

La vie ouït à l’origine du temps,

Tonnant à la première lueur.

 

La tâche en main, la nôtre évidemment,

Exige de l’application à tatillons.

Ainsi que plein de je m’en foutisme, pour oser,

Défier la gage de débilité en trombe,

Décaler à plus tard l’avant dernière chute

Et certaines séquelles renversantes.

 

Aucun coussin que le rire désespéré,

Aucun berceau sauf dans les bras d’une mère tendre,

Nulle fuite que dans les bras d’un amant.

Et par la suite, le clignement en dehors,

Puis la rentrée en métempsycose,

Et l’escalade reprise.

 

Pourquoi faire, fiston finaud grimpeur,

A part l'escalade elle-même ?

À elle et elle toute seule, tout ce que tu possèdes

Jusque la petite monnaie.

 

Je n’ai pas été assez sage

Ni assez gentil

Ni offrant assez de moi-même.

Moi qui ai toujours pris,

Toujours pris et détalé.

Et n’ai rien rendu.

 

J’ai jonché ma voie de mensonges et de traîtrises.

Ceux que j’ai aimés, j’ai déçus.

Ceux auxquels je n’ai pas tendu la main

Ni tiré en haut assez souvent,

Je leur dois une apologie.

 

J’ai tourné le dos aux nécessiteux.

Lâché des amis, des parents et des amants,

Et des agonisants désespérés outremer.

De la philosophie, de la sagesse et de la foi,

Aucune digne.

De tous les personnages, nuls dignes.

 

L’étranger me sera toujours un étranger.

Tous les noms de gens oubliés,

Toutes leurs histoires oubliées !

Juste de passage,

Léchant les vitres du monde.

 

Mais prends garde !  Cesse de rêver !

De cette prise de main à celle de pied,

Avec chaque embardée de douleur haletante,

Vers le bas, à vrai dire, suivant ces lignes.

La descente est toujours plus exigeante

Que la construction en escalade de ce mur en briques.

 

Grimpe jusqu’au spectre du glacier

Perçu en essoufflement de loin en bas.

Ces falaises de l'aurore,

Ces spectres de glaciers longtemps disparus

Qui dansent éthérés dans la troposphère

Et nous invitent aux étoiles.

 

Au sommet quelque part d’insondable,

Par-dessus la dernière prise déchirant des ongles,

Observe !  Plus d’arêtes en face !

Nous faisant face au lieu, un plateau digne de Saturne

Et sa multitude de civilisations.

 

Qu’est-ce qui nous attira si haut ?

N’est-ce qu’un autre mensonge ?

Pourrait-ce démentir le plus redoutable ?

Au lieu de la charge furieuse d’un lion,

Le ronronnement d’un minet ?

 

Après tout, ne devrai-je pas me demander

Ainsi que de vous,

Non vers quoi je grimpe,

Mais de quoi je m'échappe en grimpant ?

 

C’est claire de quoi je m'échappe :

De la terre en armes, voilà tout,

Qui s’étend au pied de ma flèche

Plus loin que la vue peut pénétrer.

Elle nous fredonne, avec sa clameur au mazoute,

Son hymne en mode mineur de renvoi et d’échec.

 

Mais quelque part là-bas,

Ne pourrait-on trouver Éden ?

Où les enfants de Dieu

S’appellent mon frère, ma sœur,

Célèbrent et pleurent ensemble,

Adorent en paix,

Veillés par un Dieu affectueux et ravi ?

 

Va trouver le poème de ton invention,

Si c’est ce que tu cherches.

Monte un autre poème de ta fabrique,

Jusqu’au mirage de ta convoitise.

 

 

 

 

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