Je veillerai tantôt dans l’obscurité

 

Un autre Boeing s’affale en demeure,  

Vol au vent d’un pas de soûlard.  

Ses yeux d’ambre palissent la Gange de nuit,

Son cri de tigre perturbe ma rêverie. 

 

Comment ces oies grasses ont-elles muté en lances,

Crevé le flanc de monuments anodins, 

Les jeté dans nos bras comme de vieux copains meurtris,  

Saignant fumerolles, cendres et flammes,

Pleurant des corps comme des larmes trop pesantes ?

 

Monstres et victimes et héros de même :  

Sans biais, les décombres les ont tous ensevelis :

Une pyramide dut être creusée en gradins au négatif,

Pour les dénuder, les dégager tendrement,

Leurs porteurs jurant revanche sacrée.

 

Ces âpres aubes de l’arrière-saison

Nous remettront-elles au chaud

A nouveau, comme prévu ?

Et les douces brises de mai

Amadoueront des tempes enfiévrées

Cinq fois le jour, comme aux dévotions ?

 

Que tous, surtout les enfants,

Se tiennent tout droit, la tête haute,

Le petit sourire aux lèvres, peut-être,

Les yeux luisants et le cœur épanoui ?

 

Je veillerai tantôt dans l’obscurité  

Et ferai sagement mon lit, 

Comme un agent plongé dans les ténèbres,

Replie son parachute de nuit

Et tend l’oreille aux ombres amis.

 

I Will Wake Again In Darkness

 

Another Boeing flops homeward,

Wind-blown as a drunkard’s ramble.

Its amber eyes pale the Ganges night,

Its tiger roar upsets my reverie.

 

How could such fat geese turn into spears,

Gash the flanks of harmless landmarks,

Dump them in our arms like best friends dying,

Bleeding flame, smoke and cinder ash,

Weeping bodies like all too heavy tears?

 

Monsters and victims and heroes alike:

Unbiased, the rubble buried all of them.

A step pyramid had to be cut out in negative,

To bare them, bear them tenderly away,

The pallbearers swearing sacred payback.

 

Could such harsh fall daybreaks

Draw us back into the warmth

Once again, as foreseen?

And will sweet May breezes

Soothe fevered temples

As at prayer, five times a day?

 

That one and all, above all the children

Might stand tall, their head held high,

A shy smile on their lips, perhaps,

Eyes agleam and heart in bloom?

 

I will wake again in darkness

And make up my quiet bed,

The way a night-dropped agent

Might bundle up his parachute

And stretch an ear for shadow friends.

 

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